Tout a commencé par le dessin, mais j'ai entrevu très tôt que les ressources du cinéma me permettaient bien mieux de raconter les histoires que j'avais en tête. C'est grâce à mes études de cinéma
à l'Université Lumière Lyon 2 que j'ai pu co-réaliser deux court-métrages de fiction, Une Meilleure Jeunesse (19 min, 2006) et Les Absents (30
min, 2008). Puis j'ai découvert la création documentaire en 2008, par l'écriture et le montage du film Haïti - Champs de béton pour AVSF, lors d'un stage au sein de la
société de production de films d'entreprise Each Other Productions.
Depuis, je ne cesse de développer des projets de films documentaires. J'ai réalisé le film Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée (52 min, 2012) sur la création d'un
spectacle mêlant danse hip-hop et champ classique, et prépare actuellement deux autres documentaires, dont un en cours de production.
Par ailleurs, j'ai réalisé le mixage, l’étalonnage et la conception graphique des documentaires de ma collaboratrice Emilie Souillot, Histoire (s) de Jazz, Le Hot
Club de Lyon (52 min, 2009) et La Force de Résister (1h25, 2012). J'assiste aussi les artistes Suisses Patricia et Marie-France Martin en tant que monteur et me tourne de plus en plus vers la
réalisation audiovisuelle au service d’artistes.
Diplômé d’un master d’études cinématographiques et audiovisuelles, ma pratique du cinéma n’exclut pas l’étude théorique : les deux se complètent pour me dévoiler de nouvelles voies à suivre. Mon
travail d’écriture de fiction et documentaire, de montage et de réalisation s’accompagne en effet en parallèle de l’écriture d’un essai surles adaptations des œuvres de l’écrivain de science-fiction Philip K.
Dick. Si vous faites défiler la page vers le bas, vous verrez les derniers articles de mon blog consacré au cinéma et à l'esthétique de la science-fiction. Enjoy !
La danse hip-hop et le chant classique se rencontrent. La diversité comme acte créateur.
Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée est un film sur la rencontre improbable des meilleurs danseurs de hip-hop au monde, les champions du monde Pockemon Crew, et du
choeur classique Emelthée. Les uns vont s'ouvrir aux autres, les danseurs vont apprendre à chanter, les chanteurs à danser, et tous vont utiliser leurs différences pour créer une
œuvre. Dans cet extrait de 2 minutes, la chef de chœur d'Emelthée, Marie-Laure Teissèdre, parle de la différence de travail des chanteurs et des danseurs. Rigueur et spontanéité s'allient pour
créer une œuvre. Avec quelques beaux moments de battle entre les danseurs de la compagnie Pockemon Crew !
Production, écriture et réalisation : Jérémy Zucchi
Direction artistique et musicale du chœur EMELTHÉE : Marie-Laure TEISSEDRE Direction artistique de la CIE POCKEMON CREW : Riyad FGHANI
Images et sons : Jérémy Zucchi et Emilie Souillot, grâce au matériel généreusement prêté par Camp de Base
2008 - HAITI - CHAMPS DE BETON (documentaire, HDV, 19 min)
L’étalement urbain sur les terres agricoles en Haïti et ses conséquences pour l’économie du pays et la population.
L'étalement urbain conduit les paysans à délaisser l'agriculture ou à perdre leur travail. Par des interviews de paysans de Saint-Marc, Léogane, Jacmel et Cul-de-Sac, ainsi que de
responsables politiques et associatifs locaux nous tentons d'expliquer les causes (le manque de politique agricole) et les conséquences (chômage, hausse du coût de la vie, dépendance
alimentaire du pays...) de ce phénomène.
Production : Each Other Productions pour AVSF (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières)
Réalisation : Stéphane Deville et Jérémy Zucchi
Traduction et narration : Yvon Yacinthe Faustin
Montage et mixage : Jérémy Zucchi
2008 - LES ABSENTS (fiction, DV, 30 min, 2008)
Un huis-clos sur les deux séparations d’un couple : dans la vie et par la mort.
Christelle erre entre son passé qui la poursuit sans cesse, elle revit l'histoire de son couple qui petit à petit partait à la dérive, et doit prendre en main ce présent qui lui semble
désespérément vide. Christelle devra alors affronter la mort de son mari afin de, peut-être un jour, renaître.
Ecriture et réalisation : Cécile Desbrun et Jérémy Zucchi
Interpétation : Cécile Giroud et Ivan Gouillon
Image et lumière : Jérémy Zucchi avec le matériel de l'Université Lumière Lyon 2 et le matériel d'éclairage généreusement prêté par Farid Lakkimi
Son : Marie Matchury et Daniel Capeille
Montage, étalonnage, mixage : Jérémy Zucchi
Musique : Etienne Rousseaux et Sébastien Cosson
2006 - UNE MEILLEURE JEUNESSE (fiction, DV, 19 min, 2006)
Une rencontre amoureuse à travers les vitres du métro.
Un jeune homme travaille chez McDonal'ds, comme tant d'autres. Il s'évade de sa vie morne par la poésie de Pasolini, et surtout en suivant une jeune femme dont il a entrevu le regard dans
un bar. Elle n'est pas seule, mais à travers les reflets des vitres du métro, son regard à elle aussi s'accroche à celui de cet homme inconnu...
Ecriture et réalisation : Jérémy Zucchi, Clémentine Delignières et Julien Carchon
Image et sons : Jérémy Zucchi, Clémentine Delignières et Julien Carchon avec le matériel de l'Université Lumière Lyon 2
Montage et mixage : Jérémy Zucchi
Musique : Etienne Rousseaux et Paul Gandon
En cours de production ou d'écriture
JANOIR, UNE VIE À PEINDRE (documentaire, HD, 52 min)
Le parcours atypique d'un artiste Lyonnais qui fut guitariste de jazz, peintre avec des brosses réelles ou virtuelles, concepteur de décors et de costumes d’opéras, sculpteur, designer
d’intérieur, poète. Janoir (1929-2012) était un homme qui semblait pouvoir se métamorphoser pour passer d’un support à l’autre tout en restant lui-même, un homme qui semblait avoir la force
de toujours se relever.
Ecriture et réalisation : Emilie Souillot et Jérémy Zucchi
Témoignages : Jean Janoir, Michelle Janoir, Jean-Jacques Lerrant, Régis Neyret…
En cours de production
SORCIÈRE D'ENCRE (webdocumentaire, HDV, 26 min)
Sorcière d’encre sera un documentaire intimiste d'environ 26 minutes évoquant une femme considérée comme sorcière nommée Catherine Peyretone, jugée par l'Inquisition
et brûlée en 1519 dans la prairie du village de Montpezat-sous-Bauzon, petit village situé au pied du plateau Ardéchois. J'ai entrepris le film seul en 2009 comme un moyen d’expression intime
par les images, avec ma propre caméra HDV, élaborant le concept et le scénario au fur et à mesure, en parallèle de mes autres projets.
Avis aux dickiens de Bretagne et d'ailleurs !Le 16 mars à 17haura lieu une table-ronde sur Philip K. Dick dans le cadre de la 6ème
édition du festival Rue des Livres de Rennes. Voici la présentation de cette table-ronde :
Cette table ronde se propose d’aborder l’œuvre et la personnalité de Philip K. Dick en suivant deux pistes distinctes. D’une part, nous tenterons de mettre en rapport
certains thèmes récurrents de l’œuvre du romancier (le simulacre, la question de l’humanité, le rapport à la technologie) avec quelques uns des grands enjeux de ce début de siècle : le pouvoir de
l’image, la communication, l’information, etc. D’autre part, nous aborderons la question de la mise en images des œuvres de Dick, notamment à travers les diverses adaptations de ses nouvelles ou
romans au cinéma.
Elle sera animée par Erwan Cadoret (par ailleurs spécialiste de l'oeuvre de Terry Gilliam) avec le spécialiste dickien Etienne Barillier, auteur notamment du Petit Guide à trimbaler de Philip K.
Dick, et l'enseignant chercheur en littérature américaine Florian Treguer.J'ai le plaisir de vous
annoncer que j'ai été invité par l'Institut Franco-Américain et Clair Obscur à participer à cette table-ronde, en particulier pour parler des adaptations des oeuvres de Philip K. Dick au cinéma, et
de son influence sur des films tels queInception,The Truman Show, Pleasantville, Southland Tales, Eternal Sunshine of the Spotless
Mind, voire Matrix.
Cycle de projections de films adaptés de Philip K. Dick
Cette table-ronde s'inscrit justement dans le cadre d'une série de projections de films adaptés de nouvelles de Philip K. Dick (le très beau
Minority
Report, le toujours fascinant Total Recall, le très mauvais et cynique Paychek, ainsi que L'Agence plutôt sympathique), mais aussi l'une des rares
adaptations d'un de ses romans, et quel film puisqu'il s'agit du superbe et cauchemardesque Blade Runner. Je vous invite
aussi à voir le très intéressant documentaire deThomas Cazals,Adickted, dans lequel de nombreux artistes évoquent leur
rapport à l'oeuvre de Philip K. Dick, en particulier le designer Philippe Starck.
Lundi 11 mars : 18h30, Minority Report, projection-débat au Cinéville, avec Clair Obscur.
Mardi 12mars : 20h30, Blade Runner, projection-débat au Cinéville, avec Clair-Obscur.
Jeudi 14mars : 20h, Total Recall, puis débat à l’Institut franco-américain, avec Clair Obscur.
Samedi 16mars :
17h, table ronde autour de Philip K. Dick, à la salle Guy Ropartz sur le festival.
20h15, projection du documentaire Adickted de Thomas Cazals, au Dahlia Noir.
21h15, rencontre et dédicace avec Etienne Barillier, au Dahlia Noir.
Lundi 18 mars : 18h30,Paycheck, projection-débat au Cinéville, avec
Clair-Obscur.
Mardi 19 mars : 20h30,L’Agence, projection-débat au Cinéville, avec
Clair-Obscur.
En partenariat avec Clair Obscur et l’institut Franco-Américain.
Comme vous l'avez remarqué, j'ai terriblement délaissé mon blog...J'ai même oublié de vous annoncer la projection de mon documentaire Une Rencontre, Pockemon Crew +
Emelthée (52 minutes, 2012) que j'ai tant à coeur de vous faire découvrir. C'était ce samedi 17 dans le très chaleureux cinéma de la Duchère, mais je vous en reparlerai... Mais je
vous annonce cette fois-ci une autre soirée musique et ciné, avec film et concert le samedi 24 novembre 2012 à 20h30, à la Tour de Salvagny près de Lyon.
C'est avec Emilie Souillot que j'ai ensuite filmé les répétitions et les interviews de mon film Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée, et c'est
ensemble que nous réalisons un documentaire sur le peintre Jean Janoir, qui fut l'un des piliers du Hot Club de Lyon, en tant que guitariste, dès sa création en
1947. Il est décédé en janvier, et son épouse Michelle l'a rejoint un mois et demi plus tard. C'est donc avec une pensée particulière pour eux deux que je vais revoir ce beau
film, réalisé avec peu de moyens mais avec l'ambition de saisir les petites histoires de ce lieu de jazz, qui ont fait sa grandeur et qui composent une tapisserie de souvenirs émouvants, mais
aussi très drôles.
Déroulement de la soirée :
20h30 : présentation de la soirée
20h45 : projection du film Histoire(s) de Jazz : le Hot Club de Lyon en présence de la réalisatrice et de l'équipe du film
21h45 : entr'act avec buvette
22h15-23h : concert du Bigband de la Tour de Salvagny
Lieu et tarifs :
à la salle de spectacle de l’école de musique de la Tour de Salvagny (derrière la mairie).
10€ adulte, 5€ 18-12 ans et étudiants/gratuit pour les - de 12 ans.
Pour en savoir plus :
Je vous invite à lire ces articles sur le blog de la réalisatrice Emilie Souillot :
2012 est vraiment l’année de Philip K. Dick, car voici un autre petit livre consacré à l’écrivain, très différent de l’essai d’Aurélien LemantTraum :
Philip K. Dick, le martyr onirique que j’ai chroniqué précédemment. Si ce dernier est une réflexion qui affirme sa subjectivité, Le Petit guide à trimbaler de Philip
K. Dick est en revanche purement factuel, ce qui ne le rend pas inintéressant, au contraire, mais complémentaire. Chroniqueur de l’actualité dickienne sur son blog
dickien.fr, Etienne Barillier fait partager sa passion de l’écrivain et sa connaissance parfaite de l’œuvre à tous ceux qui veulent avoir en main une
encyclopédie condensée de l’œuvre de Philip K. Dick. Ce n’est pas rien étant donnée la richesse de cette œuvre, qui a de quoi déranger plus d’un essayiste, moi y compris qui me
démène pour structurer les centaines de pages que j’y ai consacré, pour un essai sur l’esthétique dickienne à venir. En connaissance de cause, je ne peux que saluer le travail d’Etienne
Barillier, qui a su condenser clairement le parcours de l’écrivain et les enjeux de ses œuvres, ce qui est indispensable pour que de nouveaux lecteurs ne se perdent pas trop dans l’œuvre
vertigineuse qu’ils découvrent. Car il faut défricher le terrain pour que d’autres l’explorent et aillent encore plus loin.
Une encyclopédie de poche sur Philip K. Dick
Bien sûr, on peut regretter à juste titre le manque d’analyse, ou préférer la lectures des biographies de Laurence Sutin, Emmanuel Carrère ou Anne
R.Dick, mais aucun livre jusqu’alors n’avait en français proposé de rassembler les informations essentielles sur la vie et l’œuvre de Philip K.
Dick : les résumés de ses œuvres et de leur genèse ; les principaux événements de sa vie, les principales questions que l’on se pose sur l’écrivain (était-il fou ?)
auxquelles l’auteur répond de manière concise mais très juste ; ou encore son héritage musical, théâtral et bien sûr cinématographique de son œuvre. Sur ce dernier point, si chaque
adaptation officielle est assez bien développée, les films dickiens (inspirés de Dick) sont trop brièvement adaptés, mais ces limites sont celles de toutes les tentatives de
condensation d’une trop grande quantité d’information. Je crois qu’il ne faut pas voir en ce livre autre chose que ce que son titre annonce, un petit guide à trimbaler dans la rue et dans les
récits dickiens, à consulter en librairie pour savoir à quel sauce le livre de Dick que vous allez acheter va vous manger, ou lorsqu’on a un doute sur une date de
publication, et surtout pour le plaisir, pour piocher des anecdotes et ouvrir la porte à de nombreuses réflexions. C’est un livre à trimbaler et à picorer.
Il y a quelques semaines j’étais à la conférence donnée à Lyon par Etienne Barillier, venu présenté aux côtés de Laurent Queyssi son livre. En plus de rencontrer
ces deux dickiens émérites, j’ai eu le plaisir de rencontrer Gilles Goullet, créateur du ParaDick, véritable encyclopédie en ligne depuis 1996. Ce n’est
pas seulement la passion ou l’amitié qui semble le lier à Etienne Barillier, mais une même volonté de rendre compte exhaustivement des faits qui font la vie et l’œuvre d’un
écrivain essentiel du XXe siècle. Aux lecteurs de Philip K. Dick qui ne peuvent pas consulter le ParaDick sur leur smartphone ou leur iPad,
Etienne Barillier vous propose son équivalent de poche, sur du bon vieux papier dans un petit format carré surprenant, mais assez élégant, avec en plus une très belle couverture
d’Alexandre Bourgeois. Le ParaDick n’est malheureusement plus mise à jour depuis 2006, comme nos vieux livres de papier, comme ce Petit guide à trimbaler de
Philip K. Dick qui est promis à devenir un objet daté, mais bon, quoi de plus satisfaisant pour un fan d’Ubik ? Et puis la plupart des faits qu’il
contient lui feront échapper à la désuétude, comme ce vieux site Internet dont la richesse impressionnante rend son exploration indispensable.
Etienne Barillier, Le Petit guide à trimbaler de Philip K. Dick, Éditions Actu SF, Collection « Les Trois Souhaits », Chambéry, 2012, 181 pages, 6 Euros, à
commander sur le site d'Actu SF.
« Toute prise de parole devrait être l’expression artistique d’une vérité, et toute œuvre d’art le compte-rendu d’un rêve, écrit Aurélien Lemant. Dick
n’écrivait pas de romans, il rédigeait des rapports. » (p. 36) Qui lira les mémoires de celui est considéré comme fou, sinon celles du professeur Schreber ? Qui
prendra le temps de l’écouter, sinon un psychiatre ? À moins peut-être que ces mémoires ne prennent la forme de récits de science-fiction… L’écrivain de science-fiction a la liberté de
développer un élément contemporain jusqu’à des dimensions parfois à peine effleurées jusque-là, mettant à jour dans le présent les projections cauchemardesques que l’ont pensait réservées au
futur. C’est la frontière entre la subjectivité et les faits dits réels qui est brisée dans les œuvres de Philip K. Dick (auteur d’Ubik, Blade Runner,Substance Mort ou Le Maître du haut-château),
mais aussi dans ce court essai sur son œuvre, très stimulant, où l’auteur n’hésites pas à explorer publiquement des recoins étrangement sombres de son inconscient, d’en écrire les rapports. C’est
avec raison qu’Aurélien Lemant a décidé d’aborder l’œuvre de Philip K. Dick par le biais du rêve, ce qui lui permet d’aborder les thématiques de l’écrivain, en
particulier le rapport au réel, d’une manière assez intime, en laissant un peu pénétrer dans les recoins de son esprit. Mais avant tout, je vous invite à regarder la bande-annonce de l'essai
Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique d'Aurélien Lemant, pour vous mettre un peu dans l'ambiance :
L’auteur, qui est comédien, a écrit ce livre en très peu de temps, en de longues séances nocturnes, peut-être pour être plus près de cet état où le manque de sommeil et
l’adrénaline se rejoignent pour donner naissance à des œuvres foisonnantes comme des rêves, telles celles de Philip K. Dick. Comme il l’a dit avec humour lors de notre table-ronde à Lyon, le 2 avril 2012 en compagnie de
Pacôme Thiellement, il commençait à ressembler à son sujet d’étude après tant de nuits d’écriture et à cause de sa barbe grandissante ! Ce qui m’a
beaucoup touché dans Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique, c’est cette mise en danger de celui qui décide d’écrire sur Philip K. Dick, et
c’est ce qui m’a incité à affirmer ma propre présence dans le livre que je suis en train d’écrire sur l’esthétique dickienne. La grande qualité de ce livre est d’aborder de manière incomplète
mais passionnante l’œuvre de l’écrivain de science-fiction de manière condensée, comme une plongée en apnée qui peut se lire d’une traite, le lecteur devant accepter de s’ouvrir à une certaine
incertitude tout comme l’auteur a tenté de retranscrire les associations d’idées nées de cette œuvre foisonnante.
Quelle direction artistique
pour les rêves dickiens?
Pour écrire moi-même sur Philip K. Dick, je ne peux que saluer cette volonté d’aborder cette œuvre foisonnante d’une manière si condensée, avec en lui-même la certitude de ne
pouvoir révéler le secret qui serait au cœur des œuvres de l’écrivain ou de sa pensée. Car le livre commence en effet par ces mots : « On ne peut communiquer une idée, mais on peut
produire un effet » écrit avec justesse Aurélien Lemant (p. 7). Les récits de Dick nous laissent penser que l’écrivain avec renoncé à la
tentative de communication ses idées pour mettre en jeu tous les procédés en sa possession afin de produire un effet sur le lecteur. Mais attention, il ne faut pas croire qu’il s’agit pour
Aurélien Lemant de fuir tout raisonnement rigoureux, loin de là, car si son essai passe des romans et nouvelles de l’écrivain à Strawberry Fieldsdes
Beatles en passant par Inception (Christopher Nolan, 2010) et l’omniprésence de Marion Cotillard et de Mélanie
Laurent, les fils qui relient chacun de ces îlots sont bel et bien présents et reliés à Philip K. Dick. L’essai d’Aurélien Lemant nous rappelle que,
comme toute pensée, l’œuvre dickienne est un archipel, non un continent bien qu’elle semble s’imposer tout d’abord comme un immense bloc étanche.
Selon Aurélien Lemant, le grand rêveur est « celui qui prend sa destinée onirique en main, celui qui décide non pas de l’aboutissement de son rêve, mais de la direction
que celui-ci prendra. La direction artistique. » (p. 15) Pour moi, c’est ce que je montrerai dans l’essai que je suis en train d’écrire, cette direction artistique est clairement
baroque, qui s’oppose à l’art classique qui produit un « effet intellectuel qui est lié à l’ordre, à la simplicité », comme l’écrit Édouard Pommier
(Les soleils du baroque, Rencontre de Porto, 1993, Paris, Éditeurs Les Éditions de Paris et L’Union Latine, Collection « Essais et documents », 2002, p. 19). Si tous
les styles artistiques ne peuvent que « produire un effet », ils peuvent en revanche se distinguer, entre autres critères, par leur aspiration à la communication de l’idée ou
par leur tendance à la production de l’effet. Les styles pourraient se situer entre ces deux pôles. La « géométrie » du classicisme doit ainsi être comprise comme la
figure se distinguant parfaitement du fond, les formes ne débordant pas les unes sur les autres de crainte que le nécessaire soit noyé par le superflu. Au grand dam des tenants du classicisme,
les formes tumultueuses et superposées du baroque nuisent en revanche à l’effet intellectuel pour privilégier l’effet sensitif. Or, il nous semble que les œuvres de Philip K.
Dick, malgré la richesse de leurs réflexions, ne sont guère éloignées de cette tendance baroque à tout mêler : un roman tel que Simulacres, par exemple,
s’imprime en notre esprit pour une certaine durée sans que nous puissions en dégager avec certitude un sens. Le récit ne se synthétise pas en un message, une idée, mais fait jaillir en nous la
réflexion.
Quand les portes se révèlent
être des trous noirs...
On peut bien sûr reprocher à Aurélien Lemant d’enfoncer des portes ouvertes, comme lorsqu’il écrit ceci :
Dick avait découvert que nous étions les manipulateurs de nos propres illusions, que les responsables en charge de la vie sur Terre avaient fini par croire en leur propre spectacle, tels
des dieux fatigués. Fils de cette découverte et de sa publication fragmentée, un doute exponentiel devait venir retourner chaque galet, chaque grain de riz dans le cœur des habitants de cette
petite planète paranoïaque, afin non seulement de voir ce qui gisait en dessous, mais encore de vérifier la face cachée de l’objet ainsi remué, éprouver la tridimensionnalité de la
représentation, se pincer la chair non pour sortir du rêve, mais pour participer à celui-ci. (p. 9)
Mais Aurélien Lemant ne fait pas seulement que décrire ce que chaque lecteur des œuvres de Philip K. Dick peut se dire lui-même, il permet de prendre conscience
que c’est l’évidence même qui est au cœur de ses œuvres, cette évidence qui nous fait oublier à quelle point l’existence est précieuse et que la différence entre ce que nous savons et ce que nous
croyons savoir est extrêmement poreuse, que cette frontière peut être retournée comme un gant. « Quand il profère que « la réalité est ce qui, quand vous cessez d’y croire,
refuse de s’en aller », Philip K. Dick ne fait que décrire la sensation ahurie de l’homme au réveil : celui-ci ne croit pas à ce qu’il voit, et ne saisit pas pourquoi, une
miliseconde plus tôt, il chutait dans le ciel, pilotait un hovercraft ou éjaculait dans sa bonne amie. Je doute, donc je rêve est le credo (le dubito, devrais-je dire) dickien. Mais
sait-on jamais quand on rêve ? » (pp. 9-10) Aurélien Lemant enfonce les mêmes portes ouvertes que celles qu’ouvrait si bien Philip K. Dick dans
ses œuvres qu’elles devenaient des trous noirs aspirant toute certitude.
L’auteur de Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique écrit que « le doute dickien fonctionne à l’inverse de son prédécesseur cartésien : en lieu et
place d’une authentification de l’existence, il génère de l’incertitude qui produit et reproduit de l’étrangeté, laquelle augmente le doute et ainsi de suite. » (p. 9) Les effets de
réel permettent aux rêves de l’écrivain de s’ancrer dans notre imagination, comme une réalité sensible qui se crée en nous et se superpose à notre réalité quotidienne. Comme l’écrit si justement
Aurélien Lemant, le livre est un « parasite », il se nourrit de ses lecteurs et les habite, et se transmet comme un virus à leurs proches comme le roman
uchronique La Sauterelle pèse lourd passe de personnage en personnage dans Le Maître du haut-château, répandant l’incertitude, qui n’est autre que
l’atroce mais salutaire certitude que leur monde est fictif. Philip K. Dick m’a moi-même poussé à dévoiler des aspects de moi-mêmes, de mes incertitudes, comme
Aurélien Lemant à écrire sur ses rêves dans son essai ― quoi de plus normal puisque les personnages dickiens ne cessent d’analyser la fiction qu’ils vivent ?
« Soyons-en sûrs, le livre n’est pas un interface, ni support de télécommunication ni cordon ombilical, écrit avec justesse Aurélien Lemant. Il est un hôte. Un
hôte ubiquitaire, métempsychotique, un hôte présent dans plusieurs organismes à la fois : un parasite. Et c’est ce que ce parasite pond en nous, ce qui advient de sa ponte, qui m’intéresse
ici. » (p. 8) Ce petit livre est foisonnant, sans doute imparfait, monstrueux. En un mot : dickien.
Aurélien Lemant, Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique, Éditions Le Feu Sacré, Lyon, 2012, 112 pages, 10 Euros. A commander sur le site du Feu Sacré (avec 1 Euro de
frais de port seulement) ou sur Amazon.
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