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Cinéma

Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 21:03

La mise en scène de Sergio Leone me saisie à chaque vision comme à la première. J'ai découvert les film de Sergio Leone dans l'ordre chronologique à partir du Bon, la brute et le Truand (1966), et après la claque phénoménale de ce film, j'ai été surpris par l'ampleur l'oeuvre de Sergio Leone, le film suivant poussant plus loin le précédent. J'avais peur à la vision du prochain qu'il ne parvienne pas à aller au-delà de la Nouvelle Frontière qu'il avait tracé. Mais ce fut toujours plus beau, plus fort, que ce soit au niveau de la narration, de la critique sociale, de l'évocation de l'Histoire et du "Rêve Américain", et naturellement de l'invention musicale et visuelle. A chaque fois je me disais : « Comment est-ce possible? Comment aller plus loin? » Et il le faisait pourtant, chaque film amplifiant les parti-pris du précédent, tout en s’en différenciant radicalement. Ils sont chacun parfaitement aboutis.

J’adore tout les films, ayant toutefois le plus d’attachement pour Il était une fois en Amérique (1984). Mais c’est relatif tant ils sont tous indispensables ! La scène du cimetière du « Bon… », l’arrivée de jill dans Il était une fois dans l'Ouest (1968), la trahison de Il était une fois... la Révolution (1970), la vertigineuse et bouleversante dernière demi-heure de Il était une fois en Amérique... J'ai voulu peindre son portrait à l'acrylique d'après une photographie prise durant le tournage d'Il était une fois... la Révolution, film que Peter Bogdanovich devait réaliser, avant de se désister. A contre-coeur il réalisa ce film magnifique, déchirant... Voilà, je voulais juste rendre hommage au grand Sergio Leone, immense cinéaste Italien, qui était et reste à jamais pour moi le Michel-Ange du cinéma.

Portrait de Sergio Leone par Jérémy Zucchi (peinture acrylique)

Portrait de Sergio Leone, peinture acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm, 2006.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Cinéma - Communauté : Dessin, peinture, pastel...
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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 18:42

 

Delivrance, film de John Boorman (1972)

Décidément, j'ai vraiment décidé de reprendre les choses en main sur mon blog! Voici le début d'une petite série de chroniques, consacrée aux rencontres que j'ai pu vivre avec des réalisateurs ou acteurs (j'avais déjà raconté comment j'avais accompli l'un de mes rêves en voyant Clint Eastwood, mon idole, en VRAI). Il s'agit pour moi de retranscrire l'état d'esprit dans lequel j'étais à ce moment, de décrire ces brefs moments.

Je commence par la première grande rencontre, et pas la moindre... Une rencontre vraiment mémorable avec John Boorman, le grand réalisateur de Délivrance (1972), qui fut l'un des piliers du nouvel Hollywood des années 70 (bien qu'étant Anglais), avant de connaître une chute terrible à partir de la seconde moitiée des années 80 (comme beaucoup de réalisateurs de l'époque).

Il a retrouvé le haut de l'affiche le temps du Général (1998) et du Tailleur de Panama (2001), aux succès pourtant modestes, mais ses deux films réalisés depuis, In My Country (2003) et The Tiger's Tail (2006), n'ont pas connu de sortie cinéma en France, et sont passés inaperçus ailleurs.

C'est un John Boorman fatigué, âgé de 71 ans, que j'ai vu.

John Boorman, l'Ardèche et la guerre

C'était en 2004, aux Rencontres des cinémas d'Europe d'Aubenas, en Ardèche. Qui l'eut crû? Pas moi, ça c'est sûr, bien que ce festival attire chaque année un grand nombre de cinéastes venus de tous les pays d'Europe, grâce au dévouement des bénévoles qui l'organisent, de la Maison de l'Image d'Aubenas et des contacts nombreux et réguliers du grand critique Michel Ciment. Ce festival se déroule tous les ans en octobre, je vous invite à vous y rendre!
J'étais de retour chez mes parents en Ardèche pour le week-end, ma mère m'a tendu le journal en me disant "Tiens, regarde le programme du festival" et là, stupéfaction : John Boorman va venir à 18h ce soir! Je n'avais vu de ses films que le magnifique Excalibur (1980). Ci-dessous, voici John Boorman sur le tournage de Rangoon, en 1986 : 

Le réalisateur John Boorman sur le tournage de Rangoon (1986)

Je le connaissais surtout par ce que j'avais lu dans des livres ou des revues, une citation de lui ayant la première fois excité par curiosité :
Dans Hope and Glory [La Guerre à sept ans, 1987], on voit le jeune héros du film expérimenter la violence et la destruction comme un spectacle. Quand je me reporte en arrière, je m'aperçoit que j'ai perçu [les bombardements de Londres] comme un fait esthétique. Ainsi, la scène où la bombe éclate à l'intérieur de la maison. Dans le film, j'ai fait un gros effort pour reproduire le souffle d'air qui implose au coeur de la pièce puis, immédiatement, se renverse en explosion et sort vers l'extérieur. Ce qui est curieux dans mon souvenir, c'est que j'étais détaché de tout cela alors que j'en étais victime. J'observais le travail de cette chose, l'extraordinnaire beauté qui en émanait, tout ce qui se mettait à voler dans la pièce et qui retombait... Et la chevelure de ma soeur qui partait dans un sens, puis dans l'autre.

(Cité par Vicent Pinel in Le Siècle du Cinéma, Paris, Editions Larousse, 2000, p. 409).

 

Lorsque j'ai lu ces lignes, je ne me doutais pas un seul instant que je verrai un jour John Boorman lui-même parler de Hope and Glory, et encore moins que j'aurais l'occasion d'assister et de participer à une discussion avec lui autour de ce film.

Le réalisateur John BoormanAvec son vieux pardessus râpé...

 Donc, quand ma mère m'a dit que le cinéaste était à Aubenas, nous avons pris la voiture et nous y sommes allés. Le centre culturel Le Bournot était rempli de spectateurs, j'ignorais que ces Rencontres des cinémas d'Europe attiraient autant de monde (faut dire qu'en Ardèche, on est toujours surpris de voir plus de dix personnes dans une même salle !...). A l'entrée, il y avait un panneau où étaient accrochés des photos des principaux films de Boorman, une filmographie, des résumés et des critiques. Il y avait un vieil homme assit au pied du panneau, vêtu d'une vieille veste marron râpée, les yeux dans le vide. Je parle à ma mère des films les plus importants qu'il a fait, je lui montre les photos, je lui explique brièvement le rôle clé que John Boorman a joué dans la formation de ce que l'on a appellé le "Nouvel Hollywood" des années 70, grâce à un film tel que Délivrance à la violence reflétant sur les écrans celle de la guerre du Vietnam... Puis nous nous sommes dirigés vers la salle où allait se tenir le débat avec le cinéaste.
C'est alors que ma mère s'est retournée, a regardé le vieil homme qui était assit au pied du panneau et m'a dit : "Dis donc, il ressemble drôlement au réalisateur..." Je lui ai répondu, d'un air assuré : "Mais non, ce n'est pas possible ! John Boorman ne resterait pas assit tout seul, au pied du panneau où il y a les photos de ses films ! Ce serait tellement ridicule !" Ma mère n'était pas tout à fait convaincue. Sur ce nous sommes entrés dans la salle, nous avons trouvé des places libres où on pourrait bien voir John Boorman et Michel Ciment sur l'estrade. Ce dernier arrive, présente la soirée : débat avec le cinéaste sur l'ensemble de sa carrière, projection de Hope and Glory puis discussion avec Boorman sur ce film. Et Michel Ciment dit : "Et maintenant veuillez applaudir... John Boorman !"
Et tout le monde se retourna pour applaudir le cinéaste qui entra dans la salle, qui n'était autre que... le vieil homme à la veste râpée qui était assit au pied de son panneau ! Je n'en croyais pas mes yeux ! Ma mère avait raison ! Cela m'avait paru si ridicule d'imaginer un grand cinéaste tel que John Boorman assit comme un con au pied des grands films qu'il a réalisé, sans personne autour de lui, tous ceux qui venaient pourtant de loin pour le voir passaient devant lui sans lui dire bonjour... Là, maintenant qu'un nom était associé au visage fatigué de cet homme de 71 ans à l'époque, tout le monde le regardait et applaudissait.

Steven Spielberg, Le Seigneur des Anneaux, et un film qui n'existera jamais

Je ne me souviens plus en détail des questions posées à John Boorman et de ses réponses, mais je me souviens qu'il répondait précisément, simplement, avec la chaleur d'un homme qui est heureux de constater que, même des années plus tard, on n'a pas oublié ce qu'il a fait. J'ai posé différentes question à John Boorman durant cette rencontre. La voix un peu tremblotante, j'ai demandé à John Boorman son avis sur la vogue des films de fantasy, lui qui avait porté le genre à un très haut niveau avec Excalibur. John Boorman a dit apprécier les adaptations du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien par Peter Jackson, et qu'il avait lui-même voulu adapter l'oeuvre mythique de Tolkien mais que, faute de budget et de techniques d'effets spéciaux suffisants, il s'était rabattu sur le Conte du Graal de Chrétien de Troyes et des légendes autour du roi Arthur qui l'accompagnent.

Excalibur, film de John Boorman (1980)

J'ai par la suite posé une autre question, après la projection du film Hope and Glory, très personnel puisqu'il évoque les souvenirs de John Boorman enfant lors des bombardements de Londres, comme dit plus haut. Un film tendre, mais aussi cruel, un regard d'enfant sans morale, livré à lui-même au milieu des ruines. Ce film superbe est sorti en 1987, la même année que le film de Steven Spielberg L'Empire du Soleil, sur un sujet comparable : l'errance d'un enfant anglais pendant l'occupation de la Chine par le Japon impérial, d'après le roman autobiographique de J.G. Ballard. J'ai demandé à John Boorman son avis sur ce film de Spielberg trop souvent oublié, que je considère pour ma part comme un chef-d'oeuvre. Il a déclaré beaucoup l'aimer, et n'avoir pas compris l'hostilité de beaucoup de critiques vis-à-vis du film de Spielberg qui, sous prétexte que ce dernier n'avait pas vécu les événements, considéraient L'Empire du Soleil comme inférieur à Hope and Glory... Les deux films étant sortis la même année, les critiques ont abusivement comparé les deux film, refusant de voir leurs différences, leurs spécificités... et que le fait de raconter des événements qu'on n'a pas vécu n'est pas un mensonge, n'est pas une tare, mais le propre de tous les conteurs d'histoires.

Surtout, je lui ai posé une question qu'on pose trop rarement, car on oublie qu'un réalisateur passe la plupart de sa vie à ne pas faire de films... "Quel est le film que vous avez toujours voulu faire, et dont vous savez que vous ne le réaliserez jamais?" Question délicate, car un artiste est tellement torturé par toutes ses oeuvres qui sont seulement rêvées! John Boorman a alors brièvement raconté l'histoire d'un film conçu dans les années 70 : dans un futur apocalyptique, la Terre est envahie par les déchets ; un homme a le pouvoir de faire disparaître les choses par magie. Il fait disparaître les déchets, puis est amené à faire disparaîtres des hommes, des proches, et enfin lui-même. Nous pouvons alors nous-mêmes ce film de John Boorman qui n'existera jamais...

 

Le réalisateur John Boorman sur le tournage du Tailleur de Panama (2001)

J'aurais voulu poser d'autres questions, et lorsque je l'ai croisé, seul dans le hall d'entrée du centre Le Bournot, le lendemain, j'aurais voulu l'aborder, avec mon anglais hésitant, mais non, je n'ai pas voulu le déranger, j'ai laissé continuer son chemin John Boorman, à la vieille veste râpée, au dos courbé mais au regard toujours aussi perçant. Un regard d'aigle.

Un remake du "nouvel Hollywood"?

John Boorman a prévu de revenir en force en 2011, grâce à un film d'animation d'après Le Magicien d'Oz et à l'adaptation de l'un des chef-d'oeuvres de Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien (l'un de mes livres de chevet). Avec un budget de 60 millions d'euros et Antonio Banderas qui voulait interprêter le rôle-titre (oui, Hadrien venait de la péninsule ibérique), John Boorman semble revenir en force ! Mais Antonio Banderas s'est désisté, et le Mémoires d'Hadrien est toujours annoncé sur IMDB comme en préproduction, pour une sortie en 2010... Rien n'est fait, donc. Mais une chose est sûre, John Boorman compte bien revenir en force. C'est le cinéma qui le fait avancer, c'est l'amour des histoires qui l'a conduit à affronter Hollywood et à conituer à la faire, à 78 ans maintenant.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma et culture alternative
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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 09:13

Voici le troisième et dernier article d'une longue analyse de la célèbre séquence de la balançoire du film inachevé de Jean Renoir d'après une nouvelle de Guy de Maupassant, Une Partie de campagne. J'étudie la notion d'adaptation, qui ne doit pas se limiter à l'adaptation littéraire, de l'écrit à l'écran, mais aussi d'un support d'images à un autre, de la toile du peintre à la toile où l'images est projetée. Voici l'extrait qui est analysé :

 

Le tableau devient plan

Au début de la séquence d'Une Partie de campagne de Jean Renoir étudiée ici, les plans de la balançoire sont fixes : la transposition de la peinture au cinéma s’effectue explicitement par un cadrage évoquant celui du tableau, ainsi que par la fixité de la caméra qui renvoie à l’image fixe peinte.

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

Procédé souvent utilisé dans le film Une Partie de campagne, la périphérie du cadre est souvent plus floue que le centre, créant un effet de touche impressionniste. Une rupture brutale est provoquée par les plans où la caméra est fixée sur la balançoire, montrant Henriette en plan rapproché : le balancement de cette dernière jusqu’à présent montré extérieurement, mis en valeur par la fixité de la caméra, est maintenant figuré « intérieurement » par le mouvement de la caméra elle-même. Le premier de ces plan instaure une nouvelle phase dans la mise en scène, car en effet un panoramique vers la gauche lui succède, raccordé par le mouvement avec le plan précédent. Un contrechamp lui succède avec un panoramique vers la droite montrant les religieux : l’heure est au mouvement, donc au cinéma, et non aux plans fixes évoquant ostensiblement des tableaux. Mais revenons aux plans où la caméra se balance en compagnie d’Henriette…

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

Mouvement de caméra ? Dans une certaine mesure non, puisqu’elle reste fixée sur son support : c’est seulement ce dernier qui bouge, à l’instar des premiers travellings effectués par les opérateurs des vues Lumière, qui découvrirent le mouvement de caméra non en bougeant celle-ci directement, mais en réalisant des plans fixes (relativement au support) depuis un véhicule, gondole vénitienne ou train. Henriette elle-même accomplie de ce fait un mouvement assez réduit au sein du cadre, puisque c’est le fond lui-même, les arbres et le ciel, qui semblent se balancer désormais. Sur ce point, ce plan est plus fidèle à l’œuvre de Pierre-Auguste Renoir que les plans fixes précédant, car dans le tableau, elle ne se balance pas, elle s’appuie seulement sur la balançoire. Le fond dans ce plan est flou en raison d’une part de la mise au point de l’objectif et d’autre part du mouvement rapide. Si on compare ce plan avec le tableau de Renoir (ci-dessous), il apparaît que le flou et la vitesse du balancement évoquent la touche impressionniste du peintre. De plus, l’ombre du feuillage ne cesse d’envahir le visage d’Henriette puis de le libérer, à l’image du « maillage » de taches d’ombres bleutées qui fut tant reproché à Pierre-Auguste Renoir par les tenants de l’académisme, qui disaient qu’il transformait les personnages en cadavres putréfiés. Là, nous avons la matière même, la touche rendu visible.

La balançoire, tableau de Pierre-Auguste Renoir

Car le tableau de Pierre-Auguste Renoir n’est pas seulement une représentation d’une scène d’une banale partie de campagne, une balançoire, un arbre et des personnages disposés selon une certaine composition. C’est aussi, et surtout, la peinture comme matière, la touche de Renoir qui tente non de représenter cette scène, mais de recréer la perception que l’œil humain a de la lumière et de ses couleurs qui nous la rendent visible. Et la couleur justement, où est-elle ? Dans la lumière, dans les variations infinies allant du blanc au noir. L’impressionnisme est en effet issu originellement des recherches sur la décomposition de la lumière par Chevreul, qui montra ainsi que la lumière dite blanche est en vérité composée de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, excluant le noir et naturellement le blanc. La couleur telle qu’elle est utilisée par les peintres impressionnistes n’est pas une propriété de l’objet lui-même, permanente, mais une réaction, au niveau le plus infime des particules lumineuses, de la lumière au contact de l’objet. La couleur de ce dernier lui est extérieure en quelque sorte, et est déterminée par les conditions atmosphériques et d’observation. L’impressionnisme ne s’intéresse pas à la couleur en tant que telle, mais à la lumière dont elle est issue et qui est recrée sur la toile par la juxtaposition de taches colorées. Cette vibration par la couleur et la vigueur de la touche, le cinéaste Jean Renoir la traduit en mouvement, qui est proprement cinématographique. Il y a ici condensation des multiples couleurs du tableau jusqu’à ce que, sur l’écran noir et blanc, elle retournent à là d’où elles sont issues : à la lumière. Il y a déplacement de la vibration et de la touche dans le mouvement des objets (tout ce que peut contenir l’écran). Quand à la fixité absolue du tableau, elle est déplacée en fixité relative de la caméra sur le support mouvant qu’est la balançoire. Pour finir, le mouvement de balancier haut/bas déplace la verticalité du tableau.

Dans les deux plans fixes vus depuis l’intérieur de la maison, le tableau de Renoir est représenté, certes, mais nous sommes strictement dans le domaine de la figuration. Tout y est parfaitement définissable, circonscrit, à l’opposé du plan où la caméra est fixée sur la balançoire qui, parce qu’il parvient à faire émerger la matière même, la lumière et sa « vibration », figure véritablement le tableau en tant que touches de peinture. Un plan fixe avec sur-cadrage, identique à celui où les deux canotier ouvrent les volets, clôture la séquence (ci-dessous), mais le cadre formé par la fenêtre ne délimite plus qu’un simulacre sans matière de l’œuvre du peintre Renoir, une représentation vaine, aussitôt rendue nulle par la sortie d’Henriette du champ. Il faut trouver des moyens cinématographiques afin de transposer la touche du peintre en touche de cinéaste, et non reproduire ce qui n’est qu’une représentation et non la peinture elle-même.

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

D'une toile à l'autre : en conclusion

Ainsi l’opposition relevée par Michel Serceau entre le monde de référence imposé par l’adaptation d’une nouvelle de Maupassant, le naturalisme, et la citation d’un tableau impressionniste de Pierre-Auguste Renoir, doit être nuancée. Ceci fait révèle que naturalisme et impressionnisme sont en définitive deux expressions d’un même monde de référence, différentes car utilisant des supports différents. Lorsqu’on peint ou on écrit, il faut penser en peinture ou en récit écrit. C’est évidemment la même chose pour le cinéma, sauf que ce dernier mêle, comme cela a été dit plus haut, les caractéristiques de l’un et de l’autre, et y ajoute celles qui lui sont propre. Cette séquence du film de Jean Renoir montre lumineusement qu’Une Partie de campagne ne peut être ni strictement impressionniste du fait du récit et du discours, ni proprement naturaliste du fait de l’intensité des sensations saisies par la caméra (pour qui sait s’en servir). De ce fait, la citation n’est pas une greffe monstrueuse à l’adaptation, puisque d’une part les deux sont liés ici à un même monde de référence, et d’autre part parce que le cinéma n’est ni peinture ni littérature. C’est un peu des deux, qui ne s’additionnent pas mais se multiplient jusqu’à former un art distinct. Mais la matière, la lumière même, est toujours présente, que ce soit sous la forme des touches colorées du peintre ou des variations, du mouvement et du flou du film noir et blanc. Le support impose de penser l’art selon ce dernier, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il soit étanche à tout ce qui lui est étranger. Même si la plupart ne tiennent pas sur le support, il reste malgré tout des grains de sable qui parviennent à s’y loger, sous une autre forme, et ce sont ces grains minuscules que l’analyse doit permettre de retrouver.

L'image peinte permet au cinéaste de passer d'un récit écrit, la littérature, à un récit en images et en sons, le cinéma. La peinture propose au cinéaste un schéma, une manière de penser et de représenter purement visuelle, qui lui permettra de faire s'accomplir le passage de l'écrit à l'écran.

Sommaire de cette analyse :

  1. Image, discours et récit

  2. D'un cadre à l'autre, d'une peinture à l'autre : interpénétrations

  3. Le tableau devient plan

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma et culture alternative
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Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /Juil /2010 18:33

Après la première partie, voici la seconde partie d'une longue analyse de la célèbre séquence de la balançoire du film inachevé de Jean Renoir d'après une nouvelle de Guy de Maupassant, Une Partie de campagne. J'étudie la notion d'adaptation, qui ne doit pas se limiter à l'adaptation littéraire, de l'écrit à l'écran, mais aussi d'un support d'images à un autre, de la toile du peintre à la toile où l'images est projetée. Voici l'extrait qui est analysé :

 

D'un cadre à l'autre, d'une peinture à l'autre : interpénétrations

Il faudrait bien plus de temps et de travail pour le démontrer ici, mais l’impressionnisme en peignant la « vibration » de la lumière et de ses couleurs ne dépeint pas seulement un monde chatoyant et épanoui, lumineux au sens propre et figuré, car cette « vibration », c’est aussi l’éphémère existence de la couleur, des choses et des êtres qui, en un instant, basculent dans l’ombre. Bien plus que chez Pierre-Auguste Renoir, c’est particulièrement palpable chez Claude Monet : il suffit de songer à Impression, soleil levant (1873) ou à sa série consacrée au Parlement de Londres (1900-1901), par exemple, pour le ressentir. Mais aussi dans des scènes champêtres proches de celles que montre le film de Jean Renoir, La femme à l’ombrelle (ou La Promenade, 1875) en particulier, où la figure humaine, sans visage aux traits déchiffrables, se dissout dans l’ombre projetée par l’ombrelle, et dans l’air lui-même. Monet, semble-t-il, est tout aussi présent dans le film que le père de Jean Renoir, comme en témoigne la fin du dernier plan d'Une Partie de campagne qui évoque La Barque (1887), ci-dessous :

La Barque, peinture de Claude Monet (1887)

Dernier plan d'Une partie de campagne, film de Jean Renoir

Certes, dans les séries de Monet, des éléments demeurent, témoignant de la permanence des choses, mais cette « fixité » permet de mettre en valeur ce qui au contraire change, surgie, disparaît, le motif permanent devenant en définitif obscur, car n’existant qu’au contact de l’environnement changeant. Le film entier de Jean Renoir se métamorphose, comme on l’a vu, par le ciel menaçant, les pluies, l’orage et l’amour avorté d’Henriette et du canotier. Le mouvement permis par le cinéma (de l’image et par le montage) permet au cinéaste de renouer avec les séries impressionnistes. Ci-dessous, voici quelques captures de cette séquence de transition où la nature se métamorphose, cause d'une catastrophe réelle, puisque le mauvais temps conduisit à l'abandon du tournage, mais qui est devenue le reflet  - par la grâce du montage - d'une catastrophe humaine fictive (l'histoire d'Henriette) :

Une partie de campagne, film de Jean RenoirUne partie de campagne, film de Jean Renoir

Une partie de campagne, film de Jean Renoir Les séries impressionnistes rejoignent le naturalisme dans une même recherche d’exactitude « scientifique », comme le montre les cadrages rigoureusement identiques. Zola comparaît en effet l’écrivain naturaliste à un scientifique observant et décrivant le comportement des individus, les nouvelles et romans naturalistes étant les contenants où des spécimens de différentes classes sociales interagissent. D’où une certaine prédilection, chez Maupassant en particulier, pour les lieux clos ou isolés ou coexistent ces différentes classes : le carrosse de Boule de suif et comme ici l’auberge et les bords de Seine d’Une Partie de campagne. Mais de même, de son côté, le naturalisme ne se réduit pas à une froide description « scientifique » et à une vision pessimiste des actes et des pensées humaines. Il y a de nombreux « instants » où l’écrivain tente lui aussi, mais avec ses propres moyens, de saisir la lumière, les sensations infinies qui composent notre perception du monde. L’Œuvre de Zola ne brise pas seulement les illusions, c’est par moments une tentative de transposition de l’impressionnisme en littérature. Mais le support, semble-t-il, joue un rôle déterminant, et les mots peinent à un certain point à évoquer et décrire ce que l’œil voit et la main peint.
Naturalisme et impressionnisme sont liés par leur origine commune, le réalisme. L’impressionnisme, à la différence des mouvements qui l’ont suivi et qu’il a enfanté, (pointillisme, fauvisme…) est un « réalisme de la lumière ». Le cinéma quand à lui est voué « par essence » au réalisme selon la conception d’André Bazin, car il est avant tout une technique de captation  analytique du mouvement, puis de synthèse lors de la projection. Or, l’analyse, c’est ce que l’impressionnisme, et surtout Monet, fit avec les séries, et plus largement par, pourrait-on écrire, leur décomposition picturale de la lumière. Quand à la synthèse, elle se traduit par la vigueur de la touche qui ignore la ligne pour correspondre à l’effet de mouvement et de luminosité. Faire coexister naturalisme et impressionnisme, c’est dès lors s’interroger sur le réalisme du cinéma, qui est une captation de la lumière (impressionnisme) certes, mais en mouvement, c’est-à-dire en actes (naturalisme). La captation de la lumière fait du cinéma un vecteur de sensations, certaines seulement sensibles par « l’œil » cinématographique (profondeur de champ, halos dus à la diffraction…). Le cinématographe, en tant que machine, ne dissocie pas les sujets des objets ou des paysages, à la différence du peintre : pour elle tout se réduit à des surfaces plus ou moins éloignées, mouvantes et lumineuses. De ce point de vue, le cinéma est impressionniste. Mais il saisit les choses dans leur mouvement, et non des instants figés : il y a une continuité que le montage élargira non seulement au niveau des actions, mais de l’univers diégétique. Parce que ces actes sont en mouvement, d’un point A à un point B, puis par le montage de B’ à C etc., il y a un récit, et donc un discours. Certes, la peinture n’en est pas dénuée, mais à un degré moindre. Le naturalisme s’impose alors au cinéma en raison de la création d’un récit par les actes, qui caractérise ce mouvement littéraire. Mais le cinéma est aussi, avant tout, sensation, et laisse le champ libre à l’impressionnisme.Introduction - Image, discours et récit

Sommaire de cette analyse :

  1. Image, discours et récit

  2. D'un cadre à l'autre, d'une peinture à l'autre : interpénétrations

  3. Le tableau devient plan

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma et culture alternative
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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 14:34

Voici le premier article d'une longue analyse de la célèbre séquence de la balançoire du film inachevé de Jean Renoir d'après une nouvelle de Guy de Maupassant, Une Partie de campagne.  J'étudie la notion d'adaptation, qui ne doit pas se limiter à l'adaptation littéraire, de l'écrit à l'écran, mais aussi d'un support d'images à un autre, de la toile du peintre à la toile où l'images est projetée.


Je rappelle brièvement que ce film tourné en 1936 devait être un long métrage mais, face au retard causé par un temps catastrophiquement mauvais et à la déroute financière des producteurs, le film fut interrompu définitivement. Ce n'est qu'en 1946 que Jean Renoir pu monter les séquences tournées et le sortir en salles. Ce film d'une quarantaine de minutes se révèle extrêmement cohérent, c'est une parle bouleversante qui raconte la perte de l'innocence d'une jeune femme éprise d'un canotier lors d'un week-end à la campagne avec sa famille. Voici l'extrait qui sera analysé :

 

 

La balançoire, tableau de Pierre-Auguste RenoirLa séquence de la balançoire d’Une Partie de campagne de Jean Renoir cite le célèbre tableau de son père Pierre-Auguste Renoir La Balançoire (1876), s’inscrivant parfaitement dans le projet même du film, adaptation de Guy de Maupassant qui permet au cinéaste, à partir d’un canevas simple, de « broder » selon ses propres mots, d’évoquer l’époque, les lieux et les figures de l’œuvre de son père et, plus largement, de l’impressionnisme. Mais comment évoquer l’impressionnisme dans un film en noir et blanc ? C’est la question qui sous-tendra toute cette analyse. Penchons-nous tout d’abord un instant sur les notions de citation et d’adaptation, qui sont les enjeux de la séquence et du film dans son entier, par son projet décrit plus haut. Dans son essai sur l’adaptation cinématographique, Michel Serceau écrit à partir de cette séquence : « Les citations fonctionnent à partir d’un monde de référence, comme instrument de lecture. » (Michel Serceau, L’adaptation cinématographique des textes littéraires, Théories et lectures, Liège, Éditions du Céfal, Collection « Grand Écran, Petit Écran - Essais », 1999, pp. 160-161). Ici, parce que Une Partie de campagne de Jean Renoir est une adaptation d’une nouvelle de Maupassant, le « monde de référence » est celui du naturalisme.

En tant qu’« instrument de lecture », la citation doit permettre au spectateur de cerner ce monde de référence, d’en donner une image qui crée un discours sur ce monde. Mais ici, cette citation est celle d’un tableau impressionniste or on verra dans la première partie que l’on peut opposer naturalisme et impressionnisme comme deux mondes de référence différents, dont la co-existence au sein du film crée un conflit et une mise en question du tableau mis en abyme et de l’impressionnisme. Mais ensuite on constatera que ces deux mouvements ne peuvent s’opposer que superficiellement, qu’ils s’interpénètrent mais demeurent distincts car appartenant à deux supports différents. En effet, l’impressionnisme est quasi uniquement à l’époque un mouvement pictural, et le naturalisme majoritairement - sinon par essence - littéraire. Le support (le film noir et blanc ici) détermine-t-il le monde de référence ? Est-ce possible dès lors de transposer sur l’écran le tableau impressionniste de Pierre-Auguste Renoir ?

Image, discours et récit

Ce qui manque ici à la citation, dans cette séquence de la balançoire de Une Partie de campagne, c’est la couleur, le cadrage vertical, la touche du peintre et la fixité. Ce qu’apporte le récit filmique, et donc l’adaptation, c’est le mouvement, la création d’une histoire avec des dialogues : en somme, récit et discours. Le tableau de Renoir contenait aussi un petit récit, figé, un homme abordant une jeune femme près d’une balançoire ; elle détourne le regard comme par gêne ou timidité. Mais le tableau conserve « l’objet enrobé dans son instant comme, dans l’ambre, le corps intact des insectes d’une ère révolue », pour reprendre l’expression d’André Bazin : il n’y a pas de mouvement donc pas de représentation de l’avant ou de l’après, et ainsi plus largement, pas de discours se superposant à l’image peinte. Au fond, la situation du tableau devait sans doute être semblable à celle du film : même désir et même innocence, seulement il n’y a pas le dialogue entre les deux canotiers pour la stigmatiser. De là une certaine idéalisation qui laisse croire que le peintre impressionniste voyait le monde en couleurs et non en noir, avec un optimisme lumineux. Pourtant, il connaissait lui-même souvent à ses débuts la pauvreté, et savait fort bien que sa gracieuse odalisque était en vérité une prostituée. Lorsque Émile Zola, ami d’enfance de Paul Cézanne et premier défenseur de cet art nouveau, écrivit son roman L’Œuvre (1886), il mit des mots sur ces images d’un monde semblant idéal, racontant la vie tourmentée et misérable d’un peintre impressionniste inspiré de Cézanne, de Manet et de Gustave Moreau lorsqu’il se tourne vers le symbolisme. Le naturalisme avait tué l’impressionnisme avec ces mots déchirants et ces actes cruels, du moins c’est ainsi que les peintres amis de Zola le ressentirent.
« Ce que j'aime, disait Pierre-Auguste Renoir, c'est la peau, une peau de jeune fille, rosée et laissant deviner une heureuse circulation. Ce que j'aime surtout, c'est la sérénité. » Cette recherche de la sérénité dans la peinture du réel se traduit par l’innocence d’Henriette et s’oppose aux pensées des deux canotiers, dont l’un avoue volontiers dans la séquence ne pas songer aux conséquences, sans quoi on ne pourrait s’amuser, l’autre lui ayant dépeint une vie brisée par son acte. Mais au début de la séquence, dans le plan fixe depuis l’intérieur de la maison, lorsqu’ils ouvrent les volets et que l’on découvre le « tableau » de la balançoire, les canotiers sont des figures impressionnistes elles aussi, car elles nous évoquent aussitôt en effet le fameux Déjeuner des canotiers de Pierre-Auguste Renoir (1880-1881), visible ci-dessous.

Le déjeuner des canotiers, tableau de Pierre-Auguste Renoir

Les volets s’ouvrent, la citation est révélée, les rires des femmes surgissent et la musique apparaît elle-aussi, prolongeant le geste d’ouverture par un élan vers le bonheur, souligné par un très léger travelling avant. Mais au fur et à mesure de la séquence, ces figures impressionnistes, le canotiers, se dissocient de leur « monde de référence » pour être transportées dans un autre, celui du naturalisme. Cette dissociation est sensible diégétiquement par leur dialogue teinté de cynisme, qui contraste avec l’innocence joyeuse d’Henriette, et par l’utilisation du champ-contrechamp : ils ne sont plus présent dans le même cadre qu’elle. Pour Michel Serceau, il y a donc un conflit entre le champ (Henriette sur la balançoire) et son contrechamp (les canotiers), entre respectivement l’impressionnisme et le naturalisme. Voyez ci-dessous :

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

Et ceci en raison de l’« écart entre les actes (et même les mouvements) des personnages et le monde de référence qu’est la peinture d’Auguste Renoir, mise en question en même temps qu’elle est mise en abyme » et « du regard des deux hommes qui en constituent le hors-champ. » (Michel Serceau, ibid, pp. 160-161). Comment les deux, canotiers et jeune femme, naturalisme et impressionnisme, peuvent-ils coexister ? C’est sur ce point que le tableau de Renoir est « mis en question » et non seulement mis en abyme. Le canotier aux longues moustaches dit que si Henriette « s’asseyait un peu le paysage deviendrait beaucoup plus intéressant… » Le mot « paysage » renvoie à l’impressionnisme mais désigne ici l’objet de son désir, et succède alors un plan large où on voit Henriette s’asseoir, puis un contrechamp en gros-plan sur le visage du canotier qui se lisse la moustache avec délectation, et enfin un plan fixe où la caméra est disposée près du sol, presque en-dessous de la jupe d’Henriette. Ce plan d'Une Partie de campagne peut être associé de ce fait, malgré un angle différent, au point de vue du canotier, qui devient pour un temps celui du spectateur, de même que le plan où la caméra était fixée à la balançoire nous emportait avec Henriette et contribuait à nous identifier à elle (ci-dessous).

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

En somme, ce dernier est un plan à destination des femmes, et l’autre des hommes. La différence principale entre ces deux plans, ce n’est pas tant que l’un représente un visage et l’autre un corps qui en est dénué, c’est que celui où la caméra est fixé sur la balançoire ne contient pas de discours (par les dialogues et le montage) pour non seulement orienter, mais surplomber notre regard. Car après tout, le plan fixe « sous la jupe », sans les contrechamps montrant le canotier ni dialogues précédant et suivant, est lui aussi une étude du mouvement, inversée car ce n’est plus le fond qui est dissout par la vitesse, mais le corps. Même pour l’époque, il est plutôt innocent en lui-même, et la musique enjouée traduit à merveille cette exaltation de la sensation pure, dénuée de tout discours. Mais parce qu’il s’inscrit dans une continuité narrative et diégétique, il entre en dialogue avec les plans précédant et suivant et leur contenu, et crée ainsi un récit et un discours. Il perd sa pureté impressionniste, instants de lumière saisis, en étant contenu par le naturalisme.
Lorsque les deux canotiers observent Henriette sur la balançoire, ils semblent du fait du sur-cadrage regarder un tableau impressionniste, comme vous pouvez le voir ci-dessous :

Une partie de campagne, film de Jean Renoir

Eux sont les spectateurs, le monde tel qu’il est (naturalisme), et elle le tableau, le monde tel qu’il devrait être (impressionnisme), pour reprendre la célèbre expression de La Bruyère à propos de Corneille et Racine. Lorsque le plan avec sur-cadrage est repris à la fin de la séquence, la dissociation est complète, les deux canotiers appartiennent désormais au naturalisme. Ici semble s’être accompli le déplacement qui caractérise le figural. Le film lui même, à travers son histoire, fait de la coexistence du naturalisme et de l’impressionnisme au sein d’un même univers, puis d’un même cadre, son enjeu, à travers la séduction forcée de Henriette par le canotier. Le ton d'Une Partie de campagne est alors sombre tandis qu’ils s’embrassent, et le ciel se noirci, la pluie tombe, le temps passe et Henriette a épousé Anatole, retrouvant un instant seulement cet amour qui demeurera sans doute à jamais un possible jamais advenu. Le réalisme souvent pessimiste du naturalisme, le monde tel qu’il est, a envahit le film de Jean Renoir, a même contaminé l’impressionniste Henriette. Mais en vérité, ce n’est pas aussi simple et tranché que cela, comme nous le verros dans la suite de cette analyse...

Sommaire de cette analyse :

  1. Image, discours et récit

  2. D'un cadre à l'autre, d'une peinture à l'autre : interpénétrations

  3. Le tableau devient plan

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma et culture alternative
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L'auteur du blog

Jérémy Zucchi, réalisateur et monteur de films documentaires, mais aussi de fictions, captations, vidéos d'artistes, démos ou clips.

Je suis né en 1986. Diplômé de Master d'études cinématographiques et audiovisuelles à l'Université Lumière Lyon-2 en 2009.

Tout a commencé par le dessin, mais j'ai entrevu très tôt que les ressources du cinéma me permettaient bien mieux de raconter les histoires que j'avais en tête. C'est grâce à mes études de cinéma à l'Université Lumière Lyon 2 que j'ai pu co-réaliser deux court-métrages de fiction, Une Meilleure Jeunesse (19 min, 2006) et Les Absents (30 min, 2008). Puis j'ai découvert la création documentaire en 2008, par l'écriture et le montage du film Haïti - Champs de béton pour AVSF, lors d'un stage au sein de la société de production de films d'entreprise Each Other Productions.

Depuis, je ne cesse de développer des projets de films documentaires. J'ai réalisé le film Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée (52 min, 2012) sur la création d'un spectacle mêlant danse hip-hop et champ classique, et prépare actuellement deux autres documentaires, dont un en cours de production.

 

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