J'ai décidé de publier des petites critiques des films que j'ai vu, tous les mois ou toutes les semaines, selon le nombre. Je n'ai pas le temps d'écrire pour chaque film mes longues
critiques/analyses habituelles, pourtant je voulais vous faire partager mes impressions à chaud sur les films que je vois. Comme je fais partie du très chaleureux forum culturel Ant Hill que je vous invite à rejoindre,
je poste dans un topic de courtes critiques de films, auxquelles réagissent Cachou, Vance, Bruce Kraft, The Idiot et les autres membres du forum (qui sont trop nombreux à citer).
Pourquoi alors ne pas les publier sur mon blog, réunies en une chronique récurrente? C'est chose faite, alors commençons !
Un des films que j'ai vu ce mois-ci n'est pas dans la liste, il s'agit d'Inception (Christopher Nolan, 2010) auquel j'ai consacré deux articles :
le
temps rêvé du cinéma et Escher et l'espace plat de l'écran. Au programme des petites
critiques ci-dessous, il est beaucoup question de la conquête de l'espace (sujet dans lequel je replonge passionnément actuellement), de science-fiction (comme d'habitude) et de couples plongés
dans un sombre cauchemar...
L'Etoffe des héros (Philippe Kaufman, 1983)
J'ai vu L'Étoffe des héros de Philip Kaufman (1983), une belle évocation
des premiers astronautes américains, entre satire et admiration. Le ton est assez proche du livre de Norman Mailer sur Apollo XI Bivouac sur la lune (1970) que je suis en train de lire (de dévorer, plutôt). Les médias, le côté WASP, le grotesque et le sublime qui se côtoient. Le film est
un peu trop long, trop facile et superficiel par moments, la musique souvent trop datée, mais c'est un beau film quand même. Avec quand même Dennis Quaid, Sam Shepard et surtout
Ed Harris (qui n'avait pas encore son côté rugueux, sec, qui le rend incroyable). L'Étoffe des héros est un hommage au courage des pilotes, aux prouesses humaines et technologiques, mais ce n'est pas un film militariste à la Top Gun. Il y a beaucoup d'humour, c'est une vision satirique et sincèrement admirative des premiers envols d'astronautes
américains dans l'espace.
Opération
Lune (Willian Karel, 2002)
J'ai vu hier (ENFIN!) le documenteur de William Karel Opération Lune, 52
minutes de délire réalisé de manière hyper sérieuse, ou comment relier en une théorie délirante la guerre froide ; la théorie du complot selon laquelle les images prises depuis la lune seraient
fausses ; Stanley Kubrick achevant 2001, l'Odyssée de l'espace ; les manipulations de la CIA sous Nixon ; la fortune de Bush père et fils et le fait qu'ils soient devenus présidents ; le fait
qu'un acteur (Ronald Reagan) soit devenu président ; pourquoi Stanley Kubrick a obtenu un objectif de la NASA et enfin pourquoi il s'est replié chez lui en
Angleterre, vivant en "ermite"...
Un superbe hommage à Kubrick et à La Mort aux trousses d'Hitchcock (une témoin
se nomme Eve Kendall, un protagoniste George Kaplan) dont on entend aussi la musique, doublé d'une réflexion hilarante et inquiétante sur les pouvoirs du montage et la fabrication de soi-disants
faits. Et dire que certains ont pris ça au premier degré! L'humour et la réflexion se mêlent merveilleusement, ainsi on peut entendre une chanson patriotique de l'excellent film de Barry
Levinson Des hommes d'influence (1997), film mettant en scène la création d'un complot presque aussi culotté, une fausse guerre. La chanson utilisée fonctionne à trois niveaux :
comme chanson patriotique possible exaltant la conquête spatiale américaine, comme parodie de cette exaltation propagandiste, et comme référence à ce film sur les théories du complot ! Un exemple
parmis tant d'autres de l'intelligence du récit et du montage de William Karel.
Moon (Duncan Jones, 2009)
Moon, est un vrai film de science-fiction des années 70 qui serait retransmis avec un
décalage de 40 ans (venu de l'espace lointain). Mais pas désuet pour autant, loin de là, c'est très pertinent, touchant et dérangeant, sans surprises comme une mécanique implacable. Très bien
interprété, effets spéciaux (dédoublement) bluffants, décors superbes (crédibles et très référencés à la fois, 2001 n'est pas loin), il y a certes des défauts mais c'est une oeuvre sincère, réalisée par un passionné de SF.
Phase IV (Saul Bass, 1974)
J'ai enfin vu un film de SF que je voulais voir depuis longtemps, et pour cause, il s'agit du seul film réalisé par le génial graphiste et réalisateur de génériques
Saul Bass (les génériques de Vertigo, La Mort aux Trousses, Casino et j'en passe, c'est lui) : ce
film est Phase IV (introuvable en DVD), vu en version française.
Suite à un phénomène astronomique, les fourmis deviennent ultra-intelligentes et menaçent l'homme (elles sont capables de tuer un cheval!). Un film de pure science-fiction des années 70, on sent bien l'influence de 2001, c'est un
film à la fois flippant, glaçant, et fascinant. Sans concession dans sa description des comportements des scientifiques qui étudient les fourmis meurtrières. Une métaphore superbe et inquiétante
des problèmes de communication, la fascination pour le fascisme (les fourmis), la guerre, l'intelligence... A quand une sortie DVD, ça...
Soupçons (Alfred Hitchcock, 1941)
J'ai vu Soupçons d'Hitchcock avec Cary Grant et Joan Fontaine. Une femme
se demande si son mari (qu'elle a découvert menteur et voleur) n'est pas un assassin... Un grand film qui commence comme une comédie et bascule dans le thriller, les acteurs sont excellents dans
les deux, surtout Cary Grant, vraiment génial. Et le fameux verre de lait...
Vinyan (Fabrice du Welz, 2008)
Je viens de voir Vinyan, c'est un vrai joyau épuré mais d'une grande richesse, visuellement superbe, presque parfait. C'est un film bouleversant et terrifiant, un voyage
cauchemardesque au cœur du territoire du deuil et de la souffrance, qui prend l'apparence de la Thaïlande après le Tsunami meurtrier de 2005. Le réalisateur Fabrice du Welz a
très bien retenu la leçon d'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola : inscrire l'univers mental cauchemardesque au cœur d'un cadre réaliste. La
souffrance est là, "à chaud", peu de temps après le drame, déjà métamorphosée en une fiction qui l'élève à un statut quasi mythologique. Vinyan emprunte à
Apocalypse Now sa jungle dangereuse, ses rives menaçantes, ses rencontres parfois terrifiantes, ses escales qui sont comme autant de no man's land.
Vinyan est également un voyage en bateau au cœur de la jungle, jusqu'à ce qui semble un temple abandonné à la nature. Non, ce n'est pas un temple hindou comme dans
Apocalypse Now, mais une demeure coloniale rongée par la nature. Les occidentaux incarnés par Emmanuelle Béart et Rufus Sewell (excellents tous les
deux) se trouvent au cœur de leur propre déchéance. Ils n'y trouveront pas un père de substitution à tuer, mais leur fils disparu sous la forme de dizaines d'enfants sauvages qu'ils voudraient
sauver mais face auxquels ils ne peuvent que fuir. Ces enfants livrés à eux-mêmes, aux rires terrifiants, tuent et mangent les figures paternelles qu'ils croisent... Quel final glaçant ! Et pour
finir, ce sourire inattendu d'Emmanuelle Béart adorée par les enfants, illuminée... Ce sourire est un soleil noir.
Un grand film.
Les Visiteurs (Elia Kazan, 1972)
J'ai revu Les Visiteurs d'Elia Kazan (ne pas confondre avec Jacouille),
c'est un film magnifique de 1972, tourné en 16 mm hors du système des studios dont Elia Kazan n'en pouvait plus. Un film sur un couple (dont James Woods) qui
reçoit la visite de deux ex-camarades de l'armée du mari, qui n'est pas très heureux de les voir s'incruster... La tension monte progressivement, jusqu'à une fin terrifiante. C'est un film très
fort, très dur, sur la guerre du Vietnam et la violence. La guerre qu'on emporte avec soi, chez soi. C'est une oeuvre méconnue, et pourtant c'est l'un des plus grands films d'Elia
Kazan, un film dont on ne ressort pas indemne.
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