Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 11:16

Hallucinations Collectives 2012

En tant qu'auteur d'un futur essai sur l'esthétique des oeuvres de Philip K. Dick, c'est avec plaisir que j'animerai la table-ronde consacrée à l'écrivain dans le cadre du festival  Hallucinations Collectives 2012 à Lyon.

L'association Zone Bis a eu l'excellente idée de vous concocter une petite rétrospective dickienne, pour le moins originale, L'Ombre de Philip K. Dick. Après un "concerto ubikien" par Richard Pinhas & Noël Akchote + 2080 le 1er avril, Pacôme Thiellement (essayiste, vidéaste, chroniqueur à France Culture) et Aurélien Lemant (essayiste, dramaturge et comédien) seront invités le 2 avril à débattre sur le thème de "Philip K. Dick : la carte est le territoire".

Nous aborderons tous les trois le rapport de l'écrivain à l'écriture, qui l'a directement mené à ses récits d'univers virtuels, comme je vais l'expliquer brièvement dans le texte de présentation de la table-ronde ci-dessous.

Les mots et les choses, confondus

Les récits d’univers virtuels existent depuis que l’homme s’est interrogé sur la différence entre le rêve et l’éveil, le paysage peint et son modèle, la carte et le territoire. Bien sûr, les innovations technologiques propres à la science-fiction ont métamorphosé ces récits et impliqués de multiples réflexions, parfois inédites, mais il nous semble que l’interrogation qui travaille ces histoires est fondamentalement primitive. Si Philip K. Dick a longuement abordé le pouvoir de l’image, c’est son propre pouvoir de créer des univers par les mots qui ne cessait de le fasciner : le créateur que recherchent ses personnages est lui-même, tel l’auteur que recherche Juliana dans son roman Le Maître du haut-château. Il s’agit ici aussi, bien sûr, d’aborder l’œuvre de Philip K. Dick sous l'angle du pouvoir quasi démiurgique de l'écrivain, qui en piégeant ses lecteurs (les habitants des mondes virtuels) en vient à être fasciné par sa propre création et à se penser comme personnage de sa propre fiction. Nous aborderons la dimension autobiographique de l’œuvre de Dick, qui s’est sans cesse accrue jusqu’à ce que sa vie et ses fictions se rejoignent dans les expériences et recherches mystiques des dix dernières années de sa vie (ci-dessous, la représentation de cette quête par Robert Crumb après son décès). Il se pensait alors comme un gnostique dont l’œuvre détenait quelques clés masquées de la connaissance, comme si la carte qu’il avait dessinée devenait un territoire à celui capable de vraiment la lire.

Philip K. Dick par le dessinateur Robert Crumb

Philip K. Dick ne nous parle pas de l’avenir, mais de ce qui fonde notre manière de nous représenter l’homme dans le monde, hier comme aujourd’hui. Ses récits sont de nouveaux démentis à « l’égoïsme naïf de l’homme » défini par Freud : ses récits sont toujours les histoires de la découverte que la Terre n’est qu’un planisphère, et que l’univers n’est pas infini, mais au contraire égocentrique. Ses œuvres ne cessent de contredire la célèbre phrase d’Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale, « The map is not the territory». Avec Philip K. Dick, la carte est le territoire. « On cherche un démenti à ses perceptions – pourquoi ?[1] » se demande Mr. Tagomi dans Le Maître du Haut-château tandis que tout se dissout autour de lui. Pourquoi avons-nous besoin de nous perdre dans la fiction ? Les personnages des œuvres de Dick sont toujours enfermés dans leur propre visage en une prison sans fin. Où qu’ils aillent, ils sont prisonniers de leur propre manière de se représenter le monde, par les images et les mots. Si les mots démolissent l’homme par leur mensonge, il faudrait pouvoir se protéger de leur pouvoir manipulateur, ce qui rejoint les recherches d’Alfred Korzybski qui a inspiré à l'écrivain Alfred E. van Vogt son roman Le Monde des non-A qui a été la grande révélation SF de Philip K. Dick. Mélange de logique et de psychiatrie, le but de la sémantique générale est de « guérir » l’homme des tendances irrationnelles qui l’ont maintes fois mené à la catastrophe. Dans l’œuvre de van Vogt, l’homme devient un surhomme par la maîtrise de son langage, donc de sa pensée. Mais, à cette influence majeure s’ajoute dans l’œuvre de Dick celle du roman 1984 de George Orwell dans lequel le pouvoir totalitaire veut contrôler la représentation du monde, et ainsi la pensée, par le contrôle des mots. Dans les deux cas, utopie et anti-utopie, l’enjeu est la création d’un homme nouveau, « guéri » par les mots. 

Ecrire, malgré tout

Les œuvres de Philip K. Dick ne cessent d’osciller de l’un à l’autre, et si la croyance en un surhomme bénéfique a été définitivement rongée par le nazisme, il y a en elles l’expression du besoin irrépressible de renommer les choses, de réécrire le monde comme si, après le traumatisme de la Shoah, il n’était plus possible de se contenter des mots jusqu’à présent disponibles. Comment nommer une horreur jusqu’alors impensable ? Leur moi atomisé, le visage de l’horreur collé au leur, les personnages dickiens sont les détenus d’un camps devenu le monde entier, à jamais, puisque Auschwitz est désormais « le signe de l’homme » (Georges Bataille). Comment peut-on écrire le livre de ce monde où les mots ne font plus sens ? Où ils nous invitent à croire que les « douches » sont là pour l’hygiène corporelle des déportés et l’atroce « sport » pour leur bien-être. En effet, le nazisme fut le triomphe tragique de la perversion de la fiction. Comment croire encore en la science, la technologie, l’utopie, la guérison de l’homme, le surhomme ? Fou ou non, Philip K. Dick était aussi d’une lucidité désarmante, le produit de ses désillusions le conduisant à mettre dans la bouche d’un personnage de son dernier roman, La Transmigration de Timothy Archer, ces mots terribles : « Prenez le sandwich et mangez ; oubliez les mots ». Quelques mois plus tard, il était mort. Ce serait si bon en effet de ne plus se poser de question, de ne plus ressentir ce besoin d’écrire, de lire, de se raconter des histoires ! Mais l’homme semble ne pas pouvoir étancher sa soif, il a besoin de se représenter le monde, il lui faut penser qu’il n’est qu’un roseau pensant.

Pourquoi croire encore aux fictions que nous continuons à nous raconter et à croire, malgré tout ? Les grandes valeurs de la science-fiction sont devenues des déchets avec lesquels l’écrivain doit composer. Philip K. Dick revendiquait l’incohérence de ses œuvres comme une composante majeure de son esthétique, comme une métaphore cosmogonique même puisque le livre est la représentation d’un monde qui comme son genre littéraire a perdu sa cohérence, un monde qui est, selon sa propre expression, « bordélique ». Les personnages de Philip K. Dick recherchent un récit leur permettant de lier les faits les plus hétérogènes au sein dune structure claire qui possède un sens. L’écrivain tente d’écrire le roman de ce monde où humanité et inhumanité se côtoient, voire se superposent. La science-fiction permet à l’écrivain de séparer l’inhumanité du visage de l’homme, le nazi devenant un androïde que l’écrivain tentera de définir récit après récit, pour mieux comprendre l’humain. La fiction permet de mettre les choses à distance, les rendre autres pour mieux les reconnaître comme faisant partie de nous-mêmes. Il s’agit ainsi de réinvestir la fiction de son pouvoir de révélation du réel, miroir réfléchissant l’obscurité de notre monde.

 

Ces dimensions de l'oeuvre de Philip K. Dick seront centrales dans l'ouvrage que je suis en train d'écrire, que vous découvrirez d'ici quelques temps (pas trop longtemps non plus, je l'espère). En attendant, rendez-vous à la table-ronde pour une exploration, à coup sûr passionnante, de ces problématiques avec mes invités, qui apporteront à la fois leur très riche culture et leur sensibilité d'écrivains.

Table-ronde proposée par les éditions Le Feu Sacré, animée par Jérémy Zucchi. Invités : Pacôme Thiellement (essayiste, vidéaste, chroniqueur à France Culture) et Aurélien Lemant (essayiste, dramaturge et comédien). Dans le cadre du festival Hallucinations Collectives 2012.

Lundi 02 avril à 18h | Entrée libre
Le Tasse Livre, 38 Rue Sergent Blandan, 69001 Lyon
http://www.tasselivre.fr/


La suite de la rétrospective L'ombre de Philip K. Dick

  • Lecture de l'ouvrage à paraître Traum : le Martyr Onirique par son auteur Aurélien Lemant le 3 avril à 19h.

  • Retrospective de l'illustrateurMexicain Flushdelay le 4 avril à 18h.

  • Projection du film Total Recall de Paul Verhoeven (1990) d'après la nouvelle "Souvenirs à vendre" de Philip K. Dick le 9 avril à 11h.

Plus d'informations sur la rétrospective L'ombre de Philip K. Dick sur le site Internet du festival Hallucinations Collectives 2012.



[1] Philip K. Dick, Le Maître du haut-château, in Substance Rêve, Paris, Éditions Presses de la Cité, collection « Omnibus », traduction de Jacques Parsons, 1993, p. 212.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 14:29

Oui, je sais, je ne tiens pas en place... Ce blog va encore changer ! Décidément... Mais ce sera pour le mieux, et durable. Je me suis rendu compte que ma tentative de tout réunir un un seul lieu virtuel (créations personnelles, prestations commerciales et réflexions) était vouée à l'échec. J'ai donc décidé de transférer tout ce qui conserne mes créations personnelles et mes prestations en tant que graphiste et réalisateur de films vers un autre site, plus clair, qui est en cours de conception. J'y reprendrai l'essentiel du design élaboré pour ce site qui correspondent au but visé, tandis que ce blog sera exclusivement centré sur ma réflexion sur l'art, le cinéma, la science-fiction et Philip K. Dick (et quelques réflexions sur la science).

Il est paradoxalement plus difficile de concevoir une communication efficace pour soi-même que pour des clients, car on manque cruellement de recul et on se prend à inlassablement vouloir améliorer ce qui a été fait. Pour soi-même, il n'y a pas de deadline ! Et c'est ce manque de contrainte qui mène au désordre. J'ai tenté d'ordonner le mieux possible ce site, en revendiquant son côté hétérogène par différents mondes, mais un tel concept n'est pas suffisamment intuitif. Je veux donc que ces sites soient beaucoup plus pratiques pour les utilisateurs, qui pourront retrouver plus facilement les informations qu'ils recherchent, qu'ils recherchent mes écrits sur Philip K. Dick, mes créations personnelles ou mes créations.

Vous pouvez déjà constater la disparition de mes articles sur mes créations graphiques, au sein du blog. Mais je conserve la partie portfolio tant que tout n'est pas opérationnel. A bientôt !

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Historique du blog
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 15:44

Demain à 19h je serai au théâtre de Vénissieux pour une petite conférence sur l'oeuvre de l'écrivain de science-fiction sur lequel je suis en train d'écrire un essai, Philip K. Dick (Ubik, Blade Runner, Le Maître du haut-château...). J'interviens à l'occasion de la représentation de la pièce Urbik/Orbik du metteur en scène Joris Mathieu avec la compagnie Haut et Court, écrite par le romancier Lorris Murail. Le petit teaser ci-dessous vous donnera une idée, je pense, de l'histoire et surtout de l'atmosphère onirique et dérangeante de cette pièce qui tente, avec de multiples techniques illusionnistes, de donner corps aux effondrements de réalité des oeuvres de Philip K. Dick. Voir un être disparaître au théâtre, littéralement, c'est assez étonnant et perturbant, comme j'ai pu le constater lorsque j'ai vu le premier essai de Joris Mathieu, qui n'était qu'un brouillon de cette pièce-ci, Au revoir monsieur Sarapis (2010).

Je vous avais déjà évoqué cette petite pièce, et je vous en reparlerai lorsque j'aurai vu et pris le temps de décortiquer cet Urbik/Orbik qui me semble encore plus fascinant. Je vous laisse donc là en vous invitant à venir demain à 19h au théâtre de Vénissieux si vous êtes en région lyonnaise, et s'il n'y a plus de place pour la pièce, sachez qu'elle sera de retour à Lyon, aux Subsistances, du 24 au 28 avril. Et même s'il n'y a plus de place, venez à cette conférence ! Je ne sais pas si elle sera enregistrée, en tout cas, je vous en reparlerai. Vous pouvez voir celle que j'ai donné à l'occasion d'Au revoir monsieur Sarapis ci-dessous, avec Joris Mathieu :

Philip K. Dick, réalités et fictions (conférence) from Jérémy Zucchi on Vimeo.

Le programme :

  • Rencontre autour de l'oeuvre de K. Dick : « Comment construire un univers qui ne s'effondre pas deux jours plus tard? » En compagnie de la compagnie Haut et Court et de Jérémy Zucchi (réalisateur, graphiste et chercheur spécialiste de K. Dick).
  • Pièce Urbik/Orbik, mise en scène de Joris Mathieu (1h10), Cie Haut et Court.

VENDREDI 13 JANVIER à 19H au Théâtre de Vénissieux

Je vous invite à vous rendre sur le site du théâtre de Vénissieux.

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 07:30

Festival Mondes Parallèles à la ferme du Buisson

Le lendemain de la nuit Dans l'ombre de Philip K. Dick de Caen à laquelle je participe en tant qu'invité, La Ferme du Buisson vous propose du samedi 10 décembre au lundi 12 décembre un voyage dans les mondes parallèles, en particulier ceux de George Orwell et Philip K. Dick. Au programme, une nuit de la SF (samedi 10 de 20h à l'aube) où vous pourrez découvrir le ciné-concert de NeirdA et Z3ro sur l'épisode pilote de la série culte Le Prisonnier, l'originale bien sûr, série que je n'ai pas encore vue, j'attends le bon moment pour la découvrir car je sais qu'à ce moment, je passerai du temps dans ses méandres, d'autant plus si elle est aussi dickienne que ce qu'on en dit, et qu'un des thèmes principaux de ma réflexion sur l'oeuvre de Philip K. Dick est le labyrinthe...

 

4 films au programme pour le reste de la nuit A Scanner Darkly (d'après le roman de Philip K. Dick) , Super 8, Soleil Vert (un de mes films cultes) et Cloverfield avec un petit-déjeuner offert au matin. Voici la suite du programme :

 

Spectacles

 

// Sous Contrôle, de Frédéric Sonntag et la Cie AsaNIsiMAsa :
Au sein d’un état de surveillance généralisée, sympathisants et opposants au régime s’espionnent dans une atmosphère de paranoïa permanente qui n’est pas sans créer de graves troubles des identités et des comportements. Mais ne sont-ils pas, en réalité, que les acteurs d’une série télé ?

Représentations samedi 10 dans le cadre de la nuit de la SF et dimanche 11 à 17h.


 

// Urbik / Orbik, de Joris Mathieu / Compagnie Haut et Court / Lorris Murail/ Philip K. Dick :
Vivons-nous dans un monde d’illusion totale ? Telle était la conviction de K.Dick, sa folie aussi. L’auteur de science-fiction devient ici le héros d’une fiction à la réalité confondante. Plongée au cœur d’un univers sensoriel et fantastique….

Représentation dimanche 11à 19h et lundi 12 à 20h45

Urbick/Orbick écrit par Lorris Murail, mise en scène de Joris Mathieu

 

Tarifs

 

Nuit de la SF: plein 21 euros, réduit 14 euros, étud. 11 euros, Buissonniers 9 euros

Sous Contrôle: plein 21 euros, réduit 14 euros, étud. 11 euros, Buissonniers 9 euros

Urbik / Orbik: plein 21 euros, réduit 14 euros, étud. 11 euros, Buissonniers 9 euros

 

Site officiel: http://www.lafermedubuisson.com/MONDES-PARALLELES.html 

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Science-fiction: littérature, cinéma... - Communauté : Temps X
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Les adaptations cinématographiques des Philip K. Dick (Blade Runner, Total Recall...)

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