Vendredi 15 juin 2012
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2012 est vraiment l’année de Philip K. Dick, car voici un autre petit livre consacré à l’écrivain, très différent de l’essai d’Aurélien Lemant Traum :
Philip K. Dick, le martyr onirique que j’ai chroniqué précédemment. Si ce dernier est une réflexion qui affirme sa subjectivité, Le Petit guide à trimbaler de Philip
K. Dick est en revanche purement factuel, ce qui ne le rend pas inintéressant, au contraire, mais complémentaire. Chroniqueur de l’actualité dickienne sur son blog
dickien.fr, Etienne Barillier fait partager sa passion de l’écrivain et sa connaissance parfaite de l’œuvre à tous ceux qui veulent avoir en main une
encyclopédie condensée de l’œuvre de Philip K. Dick. Ce n’est pas rien étant donnée la richesse de cette œuvre, qui a de quoi déranger plus d’un essayiste, moi y compris qui me
démène pour structurer les centaines de pages que j’y ai consacré, pour un essai sur l’esthétique dickienne à venir. En connaissance de cause, je ne peux que saluer le travail d’Etienne
Barillier, qui a su condenser clairement le parcours de l’écrivain et les enjeux de ses œuvres, ce qui est indispensable pour que de nouveaux lecteurs ne se perdent pas trop dans l’œuvre
vertigineuse qu’ils découvrent. Car il faut défricher le terrain pour que d’autres l’explorent et aillent encore plus loin.
Une encyclopédie de poche sur Philip K. Dick
Bien sûr, on peut regretter à juste titre le manque d’analyse, ou préférer la lectures des biographies de Laurence Sutin, Emmanuel Carrère ou Anne
R. Dick, mais aucun livre jusqu’alors n’avait en français proposé de rassembler les informations essentielles sur la vie et l’œuvre de Philip K.
Dick : les résumés de ses œuvres et de leur genèse ; les principaux événements de sa vie, les principales questions que l’on se pose sur l’écrivain (était-il fou ?)
auxquelles l’auteur répond de manière concise mais très juste ; ou encore son héritage musical, théâtral et bien sûr cinématographique de son œuvre. Sur ce dernier point, si chaque
adaptation officielle est assez bien développée, les films dickiens (inspirés de Dick) sont trop brièvement adaptés, mais ces limites sont celles de toutes les tentatives de
condensation d’une trop grande quantité d’information. Je crois qu’il ne faut pas voir en ce livre autre chose que ce que son titre annonce, un petit guide à trimbaler dans la rue et dans les
récits dickiens, à consulter en librairie pour savoir à quel sauce le livre de Dick que vous allez acheter va vous manger, ou lorsqu’on a un doute sur une date de
publication, et surtout pour le plaisir, pour piocher des anecdotes et ouvrir la porte à de nombreuses réflexions. C’est un livre à trimbaler et à picorer.
Il y a quelques semaines j’étais à la conférence donnée à Lyon par Etienne Barillier, venu présenté aux côtés de Laurent Queyssi son livre. En plus de rencontrer
ces deux dickiens émérites, j’ai eu le plaisir de rencontrer Gilles Goullet, créateur du ParaDick, véritable encyclopédie en ligne depuis 1996. Ce n’est
pas seulement la passion ou l’amitié qui semble le lier à Etienne Barillier, mais une même volonté de rendre compte exhaustivement des faits qui font la vie et l’œuvre d’un
écrivain essentiel du XXe siècle. Aux lecteurs de Philip K. Dick qui ne peuvent pas consulter le ParaDick sur leur smartphone ou leur iPad,
Etienne Barillier vous propose son équivalent de poche, sur du bon vieux papier dans un petit format carré surprenant, mais assez élégant, avec en plus une très belle couverture
d’Alexandre Bourgeois. Le ParaDick n’est malheureusement plus mise à jour depuis 2006, comme nos vieux livres de papier, comme ce Petit guide à trimbaler de
Philip K. Dick qui est promis à devenir un objet daté, mais bon, quoi de plus satisfaisant pour un fan d’Ubik ? Et puis la plupart des faits qu’il
contient lui feront échapper à la désuétude, comme ce vieux site Internet dont la richesse impressionnante rend son exploration indispensable.
Etienne Barillier, Le Petit guide à trimbaler de Philip K. Dick, Éditions Actu SF, Collection « Les Trois Souhaits », Chambéry, 2012, 181 pages, 6 Euros, à
commander sur le site d'Actu SF.
J'ai également beaucoup apprécié ce petite guide mais, de mon côté, le ton critique du chroniqueur nous disant ce qu'il faut aimer ou pas dans l'univers dickien m'a vraiment agacée. Apparemment, on n'a plus le droit d'aimer certaines choses chez l'auteur ou dans les oeuvres qu'il a inspirées...
Oui, j'avais lu ta critique, je comprends que cela t'ai un peu énervé. Pour moi, ces jugements participent de la fonction de guide de ce livre, même si ça le limite peut-être aussi, mais en fin de compte, le point de vue de l'auteur y est souvent assez affirmé, surtout dans les questions/réponses. Comme je n'ai toujours pas lu Le Profanateur, je ne jugerai pas, mais Le Dieu venu du Centaure est pour moi une des plus grandes oeuvres de Dick, et là-dessus, je serai d'accord avec Etienne Barillier!...
Comme j'aime encore et toujours "Matrix", j'en ai marre de m'entendre dire que ce film est de la merde en barre. Et je me suis sacrément amusée avec "Dr Futur", qui est présenté comme une sorte de sous-merde. Mais surtout, à force de fréquenter l'auteur, c'est surtout le principe des romans "majeurs" ou "mineurs" qui me frustre, pourquoi vouloir à tout prix accoler ce genre de qualificatifs à l'oeuvre d'un auteur, si ce n'est pour y ajouter un côté qualitatif?
Mais c'est un fait que Philip K. Dick a écrit beaucoup de livre, et que certains sont très mauvais, donc c'est bien aussi de ne pas tout mélanger, car celui qui veut découvrir l'écrivain et prend un livre au hasard peut être très déçu s'il tombe sur un mauvais (qui sont moins diffusés, il est vrai). Dick lui-même faisait la distinction, sinon il n'aurait pas bâclé le travail pour les romans qu'il jugeait mineur. Mais c'est intéressant de voir combien lui-même s'est aussi trompé, et qu'il a révisé après coup son jugement. Blade Runner et Ubik, il lui a a fallu attendre la fin des années soixante-dix pour qu'il reconnaisse leurs immenses qualités. Je te conseilles de lire ses commentaires sur ses romans sur le ParaDick : http://www.noosfere.com/heberg/Le_ParaDick/bibliographie_1.html
Comme tu le sais, j'aime beaucoup le premier Matrix, et je n'ai pas vu que des défauts dans ses deux suites (juste de la schizophrénie, comme je l'avais montré dans mon article), donc là-dessus, on se rejoint !