Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 19:45
Philip K. Dick, dessin de Jérémy Zucchi
J'ai donné une petite conférence sur Philip K. Dick au théâtre de Vénissieux le 15 avril, à l'invitation du metteur en scène Joris Mathieu qui, avec les étudiants comédiens et scénographes de l'Université de Nantes, a présenté ensuite sa dernière création, hommage court mais marquant à l'oeuvre de l'écrivain de science-fiction. 
Au revoir monsieur Sarapis, qui prend pour point de départ la nouvelle "Ce que disent les morts", est un début très prometteur, car en effet, Joris Mathieu et la Compagnie Haut et Court ont pour projet de créer prochainement une pièce bien plus imposante autour de l'univers de l'écrivain, avec le romancier et spécialiste de la science-fiction Lorris Murrail. Je publierai un article évoquant plus en détail le travail incroyablement dickien qu'a déjà effectué Joris Mathieu.
Avant cela, voici les vidéos de ma petite conférence (35 minutes), qui est une introduction à la vie et l'oeuvre de Philip K. Dick pour un public (plus de 70 personnes) qui ne connaît pas forcément la science-fiction. Malgré tout, j'ai voulu aborder quelques pistes de réflexion importantes, trop brièvement malheureusement. Cette petite conférence (compte-rendu   sur le blog Expressions) r eprend quelques éléments que j'avais abordé dans mon mémoire de master et que je développe actuellement dans le livre sur l'esthétique des oeuvres de Philip K. Dick que je suis en train d'écrire. 
Le metteur en scène Joris Mathieu et Jérémy ZucchiDe brillantes remarques du metteur en scène Joris Mathieu suite à ma petite conférence s'insèrent dans le montage de mon discours, proposant des éclairages et des pistes de réflexion supplémentaires passionnantes. Pour vous aider à y voir un peu plus clair, j'ai résumé pour vous les grandes lignes de chacunes des parties de cette petite conférence. J'espère que cela vous plaira !

1- Le traumatisme originel : la mort de sa soeur jumelle

Dans la première partie, après une brève présentation de l'univers de Philip K. Dick, devenu presque un cliché tellement il est présent dans notre culture souterainnement, je parle du traumatisme de la perte de sa soeur jumelle, Jane, décédée six semaines après leur naissance [et non dix jours comme dit dans la vidéo, désolé pour cette erreur] en 1928 faute de soins et de nourriture. De là est né un profond ressentimment, voire une haine de Philip K. Dick vis-à-vis de sa mère, dont l'absence d'empathie l'a conduit à décrire les nazis (Le Maître du Haut-château, 1961) et les androïdes (Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, 1968) qui peuplent son oeuvre.

2- Succès posthume au cinéma et films noirs

Après avoir mis le doigt sur l'importance de l'empathie et du refus du pragmatisme sans conscience, je fais un bond jusqu'en 1982 pour parler de l'héritage florissant laissé par Philip K. Dick après sa mort, malgré l'échec public du film Blade Runner (Ridley Scott, 1982), ce film devenant culte et contribuant fortement à diffuser l'oeuvre de l'écrivain. Il y a à ce jour 11 adaptations, dont 4 seulement adaptent des romans (Blade Runner, Confessions d'un barjo, A Scanner Darkly et le prochain Radio Free Albemuth). Pourquoi? Je termine en évoquant l'influence du film noir sur les films adaptant Philip K. Dick et sur son oeuvre elle-même, qui est le développement dans le cadre de la science-fiction du "brouillard" propre à ce genre.

 

3- Survivance du réel

Dans cette partie, après avoir parlé du jeu de Philip K. Dick avec les conventions de la science-fiction qui le conduisent à affirmer l'incohérence de ses oeuvres, j'évoque le fait, qui semble paradoxal, que c'est le désir d'écrire sur son époque, sur la réalité, qui a conduit Philip K. Dick à inventer l'univers virtuel du Temps désarticulé (1958). Il confronte le monde réel contemporain et les conventions de la science-fiction. Le passé survit dans le lointain futur imaginé par Philip K. Dick, comme dans Ubik (1970) où le monde régresse jusqu'en 1939. Le nazisme qui aurait dû disparaître survit malgré tout, les personnages se rendent compte que cela ne peut être possible...

 

4- En attendant l'Apocalypse

Les personnages, tels ceux du Maître du Haut-château, savent que leur monde doit s'écrouler, doit disparaître. Il sont dans l'attente d'une Apocalypse qui mènera à une Révélation divine qui ne vient pas, qui doit les mener vers l'authentique monde réel. J'évoque le délire mystique de Philip K. Dick dans les huit dernières années de sa vie. Je parle les trois types d'humains, tous malades psychologiquement, qui composent les univers de l'écrivain : schizoïdes, autistes et schizophrènes capables de percevoir la réalité et l'autre monde, ignorant celui qui est réel. Je conclue en parlant de la vision divine, l'épiphanie, et de l'espoir en une révélation du réel par la caméra.

 

J'ai été ravi d'intervenir lors de cette soirée, c'était la première fois que je parlais en public de Philip K. Dick. J'espère que cela vous a plu ! N'hésitez pas à me faire part de vos remarques, à me poser des questions, bref, à engager un dialogue que je serai ravi de rejoindre !

 

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Commentaires

Bravo pour cette conférence Jérémy ! C'était très claire et précis, et une bonne introduction pour ceux qui ne connaissent pas beaucoup la science-fiction. La pièce Au revoir monsieur Sarapis par Joris Mathieu était époustouflante ! Les spectacteurs faisaient partis de la pièce, nous étions les amis et la famille du défunt venant assister à son réveil (car il a été criogénisé) qui n'a lieu qu'une fois par siècle. Et il se passe un tas d'autres choses...à découvrir d'urgence si la compagnie la rejoue.

Commentaire n°1 posté par Souillot Emilie le 21/04/2011 à 11h12

Merci Emilie ! La pièce, bien que courte et créée en peu de temps, était une vraie merveille, remplie d'humour, d'étrangeté et de magie. J'en parlerai dans peu de temps dans un prochain article.

Réponse de Jérémy Zucchi le 22/04/2011 à 15h46

Très bonne conférence Jérémy, simple, clair, efficace et qui permet de cerner un peu mieux le personnage et ses écrits.

Dans la dernière partie, tu parles de flou, de ce personnage qui voit de manière brumeuse, et je ne sais pas pourquoi (enfin si) mais cela m'a rappelé un film de Woody Allen, Harry dans tous ses états, où le personnage de Robin William est flou à la caméra, même quand il discute... c'est assez bizarre l'effet que cela produit sur le spectateur... peut-être une piste dickienne à creuse ;)

 

Commentaire n°2 posté par Nico le 22/04/2011 à 10h41

Merci Nico, je suis content que ça t'ai plu ! J'ai essayé de faire de mon mieux, de me contenir pour que cette petite conférence soit digeste, surtout pour un public qui connaît peu cet univers.

Je n'ai pas vu le film de Woody Allen, ce que tu dis m'intrigue !

Réponse de Jérémy Zucchi le 22/04/2011 à 15h48
Intéressant. Je serais de curieux de savoir si le spécialiste de K. Dick a étudié ses oeuvres en français ou bien en anglais. De plus, petite précision, Roog a été sa première nouvelle publiée, mais c'est loin d'être sa première nouvelle.
Commentaire n°3 posté par Greg le 03/05/2011 à 14h51

Bonjour et merci pour votre visite, je suis le "spécialiste" en question (il faut bien se nommer d'une manière ou d'une autre). Tout d'abord, comme vous l'avez dit, "Roog" est sa première nouvelle publiée. Il est difficile (comme pour tout écrivain) d'établir une chronologie de son oeuvre : doit-on se baser sur la date d'écriture ou de publication? Heureusement je ne fais pas un travail historique, je n'essaie pas de retracer le processus de création chronologiquement. Il y a une double chronologie très utile sur le ParaDick, le meilleur site en français, je ne sais pas si vous le connaissez, malheureusement abandonné...

De même, je n'étudie pas le style d'écriture de Philip K. Dick en lui-même. Je ne suis pas spécialiste en la matière. Je m'intéresse à la structure de ses oeuvres, à leurs thèmes, à leurs inspirations, et à la place de l'image (cinématographique surtout) dans son oeuvre. C'est en ce sens de réflexion sur l'image que j'entends le terme d'esthétique. Donc, tout ça pour dire que je n'ai pas lu les oeuvres de Philip K. Dick en anglais, sinon des passages. En revanche, j'ai souvent lu des interviews ou textes inédits, en anglais donc. Mais je viens d'acquérir un recueil de nouvelles en anglais, c'est l'occasion de comparer !

Réponse de Jérémy Zucchi le 03/05/2011 à 18h32

L'auteur du blog

Je suis Jérémy Zucchi, né en 1986. Diplômé de Master d'études cinématographiques et audiovisuelles à l'Université Lumière Lyon-2 en 2009. Je prépare un essai sur l'esthétique des oeuvres de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et de leurs adaptations. Je suis graphiste et réalisateur/monteur de films. Je réalise des films de fiction et documentaire, mais aussi des captations et autres films de commande. Je collabore avec les artistes Patricia & Marie-France Martin comme monteur et graphiste. En 2004, j'ai obtenu le Premier Prix au Concours Général des Lycées en Arts Plastiques. Pour plus d'info, voir mon CV

 

 

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