Rappelez-vous, il y a si peu de temps, imaginer le monde en 2011 relevait de la science-fiction alors, pour évoquer avec vous ces représentations du futur, voici un petit classement des films de
science-fiction que je préfère, à la demande de la blogueuse Cachou qui a déjà dévoilé son petit palmarès. Comme vous le
savez sans doute, j’écris beaucoup sur le cinéma de science-fiction, ce fut d’autant plus difficile pour moi de me livrer à cet exercice intéressant mais un peu arbitraire (pourquoi tel film
5ème et pas 4ème ? et inversement), mais je vais faire le plus d’effort possible. Ce classement est évidemment subjectif, l’ordre est lié à l’importance de ces films
pour le cinéma de science-fiction et pour moi, par rapport à mon attachement affectif à eux.Plus qu'un classement (assez proche de celui de Cachou), c'est un hommage au cinéma de
science-fiction.
Mon top 10 des meilleurs films de SF
1. Blade Runner de Ridley Scott (1982) version director’s cut et final cut. Comment dire ?… J’ai tant
écrit sur ce film que je ne peux le décrire en quelques mots. Je me souviens l’avoir longtemps imaginé, lisant des résumés, de brefs articles, fantasmant devant ses époustouflantes sombres images
dont j’avais des reproductions ici ou là. Puis un jour, enfin, il passe à la télé, et là, angoissé, le ventre noué, j’ai pris la plus belle claque visuelle de toute ma vie. La retransmission
hertzienne était pourrie, mon enregistrement VHS raté, mais la magie a opéré, j’étais plongé dans cette ville à la nuit éternelle, aux lumières artificielles, seuls fragments de soleil (voir
mon article sur leur rôle chez Philip K. Dick dont fut tiré
le film). Comment oublier la belle Rachel, qui détache ses cheveux et joue du piano, se souvenant de leçons de musique vécues par celle dont elle possède la mémoire ? Et la licorne,
galopante ou en papier aluminium, image de nous-mêmes, qui ne sommes que des créations chimériques ?
2. 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968). J'avais tant attendu ce film également ! Et quel choc !... Une
expérience unique, un film qui condense l’histoire de l’humanité en peu de mots, mais des silences, des images, un montage, des sons et des musiques qui m’ont immédiatement transportées et ne
cessent de stimuler mon imagination et ma réflexion. A noter que j’avais lu le roman d’Arthur C. Clarke auparavant, ce qui a sans doute facilité ma compréhension du film. Je n'en
dis pas plus, je vous renvoie à mon dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction, ainsi qu'à
un article où j'établie un parallèle entre le film de
Kubrick et Blade Runner...
3. Brazil de Terry Gilliam (1984). Un 1984 façon Monty Pythons, sombre, drôle,
désespéré, où la machine omniprésente est constamment déréglée, où l’homme doit lui-même devenir fou pour s’y intégrer. A la première vision, ce film monstrueux est une énorme claque, à chaque
vision suivante, une multitude de petites claques tant il regorge de détails. « Du sel ? »
4. L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (1995). Le voyage dans le temps devient une plongée dans un cerveau
malade, et quand on découvre le film pour la première fois à 11 ans, on en ressort pas indemne, et tant mieux ! Une scène me fait toujours frissonner : Bruce Willis qui
écoute Louis Armstrong dans la voiture, ses yeux remplis de larmes. Evidemment, il faut citer la source d’inspiration de ce film, La Jetée de Chris Marker
(1963), film très court mais très grand.
5. Soleil Vert de Richard Fleischer (1973). La description
austère et brutale d’un monde surpeuplé, mourant, où les pauvres s’entassent dans les rues et les couloirs, piétinés ; où les manifestants sont collectés comme des ordures ; où les
vieux vont au « foyer » pour une dernière vision de la nature disparue, avant de mourir. L'ouverture avec un montage de photographies est extraordinaire, ultra-glaçante...
6. Alien de Ridley Scott (1979). Un grand frisson, comme si le vide glacial de l’espace pouvait s’infiltrer partout, nous
transpercer le ventre à coup de mâchoires… J’aurais pu citer aussi sa première suite, Aliens de James Cameron (1986) qui en est le parfait contrepoint. Les
Alien sont des drogues pour moi : l’un me donne envie immédiatement de revoir un autre. J’apprécie aussi beaucoup Alien 3 de David Fincher
(1992) et Alien, résurrection de Jean-Pierre Jeunet (1997). Ah ! Sigourney Weaver, toute en féminité et vulnérabilité voilée derrière un regard
d'acier...
7. Terminator 2, le Jugement Dernier de James Cameron (1991). Autant j’adore le premier Terminator de James
Cameron (1984) que j’ai vu bien plus tard, autant celui-ci m’obsède depuis mon enfance lorsque j’ai entr’aperçu ses premières images, avec les squelettes des enfants pulvérisés par
l’apocalypse nucléaire. Un choc inoubliable, une vision terrifiante, la première fois que j’ai ressenti la possibilité d’une fin du monde.
8. Orange mécanique de Stanley Kubrick (1971). Une satire violente jusque dans ses parties les plus lentes, les plus feutrées
(et les moins connues), lorsque l’attaque se déplace du danger pour la société (l’inoubliable Alex), à la société elle-même. Un film d’une intelligence redoutable, contrepoint ironique à
2001, l’odyssée de l’espace comme je l’ai montré dans un article.
9. Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004), car c'est un grand film d'amour où la science-fiction permet de sonder la
mémoire d'un couple, de remonter jusqu'à cet instant magique où les sentiments s'éveillent et se déploient. C'est un film sur l'origine, sur la limite, ce point où on ne peut aller plus loin, ici
une plage enneigée de Montauk où le temps se répète à l'infini, jusqu'à la dissolution dans l'oubli éternel.
10. Sunshine de Danny Boyle (2007). Je regrette profondément de ne pas l’avoir vu au cinéma. L’espace infini et glacial est représenté
magnifiquement, j’ai pu enfin à nouveau, depuis 2001, l’odyssée de l’espace, ressentir l’espace, son immensité insondable, sa puissance magnifique et
terrifiante. Qu’importent les légers défauts du film, je ne pourrai pas oublier cette confrontation de quelques hommes avec le soleil. Ce film nous rappelle l’échelle infime de l’homme, mais
aussi sa grandeur, son importance incommensurable.
J'ai parlé de la plupart de ces films dans mon dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction.
Mais aussi...
J’aurai pu inclure dans ce classement un certain nombre d’autres films de science-fiction, dont Inception de Christopher Nolan (2010) évidemment ; ou encore
le puissant Abyss de James Cameron (1989) version longue, sans oublier son Avatar (2009), Ghost in the Shell de Mamoru
Oshii (1995), Vidéodrome de David Cronenberg
(1983), The Truman Show de Peter Weir (1997), Donnie Darko de Richard Kelly (2000), Bienvenue à Gattaca d'Andrew
Nicoll (1997), Dark City d’Alex Proyas (1997) version director’s cut, ou encore Phase IV de Saul Bass (1974) et le magnifique Les Fils de l’homme
d’Alfonso Cuarón (2006).
J’aurai dû citer plusieurs films de Steven Spielberg : Rencontre du Troisième Type (1977), A.I. (2001) qui m’émeut
toujours énormément (eh oui, je suis aussi un sentimental) et Minority Report (2002) que je connais presque par cœur pour l’avoir disséqué pour mon mémoire puis mon
livre en cours d’écriture sur les adaptations
des œuvres de l’écrivain Philip K. Dick. Et comment pourrai-je oublier la saga Star Wars qui, même si elle emprunte énormément de thèmes, de
structures et de figures à la fantasy, a donné avec Episode V, L’Empire contre-attaque d’Irvin Kershner (1980) l’un des plus beaux (et des plus divertissant)
films sur le danger de la mécanisation de l’homme ? Si ce n’est pas de la science-fiction, ça !… Voir cette partie de mon dossier sur Star Wars.
Je voulais aussi inclure Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis (1989) car plus loin encore que le premier, Robert Zemeckis et le scénariste
Bob Gale explorent la thématique du voyage dans le temps avec une virtuosité et un humour irrésistibles. Trois moments vertigineux, magiques : Marty et Doc arrivant dans un
1985 inconnu ; les moments du premier et génial film vus depuis un autre angle par Marty qui s’observe et tente de ne pas interférer avec ce qu’il fait en 1955 pour ne pas disparaître (vous
voyez ce que je veux dire ?) ; et Marty voyant Doc disparaître en un éclair et, sous la pluie, recevant une lettre de ce dernier, datée de 1885…
Bon, ce n'est pas grave si ce classement n'est pas parfait, car après tout, ce n'est qu'un jeu avec toutes ses contraites et sa part d'arbitraire ! Mais bon, j'ajoute tout de même une pensée à
tous les autres films que j’ai oubliés, ou qui m’ont par brefs instants procuré un sentiment de vertige unique, propre à la SF.
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