Joss Whedon sous le signe de Philip K. Dick
J'ai pu voir les trois premiers épisodes de Dollhouse, série que j'attendais comme beaucoup avec impatience (c'est un euphémisme!). Grâce à ma copine, j'ai découvert que Buffy contre
les vampires n'était pas la série fantastique Z que je pensais connaître pour y avoir jeté un coup d'oeil une fois... Non, il y a dans Buffy une richesse étonnante tout au long de ses sept
saisons, avec une émotion, une inventivité scénaristique, visuelle et musicale étonnante. Bref, quand j'ai appris le concept de Dollhouse, une organisation qui implante de faux souvenirs
à ses jeune femmes-marionettes pour diverses missions, j'ai fantasmé doublement : en tant qu'admirateur du travail de Joss Whedon, et en tant que lecteur assidu de Philip K. Dick, qui est très
probablement la source d'inspiration du cinéaste. A propos de Philip K. Dick, je vous invite à lire le texte que j'ai écrit sur
deux passages du Maître du Haut-château et de Substance Mort.
La série de Joss Whedon a par son concept un potentiel alléchant, que ce soit au niveau des intrigues (une nouvelle mission donc une nouvelle personnalité) que des émotions: comment celle nommée
Caroline resurgit dans la mémoire d'Echo? Qu'est-ce que l'identité? Est-elle indépendante de la mémoire? La série Dollhouse peut poser ces questions complexe, voire y apporter
cinématographiquement des éléments de réponse, sous la forme d'histoires et non de thèses. C'est la force de la science-fiction: pouvoir mettre en récit des question abstraites.
Sentiment de déception provisoire?
Malheureusement, la série m'a déçue jusqu'à présent. J'ai regardé les trois premiers épisodes, sous réserve de ma connaissance de l'anglais qui m'empêche de saisir toutes les subtilités de la
langue de Joss Whedon. Mais même parlé en suédois ou en araméen, force est de constater que ces quelques épisodes ne sont pas suffisamment convaincants. Et les audiences tout juste passables
risquent de ne pas arranger les choses...
Finalement, le temps qui est au centre du concept de la série Dollhouse est ce que Joss Whedon devra obtenir, comme un condamné à mort demandant un sursis... Sauf que Whedon semble
innocent. Innocent? Et ces fautes flagrantes de rythme et de dramaturgie, n'est-ce pas à lui qu'elles incombent? Oui, et lorsqu'il faisait Buffy Joss Whedon avait certes au début une
attente moins forte, mais des contraintes de budget et la nécessité de se battre pour que la série s'impose non par ses seules audiences auprès du public cible, les teenagers, mais par ses
qualités d'écriture, de réalisation et d'interprétation. Il devait fournir un divertissement haletant, mais il y insufflait une autre dimension. Curieusement, le divertissement semble présent
mais snobé dans Dollhouse, comme si Joss Whedon s'intéressait à autre chose, voulait laisser de côté l'emballage facile de l'entertainement. Et il n'a pas pourtant pas tort,
mais le résultat semble bancal.
En effet le montage des scènes d'action est plat, surtout dans l'épisode pilote, même si l'épisode deux (The Target, le meilleur jusqu'à présent) offre une course-poursuite étonnante,
Echo étant à pied, blessée, poursuivie par le client qui la chasse à l'arc... Mais il y a ce sentiment quasi constant de bâclage, ce qui s'avère être le cas (tout du moins pour l'épisode pilote
retourné en partie à la demande de la Fox). Ainsi, la photographie est souvent plate, et de nombreux décors sentent trop le studio bon marché... L'intrigue s'attarde sur des choses inutiles tout
en omettant des éléments essentiels au récit: ainsi l'intrigue parallèle, le policier enquêtant sur la Dollhouse, paraît cousue de fil blanc tellement il y manque de la chair autour, tellement
ses personnages sont sans vie.
Le générique en particulier m'a choqué. C'est pourquoi je vais m'y attarder plus longuement, car il reflète la schizophrénie dont est victime la série, entre idées brillantes et massacre du
service marketing de la Fox. Ce générique est du même niveau esthétique, pour moi, que celui d'une série policière française de type Une femme d'honneur, c'est dire! La musique de
générique est sirupeuse à souhait: je saisis que Whedon voulait donner une tonalité innocente par la musique, contrastant avec le contenu de la série, mais en écho à l'esprit de cette jeune femme
sans souvenirs. Mais ça ne marche pas, c'est juste de la guimauve... Les images de ce générique sont clichées comme jamais chez Joss Whedon, comme ce plan où le nom d'Eliza Dushku apparaît: elle
se retourne, un téléphone à l'oreille, et on dirait que la série a quinze ans de retard. L'apparition du titre de la série est réussie en revanche: un plan au-dessus des "lits" disposés comme des
rayons d'un cercle. Leur couvercle se referme (idée géniale!) tandis que le titre apparaît avec une jolie typographie... empruntée à Old Boy (Park Chan-wook, 2005)! La musique de type
carillon qui accompagne cet instant semble aussi tirée de ce même film. Mais ça marche, et cette dernière image crée une identité visuelle forte, laissant aux oubliettes les images précédentes.
Dollhouse à la souce Grindhouse...
La Fox devrait comprendre un jour qu'elle a fait ses plus gros bénéfices avec des films de science-fiction (Star Wars, Alien tout de même), et cesser donc de considérer ces productions
comme des caprices coûteux pour les seuls geeks... Ces premiers épisodes de Dollhouse semblent les premières manifestations d'un phénomène bien plus important, et j'espère que la Fox
comprendra que par sa politique, l'éléphant risque d'accoucher d'une souris! Mais je suis confiant pour la qualité de la série, car je suis certain que son concept parviendra à créer les vertiges
que j'espérait en découvrant ces trois premiers épisodes... si la Fox laisse le temps à Dollhouse de se développer! Quand on voit qu'ils l'ont vendu comme un double programme de type
Grindhouse avec Les Chroniques de Sarah Connor, on se demande s'ils ne sont pas aveugles! Ils vendent une jolie fille, Eliza Dushku, une course-poursuite à moto qui est là dans
l'épisode pilote uniquement pour faire jolie, et pour justifier cette appelation "Grindhouse" certifiée d'origine Marketing-Cynique...
Donnez du temps à Dollhouse!
En définitive, j'espère que ce concept génial trouvera le temps et les moyens qu'ils lui sont nécessaire pour se développer, j'espère que les financiers comprendront qu'ils ont là une future mine d'or... Mais s'ils se pâment devant le succès de 7 à la maison... alors Joss Whedon est foutu. Il aura reçu une seconde fois une bien maigre récompense d'un studio auquel il a été malgré tout fidèle. Mais on peut toujours espérer! Je suis certain qu'il peut relancer la machine en allant à la fois plus en avant dans l'action et le divertissement, et de l'autre dans le questionnement et l'émotion. A moins que le concept lui-même ne se heurte définitivement aux esprits réfractaires... Auquel cas, Joss est à nouveau foutu! En effet, de nombreux critiques ont évoqués le fait que le spectateur ne peut pas s'identifier à un personnage sans passé: les émotions de Echo (Eliza Dushku) paraîtraient fausses, vides de sens puisque le spectateur sait qu'elle n'a pas vécu ce dont elle se souvient. De plus, je soupçonne un certain public de rejeter un personnage qu'il peut considérer comme une prostituée, puisqu'elle couche avec certains clients de la société (épisode deux, The Target)...Pour ma part, je suis opposé à cette vision des choses, et je pense que par l'absurde on peut d'autant mieux ressentir ce qui est indéfinissable: ici l'identité et la mémoire. C'est cela que permet la science-fiction: une démonstration par l'absurde, comme en mathématique. Ici, le zéro c'est soit le vide, l'absence de souvenirs, soit le plein, les faux souvenirs. Le zéro n'est pas synonyme de néant émotionnel, au contraire, il crée un vertige où nous pouvons nous sentir, nous comprendre, nous retrouver.
Pour savoir si la série a tenu toutes ses promesses, lisez l'excellente critique de la saison 1 de Dollhouse de Joss Whedon sur le blog de Cécile Desbrun
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Je ne connaissais ni le titre, ni le
réalisateur, car c'est à la toute fin qu'on découvre qu'il s'agit de Welcome, le nouveau film de Philippe Lioret, qui s'attaque ici au sujet le plus brûlant de sa carrière
(Mademoiselle, Je vais bien, ne t'en fais pas...). Disons-le tout de suite : ENFIN UN FILM QUI OUVRE LES YEUX !


J'ai participé, en troisième année de licence, au tournage d'un court-métrage réalisé par un autre étudiant de cinéma à
Lyon 2, alors en 3ème année de licence, Le Bonnet de Nicolas Perisse. Ce film raconte une histoire simple, mais qui peut évoquer en tous des sentiments profonds, ce qui est je pense
l'idéal pour un court-métrage. Un jeune homme rentre d'une soirée quand soudain, il entend les pleurs d'une femme sur le quai. Il y descend, mais il n'y a personne, seulement un bonnet flottant
dans l'eau : mais est-ce seulement celui de cette femme? Il ne cesse alors d'être poursuivi par cette image, cette femme qui n'existe plus que dans ses rêves, ne voyant pas celle qui l'aime qui,
elle, est bel(le) et bien réelle...













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