A la demande d'une amie cinéphile, je publie ici son coup de gueule contre la projection de la version director's cut
du chef-d'oeuvre de Milos Forman Amadeus au cinéma Comoedia le 6 octobre dans le cadre du festival Lumière qui se tient actuellement à Lyon. Il faut préciser, pour ceux qui
ne connaissent pas Lyon, que le Comoedia est réputé pour la qualité de sa programmation, ses propriétaires revendiquent le respect de la cinéphilie et du cinéma d'auteur, ils ne sont pas
là que pour vendre des places et du pop-corn. D'où l'indignation de cette amie cinéphile, qui paraîtra peut-être démesurée pour certains mais qui, jusque dans ses excès peut-être, témoigne d'un
vrai amour du cinéma. Je la laisse s'exprimer, elle vous dira tout ça mieux que moi !
Indignation = colère provoquée par une action injuste.
Protestation (synonymes) = appel, coup de gueule, coup, cri, criaillerie, désapprobation, manifestation, objection, opposition, rébellion, réclamation, récrimination, refus,
revendication, révolte.
Institut Lumière de Lyon = Haut lieu historique, berceau du cinéma, naissance, Histoire, transmission, rayonnement, exigence, rencontres, bibliothèque, cinéphiles, festival. (Synonymes)
= argent, buisiness, caricature, bienséance, célébrité.
Et moi = ?
Et moi.
Jeune étudiante en cinéma qui n’a sans doute rien compris à la vie. Fainéante de surcroît et un tantinet trop sûre d’elle. Balivernes ! Clichés de l’ignorance. Bêtise humaine.
2009. Premier festival de cinéma, immense, majestueux, à Lyon organisé par L’institut lumière. On en rêvait. Le voilà. Clint Eastwood vient à Lyon et nous
pouvons revoir tous ses films. Il recevra le premier prix Lumière. Mais c’est aussi une rétrospective de l’œuvre de Sergio Leone. On est gâté. Pour nous, jeunes générations de la
classe des 18-25 ans c’est l’occasion de découvrir ou re-découvrir sur grands écrans ces œuvres mythiques. On se rue pour obtenir des places. Un beau succès pour ce premier festival.
2010. Deuxième année du festival. Milos Forman en est la vedette. Je découvre Vol au-dessus d’un nid de coucou sur grand écran,
Ragtime, et le magnifique Amadeus.
La salle est comble ce mercredi 6 octobre 2010 au cinéma le Comoedia. Il est 20h45. Je suis dans mon cinéma préféré attendant
de revoir ce film que j’aime tant. L’invité qui vient le présenter est un célèbre acteur du nom de Alexandre Astier. Qui ? Alexandre Astier. Je ne sais pas
qui c'est mais il est très applaudi dans la salle et salué par de grands cris. Pardonnez mon manque de culture. Il a joué, entre autres, dans la série télévisée
Kaamelot. Mon manque de culture m’interdit de regarder la télé. Pourquoi lui ? Ah ! oui ! Il est lyonnais. Présentation courte et légère, pas de quoi
fouetter un cheval. Les lumières s’éteignent et le film commence. Certains chanceux ne l’ont jamais vu et vont le découvrir ce soir. Moi je l’ai vu étant adolescente. Et je le revois avec des
yeux nouveaux.
Magique.
Malheureusement, le son sature. Pour de la musique de ce niveau, c’est regrettable. La copie Directors’cut est mauvaise. Des petits éléments disgracieux apparaissent de manière
systématique tout au long du film. Ça me déconcentre. Puis la fin est proche. Amadeus se meurt. Salieri relève la partition du Requiem dictée par
Mozart lui-même. Après avoir été jeté dans la fosse commune, fin du film : Salieri bénit les fous dans un ultime élan divin.
Alors que le générique s’apprête à commencer, la bobine s’arrête, les lumières se rallument. Les gens se lèvent et s’en vont.
Je proteste. Comment es-ce possible ? Quelle honte de ne pas laisser le générique défiler et ne pas avoir ce moment de tranquillité, ce moment qui nous permet après un film de le digérer, de
le savourer. Mais comment es-ce possible de digérer le film au milieu de tout ce vacarme et de ces gens irrespectueux qui se lèvent et retournent à leur petite vie sans s’exprimer sur cette
abomination ?
Est-on au cinéma le Comoedia ou au Pathé Bellecour ? Je ne sais plus trop.
Sur-consommation du film. Rien compris au film.
Pauvre génie ! Qu’aurais-tu dis, qu’aurais-tu fais si l’on avait coupé ton requiem de la sorte en ta présence ?
Je me lève. Je sors de la salle et me dirige vers le guichet près de l’entrée principale. Un monsieur se plaint. J’attends mon tour. Puis je demande pourquoi le film se termine de la sorte. On me
répond gentiment que ce n’était pas fait exprès. La copie prêtée gracieusement par l’institut lumière ne comportait pas, semble-t-il de générique. Alors là, je dis bravo !!! On n’aurait pu
nous prévenir.
Comment ça, non ?!
Mais bien sur ! Comment aurions-nous pu nous prévenir, puisque ces chères personnes de l’institut lumière chargées de recevoir les copies ne les ont certainement pas vérifiées ! On nous
aurait prévenu sinon, du moins, par respect pour le spectateur !
Mais le principal est que le festival rapporte un maximum d’argent. C’est l’essentiel.
Cet argent servira à monter de grands projets !!! Que c’est noble ! Je n’y avais pas pensé !
Ma conclusion sera courte.
Je suis dégoûtée par tant d’imperfections et de manque de passion.
Un festival aussi « prestigieux » se doit de respecter les films et de consacrer des présentations plus soignées et cinéphiles et d’être exigeant avec les copies reçues.
E.S.
Derniers Commentaires