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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 19:45
Philip K. Dick, dessin de Jérémy Zucchi
J'ai donné une petite conférence sur Philip K. Dick au théâtre de Vénissieux le 15 avril, à l'invitation du metteur en scène Joris Mathieu qui, avec les étudiants comédiens et scénographes de l'Université de Nantes, a présenté ensuite sa dernière création, hommage court mais marquant à l'oeuvre de l'écrivain de science-fiction. 
Au revoir monsieur Sarapis, qui prend pour point de départ la nouvelle "Ce que disent les morts", est un début très prometteur, car en effet, Joris Mathieu et la Compagnie Haut et Court ont pour projet de créer prochainement une pièce bien plus imposante autour de l'univers de l'écrivain, avec le romancier et spécialiste de la science-fiction Lorris Murrail. Je publierai un article évoquant plus en détail le travail incroyablement dickien qu'a déjà effectué Joris Mathieu.
Avant cela, voici les vidéos de ma petite conférence (35 minutes), qui est une introduction à la vie et l'oeuvre de Philip K. Dick pour un public (plus de 70 personnes) qui ne connaît pas forcément la science-fiction. Malgré tout, j'ai voulu aborder quelques pistes de réflexion importantes, trop brièvement malheureusement. Cette petite conférence (compte-rendu   sur le blog Expressions) r eprend quelques éléments que j'avais abordé dans mon mémoire de master et que je développe actuellement dans le livre sur l'esthétique des oeuvres de Philip K. Dick que je suis en train d'écrire. 
Le metteur en scène Joris Mathieu et Jérémy ZucchiDe brillantes remarques du metteur en scène Joris Mathieu suite à ma petite conférence s'insèrent dans le montage de mon discours, proposant des éclairages et des pistes de réflexion supplémentaires passionnantes. Pour vous aider à y voir un peu plus clair, j'ai résumé pour vous les grandes lignes de chacunes des parties de cette petite conférence. J'espère que cela vous plaira !

1- Le traumatisme originel : la mort de sa soeur jumelle

Dans la première partie, après une brève présentation de l'univers de Philip K. Dick, devenu presque un cliché tellement il est présent dans notre culture souterainnement, je parle du traumatisme de la perte de sa soeur jumelle, Jane, décédée six semaines après leur naissance [et non dix jours comme dit dans la vidéo, désolé pour cette erreur] en 1928 faute de soins et de nourriture. De là est né un profond ressentimment, voire une haine de Philip K. Dick vis-à-vis de sa mère, dont l'absence d'empathie l'a conduit à décrire les nazis (Le Maître du Haut-château, 1961) et les androïdes (Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, 1968) qui peuplent son oeuvre.

2- Succès posthume au cinéma et films noirs

Après avoir mis le doigt sur l'importance de l'empathie et du refus du pragmatisme sans conscience, je fais un bond jusqu'en 1982 pour parler de l'héritage florissant laissé par Philip K. Dick après sa mort, malgré l'échec public du film Blade Runner (Ridley Scott, 1982), ce film devenant culte et contribuant fortement à diffuser l'oeuvre de l'écrivain. Il y a à ce jour 11 adaptations, dont 4 seulement adaptent des romans (Blade Runner, Confessions d'un barjo, A Scanner Darkly et le prochain Radio Free Albemuth). Pourquoi? Je termine en évoquant l'influence du film noir sur les films adaptant Philip K. Dick et sur son oeuvre elle-même, qui est le développement dans le cadre de la science-fiction du "brouillard" propre à ce genre.

 

3- Survivance du réel

Dans cette partie, après avoir parlé du jeu de Philip K. Dick avec les conventions de la science-fiction qui le conduisent à affirmer l'incohérence de ses oeuvres, j'évoque le fait, qui semble paradoxal, que c'est le désir d'écrire sur son époque, sur la réalité, qui a conduit Philip K. Dick à inventer l'univers virtuel du Temps désarticulé (1958). Il confronte le monde réel contemporain et les conventions de la science-fiction. Le passé survit dans le lointain futur imaginé par Philip K. Dick, comme dans Ubik (1970) où le monde régresse jusqu'en 1939. Le nazisme qui aurait dû disparaître survit malgré tout, les personnages se rendent compte que cela ne peut être possible...

 

4- En attendant l'Apocalypse

Les personnages, tels ceux du Maître du Haut-château, savent que leur monde doit s'écrouler, doit disparaître. Il sont dans l'attente d'une Apocalypse qui mènera à une Révélation divine qui ne vient pas, qui doit les mener vers l'authentique monde réel. J'évoque le délire mystique de Philip K. Dick dans les huit dernières années de sa vie. Je parle les trois types d'humains, tous malades psychologiquement, qui composent les univers de l'écrivain : schizoïdes, autistes et schizophrènes capables de percevoir la réalité et l'autre monde, ignorant celui qui est réel. Je conclue en parlant de la vision divine, l'épiphanie, et de l'espoir en une révélation du réel par la caméra.

 

J'ai été ravi d'intervenir lors de cette soirée, c'était la première fois que je parlais en public de Philip K. Dick. J'espère que cela vous a plu ! N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, à me poser des questions, bref, à engager un dialogue que je serai ravi de rejoindre !

 

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 21:25

David Cronenberg et Philip K. Dick. Deux noms évocateurs d’univers étranges où l’homme mute, se mêle à la machine, se révèle monstrueux par ses créations même. Deux univers comme deux variations sur un même thème, le gore trash de série B de Cronenberg et sa fascination pour les mutations du corps humain, étant comme les excroissances qui prolifèrent sur un corpus commun au cinéaste Canadien et à l’écrivain Américain, les pulps et magazines de science-fiction des années quarante et cinquante. « Je me sens donc des affinités avec Philip K. Dick, dit Cronenberg, et ça me rappelle aussi ma jeunesse, quand je lisais Fantasy & Science Fiction Magazine, Galaxy et Astounding[1] ».

Philip K. Dick et son chat      Le réalisateur Canadien David Cronenberg

Dans le cadre de deux défis initiés par la blogueuse Cachou et rejoint par Vance sur ces deux conteurs visionnaires, voici un double article où je vais sonder un peu les réminiscences voilées et influences avouées de l'oeuvre Philip K. Dick chez David Cronenberg.

Une rencontre avortée, et retardée

Le réalisateur affirme ne pas avoir lu Dick lorsqu’il était jeune. « J’avais entendu parler de [Philip K. Dick], dit le cinéaste, mais j’ai arrêté de lire de la science-fiction quand j’étais gosse, dans les années cinquante - c’est alors que je me suis mis à lire des écrivains comme Burroughs ou Nabokov.[4] » Le cinéaste s’est ainsi orienté très tôt vers les œuvres et les auteurs qui imprègnerons son futur travail de scénariste et réalisateur, laissant de côté la science-fiction pour la « grande littérature ». Le cinéaste dit avoir arrêté de lire de la science-fiction car les critiques disaient beaucoup à l’époque « tel auteur n’écrit pas très bien, mais ses idées sont géniales. Or très souvent les idées n’étaient pas aussi géniales que ça, et l’écriture n’en restait pas moins atroce.[5] » Mais, ajoute Cronenberg :« Avec Dick, c’est autre chose. [6] »

David Cronenberg aurait lu Philip K. Dick pour la première fois lorsque le producteur Dino de Laurentiis lui proposa de co-écrire et de réaliser Total Recall, en 1985. Dans un prochain article consacré à Total Recall, je reviendrais sur les raisons qui ont mené David Cronenberg à renoncer à cette adaptation. Philip K. Dick serait donc entré dans la vie David Cronenberg en 1985, soit trois ans après la mort de l’écrivain. Quoiqu’il en soit, le projet de David Cronenberg ne peut que stimuler l’imagination des admirateurs du cinéaste et de l’écrivain. Mais n’est-ce pas vain ? Et surtout, le réalisateur n’avait-il pas déjà réalisé un des films les plus dickiens qui soit, Videodrome (1983) avant même, selon lui, avoir lu Philip K. Dick ?…

eXistenZ de David Cronenberg (1999) fait explicitement en référence à Philip K. Dick, le cinéaste pensant même le lui dédier. Mais nous pouvons ajouter que ce film n’est pas le seul a avoir, semble-t-il, été inspiré ou influencé par Dick. Comme l’écrit Olivier Père, Videodrome et eXistenZ (voire Scanners et Le Festin Nu) sont des films que nous pouvons qualifier que dickiens c’est-à-dire inspirés ou faisant écho à l’œuvre de Philip K. Dick, « par leurs thèmes mais aussi leur approche très subjective du récit. Le lecteur comme le spectateur sont amenés à subir avec eux les hallucinations ou les mutations des protagonistes, dans un cauchemar hyperréaliste qui brouille les frontières entre rêve et réalité, raison et folie, réel et virtuel.[3] »

Videodrome, film de David Cronenberg (1983)Videodrome : réminiscence inconsciente de Philip K. Dick?

Videodrome (1983), n’aurait pas été influencé par Philip K. Dick, puisque Cronenberg n’avait pas lu alors l’une de ses œuvres dans sa jeunesse. Pourtant, dans ce film, bien qu’il ne s’agisse pas d’une adaptation de Dick, avec une économie de moyens digne de la concision des nouvelles de l’écrivain (le film dure environ 1 heure 25 minutes), un personnage principal d’une grande banalité (Max Renn incarné par James Woods) se trouve confronté à la machine devenant organique, l’humain devenant mécanique, réifié, programmé, androïde… Max Renn découvre un magnétoscope en son ventre où sont insérées des cassettes qui lui donnent des ordres, à exécuter au sens propre puisqu’il doit tuer les membres d’une dictature en puissance. Les frontières entre monde extérieur et monde mental disparaissent, le koinos kosmos (réalité objective commune) se trouve contaminé par l’idios kosmos (réalité subjective d’un individu) comme dans nombre d’œuvres de Philip K. Dick, par le biais ici des ondes cancérigènes transmises par le programme télévisuel Vidéodrome. Autres points qui peuvent être des influences dickiennes ou du moins qui dessinent un parallèle entre David Cronenberg et Philip K. Dick, la religion télévisuelle (« Cathode Ray Mission ») fait, entre autres, écho au « Mercerisme » des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1968), tandis que la survie d’O’Blivion par-delà sa mort grâce à la vidéo évoque immédiatement Ubik (1970) où Runciter mort ne cesse d’apparaître, à la télévision en particulier.

Videodrome, film de David Cronenberg (1983) avec James Woods

Il n’y a peut-être pas de lien clair entre ces œuvres, et à quoi rechercher les traces d’une inspiration authentique sinon à titre historique ? Le plus important, et le plus incontestable selon nous, c’est la présence d’un fond commun de thèmes et de concepts, mais aussi de choix esthétiques proches, comme la volonté d’avoir pour personnage principal un anti-héros assez passif, parfois même déplaisant, dominé par une femme comme les personnages principaux dickiens sont dominés par leurs épouses et potentiellement menacés par leur nouvelles conquêtes. Surtout, il y a le choix d’ancrer l’histoire, malgré des enjeux démesurés, au sein d’un quotidien médiocre, le grand méchant de Videodrome n’étant après tout que le patron d’un groupe d’opticiens (une franchise nommée « Spectacular Optical » ). Le grotesque kitsch du spectacle dansant de la réception de l’entreprise ajoute à cette médiocrité et évoque les touches ridicules dont Dick parsème dans ses œuvres, ignorées par la plupart des adaptions officielles, sauf dans Confession d’un barjo et A Scanner Darkly, à l’exception de quelques séquences, comme celle du chirurgien horriblement sale de Minority Report.

Des faux souvenirs à l'hommage avoué

« Je pense donc que, pour une raison qui m’échappe, dit le cinéaste, je n’ai jamais lu une nouvelle de Dick à cette époque [de son enfance dans les années quarante et cinquante], mais il vient de ce temps-là et je lui voue une grand tendresse.[2] » La découverte ou redécouverte de l’écrivain lui a redonné goût à la littérature science-fiction par son style et ses idées. « Parfois son écriture est vraiment bonne, dit le cinéaste, et très souvent ses idées sont vraiment géniales.[7] » Mais pour le cinéaste, Dick « n’est pas, de loin, un écrivain qu’on puisse comparer à Burroughs ou à Ballard en matière de style, pour son importance en tant qu’écrivain. Il écrivait très vite et ne se souciait guère de perfection, mais il lui arrive souvent aussi d’être si charmant, si amène et si brillant.[8] » 

 Au-delà des idées de Philip K. Dick, ce dernier évoque principalement pour David Cronenberg un sentiment de nostalgie pour cette époque révolue, « quand j’aspirais à devenir écrivain de science-fiction, dit-il. C’était avant que Dick ne commence à écrire. Dans les années quarante et cinquante.[9] » Nous devons éclaircir ici deux points, car tout ceci nous semble très flou... Tout d’abord il me faut préciser que Philip K. Dick avait quinze années de plus que David Cronenberg. Ce dernier est né en 1943, donc il semble qu’il évoque dans cet entretien plutôt les années cinquante que quarante, bien que l’on puisse très bien rêver d’être écrivain de science-fiction à cinq ou sept ans (pourquoi pas ?), comme d’autres veulent être pompiers... De plus, contrairement à ce qu’affirme ici le cinéaste, Philip K. Dick a publié sa première nouvelle en 1951, et est devenu, en quelques années, l’un des auteurs de nouvelles de science-fiction les plus prolifiques, publiant dans des revues que lisait le jeune Cronenberg, Fantasy & Science Fiction Magazine ou Galaxy. Coquille de l’ouvrage ou trou noir dans la mémoire du cinéaste, toujours est-il qu’il nous paraît peu probable que le cinéaste n’ait pas lu l’une de ses nouvelles durant ces années. Comment peut-on se souvenir de tout ? Il nous semble que Cronenberg a été imprégné par l’œuvre de Philip K. Dick jusqu’à ce que lui-même oublie cette influence. En tout cas tous deux ont créé une œuvre fondée sur ces références communes qu’ils n’ont cessé de pervertir.

eXistenZ, film de David Cronenberg (1983) avec Jude Law

Il a fallu que David Cronenberg attende près de quinze années après son travail avorté sur Total Recall pour qu’il consacre un film à l’univers étrange de Philip K. Dick : eXistenZ. « C’est mon film dickien, dit le cinéaste. J’ai presque été jusqu’à dédicacer le film à Philip K. Dick.[10] » Entre-temps, le cinéaste a eu le temps de lire les œuvres de Philip K. Dick et de poursuivre sa réflexion et la construction de son imaginaire en y puisant consciemment. Le film eXistenZ contient des références dickiennes explicites, comme il le dit lui-même : « Il y a une scène où l’on voit un sac en papier comme il y en a dans les fast-food, où est inscrit Perky’s Pat. Ça vient directement d’un roman de Dick. Je crois que c’est The Three Sigmata of Palmer Eldritch [c’est en effet présent dans Le Dieu venu du Centaure]. J’en suis pratiquement sûr... C’est une sorte d’hommage.[11] »

Il en a fallu du chemin pour en arriver là ! Dans la suite de cet article, j'analyserai plus en détail eXistenZ et Videodrome, pour montrer comment leur réflexion sur le virtuel et sur la religion prolongent celle des oeuvres de Philip K. Dick.  

 

Suite : Philip K. Dick hante les films de David Cronenberg - 2

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

 


[1] Serge Grünberg (entretiens), David Cronenberg, Cahiers du Cinéma, 2000, p. 185

[2] Ibid, p. 185

[3] Olivier Père, « Philip K. Dick au cinéma : le K. Dick (Chronique) », Les Inrockuptibles n°570, 18 Février 2004, p. 42.

[4] Serge Grünberg (entretiens), op. cit, p. 81.

[5] Ibid, p. 185.

[6] Ibid, p. 185.

[7] Ibid, p. 185

[8] Ibid, p. 185.

[9] Ibid, p. 185

[10] Ibid, p. 185.

[11] Ibid, p. 185.

 

Dans le cadre des défis Sous-la-peau-de-Cronenberg---Logo.jpg philip-K-dick-android-bleu-v2.jpg

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 23:28

Le Temple du Soleil, d'Hergé (1948)Hergé est le créateur qui a le plus façonné mon imaginaire d’enfance. Je me souviens encore de mon excitation à chaque fois que retentissait la musique du générique de la série animée Tintin, dont j’enregistrais tous les épisodes en VHS. En prime-time, Vincent Perrot les présentait. J’ai lu aussi beaucoup d’albums dans mon enfance, le premier fut Tintin et les Picaros qui appartenait à mes parents. J’étais trop petit pour comprendre cet épisode. Un ou deux ans plus tard, vers sept ans, ma grande tante m’a offert Le Temple du Soleil, ce fut le début de ma passion pour non seulement la série télévisée, mais les albums qu’elle ne pouvait égaler, malgré ses qualités.

Lire Les Aventures de Tintin dans l'ordre chonologique

Dernièrement j’ai relu tous les albums de Tintin dans l’ordre chronologique (Tintin au Congo et Tintin en Amérique en versions originales) en commençant même par Totor CP des Hannetons, le boy scout créé quelques années avant Tintin. C’est génial de constater à quel point mon plaisir reste intact malgré tant de lectures et relectures. J’ai ri aux éclats comme rarement, je ne me souvenais plus de certains gags. Cela m’a donné envie de vous faire partager mes impressions pour chacun de ces albums. J’inaugure donc une longue rétrospective sur mon blog, passant en revue chaque album dans l’ordre chronologique, m’étendant ou non selon mes envies. Ce sera subjectif mais contiendra en même temps des faits qui me semblent importants. Avant de commencer, pour le lecteur qui s’interroge : est-ce que ça apporte quelque chose de lire les albums de Tintin dans l’ordre? La réponse est mitigée.

Les albums ou doubles-albums sont indépendants et les références aux autres albums ne nuisent pas à la compréhension, fort heureusement. Je les ai tous découvert dans le désordre, comme la plupart des lecteurs, et ça n’a pas gâché mon plaisir, d’autant plus que les personnages évoluent guère, mis à part le capitaine Haddock qui semble un peu moins ivrogne, ou encore les Dupondt qui à leur apparition dans Les Cigares du Pharaon sont des adversaires maladroits de Tintin. Le faits que des méchants apparaissent ou disparaissent rend préférable la lecture dans l’ordre de parution, mais quel plaisir de se poser des questions lorsqu’on est encore ignorant, de deviner ce qui a pu se passer dans les albums auxquels Hergé renvoie ! Ces allers et retours dans le plus grand désordre participent de la jubilation enfantine que beaucoup ont pu ressentir.

Malgré tout, l’intérêt de la lecture des albums de Tintin dans l’ordre chronologique est réel puisque l’évolution en terme de scénario est très sensible. En connaissant le rythme de publication on se rend compte que le rythme des albums dépend du mode de publication : double page avant la guerre, strips pendant la guerre puis une page par semaine (en théorie) dans le Journal de Tintin. On est d’autant plus admiratif du talent d’Hergé qui a su s’adapter à ces contraintes, utilisant au maximum le rythme de publication pour régler son horlogerie comique et dramatique. Le mieux est de connaître la manière dont ces albums étaient publiés pour imaginer leur rythme de publication : des années se sont écoulées entre le début et la fin de deux doubles-albums tels que Les 7 boules de cristal/Le Temple du Soleil (pour cause de fin de la guerre) et Objectif Lune/On a marché sur la lune (pour cause de dépression). Or, toutes ces contraintes du rythme de publication disparaissent complètement dans l’album final, c’est d’une cohérence parfaite. Quel boulot et, il faut le dire, quel génie!

Une vie, une oeuvre, trois époques

Lisant dans l’ordre chronologique les albums, on se rend parfaitement compte de la complexification des histoires imaginées par Hergé, de leur plus grand réalisme, et surtout de l’apport des différents personnages, qui apparaissent au fur et à mesure de la série. Les différentes périodes de l’œuvre d’Hergé sont très visibles :

La fougue de la jeunesse (1929-1942) : de Tintin au pays des Soviets à L’Etoile mystérieuse, c’est l’époque de la construction de son univers et de son style graphique, tandis que le scénario se construit de plus en plus autour d’un axe clair, loin des suites de péripéties sans queue ni tête de ses débuts.

Tintin au pays des soviets, d'Hergé (1929) L'étoile mystérieuse, d'Hergé (1942)

Le classicisme Tintin (1943-1956) : du Secret de la Licorne à L’Affaire Tournesol, c’est l’époque de la stabilisation de l’univers grâce à l’apport de deux nouveaux personnages et d’un lieu de départ et d’arrivée des aventuriers (Moulinsart).

Le secret de la Licorne, d'Hergé (1943) L'Affaire Tournesol, d'Hergé (1956)

L’heure du bilan (1958-1983) : de Coke en Stock à l’inachevé Tintin et l’Alph-Art, l’heure est de moins en moins à l’aventure, mais plus à retour sur soi et sur une œuvre devenue un monde.

Coke en Stock, d'Hergé (1958) Tintin et l'Alph-Art, d'Hergé (1983)

Quel regard porter sur l'homme Hergé?

Pour mieux comprendre les conditions de création des œuvres durant ces trois périodes, le mieux est de lire une biographie d’Hergé : celle de Benoît Peeters, qui porte un regard très juste sur son œuvre, non dénué d’esprit critique, ou celle de Philippe Goddin qui a le grand mérite de l’exhaustivité et prend le parti de laisser le lecteur faire son propre avis sur les choix d’Hergé. Car entre accusations de misogynie, racisme, pro-colonialisme, anticommunisme et sympathies fascistes, il convient d’essayer de faire le tri et de porter un regard juste, sans préjugés ni occultation. Au fur et à mesure de ce dossier, je donnerai mon point de vue sur ces accusations qui, quelles qu’elles soient, comme l’écrit très justement Benoît Peeters, ne peuvent me faire oublier le fait que l’œuvre d’Hergé m’accompagnera toute ma vie.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Bande-dessinée - Communauté : Dessin, peinture, pastel...
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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 11:19

Philip K. Dick, écrivain de science-fiction, dessiné par Robert CrumbLa compagnie de théâtre Haut et Court, en résidence au Théâtre de Vénissieux, près de Lyon, pour la cinquième saison, prépare sa prochaine création, qui sera une évocation de la vie et l’œuvre de l'auteur de science-fiction Philip K. Dick, que vous connaissez bien si vous lisez régulièrement mon blog ! La compagnie Haut et Court propose une soirée autour d’étapes de travail de ce projet du metteur en scène Joris Mathieu, créé avec les étudiants comédiens et scénographes de l'Université de Nantes. Une courte forme de la nouvelle "Au revoir monsieur Sarapis" sera présentée, et des court-métrages seront projetés. A l'occasion de la présentation de cette soirée, je donnerai une petite conférence sur Philip K. Dick suivi d'une discussion avec le public.

Cette soirée Autour de Philip K. Dick aura lieu vendredi 15 avril à 20h au Théâtre de Vénissieux. Joris Mathieu, dont je suivais les cours des scénographie lors de mes études à l'Université Lyon-2, m'a proposé de venir évoquer la vie et l'oeuvre de Philip K. Dick, ainsi que les difficultés rencontrées lors de ses adaptations au cinéma. J'évoquerai les adaptations officielles (Blade Runner, Total Recall, Minority Report, A Scanner Darkly...) et celles, non moins intéressantes, qui s'inspirent de ses oeuvres (The Truman Show, Dark City, eXistenZ...). Je vous livrerai de manière synthétique quelques unes de mes dernières recherches pour l'essai que je suis en train d'écrire sur l'esthétique des oeuvres de Philip K. Dick, que je n'ai jusque là pas évoqué sur ce blog.

Venez nombreux !

 

"Autour de Philip K. Dick", vendredi 15 avril à 20h au Théâtre de Vénissieux, Maison du Peuple 8, boulevard Laurent-Gérin. Entrée libre sur réservation auprès de la billetterie au 04 72 90 86 68.

Voir la page consacrée à cette soirée sur le site du Théâtre de Vénissieux

 

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

 

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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