J'ai tellement peu mis à jour ce blog que j'ai
complètement oublié de vous dire que j'avais gagné le prix du Meilleur Blog OVNI décerné par le C.O.B.C. qui récolte les votes d'autres blogueurs. Ce prix récompensant les blog atypiques aux graphismes originaux, il me convient parfaitement et je suis très
heureux de l'avoir reçu ! Je remercie Bruce Kraft et sa bande qui nous ont envoyé à chacun un petit cadeau, le DVD du film de Bill Paxton Emprise (2001)
dont voici la critique. Je fais vite pour l'écrire, je suis en retard, car je monte deux films en ce moment, mais chut ! ce n'est pas le moment d'en parler...
Le secret, justement, est au coeur du film Emprise où, à la fin des années 70 dans une petite ville de la campagne Texane, un père incarné par Bill
Paxton confie soudain à ses deux fils qu'un ange envoyé de Dieu lui a revelé la présence de démons sur Terre à éradiquer. Bientôt, l'ange lui transmettra la liste des hommes et des
femmes qui cachent ces démons à détruire (séquences de visions par ailleurs brillantes). Bien sûr, ce père veuf, qui semblait jusque-là aimant et doux, compte sur ses deux fils pour l'aider dans
sa tâche... Son fils aîné, Fenton, a beau lui répéter sans cesse que c'est de la folie et qu'ils tueront des innocents, le père persiste à lui répondre qu'il ne commettra aucun meurtre, puisque
ce ne sont pas des humains... L'extermination commence.
Authenticité et recettes de cuisine
A partir de ce point de départ intéressant et dérangeant, l'acteur Bill Paxton (Aliens, Titanic, Appolo 13...) réalise un film efficace où les
maladresses sont compensées par une authenticité évidente. On ne peut qu'être un peu déçu quand on voit le film Emprise après avoir lu les citations dithyrambiques de la
jaquette du DVD, de Stephen King, Sam Raimi et James Cameron (qui comme Bill Paxton a débuté sur les productions Roger Corman),
mais Emprise, sous ses airs de série B d'horreur efficace, est un film qui témoigne avant tout, comme je le disais, d'une recherche d'authenticité qui n'est pas une
pose, mais un vrai choix d'auteur. Bill Paxton s'attache à méticuleusement reconstituer une petite ville de la fin des années 70, et sa relation dans le film avec les jeunes
acteurs qui jouent ses fils (plutôt bons) est si crédible que l'intrigue dérangeante du film acquiert une puissance émotionnelle rare dans les thrillers ou films d'horreur du créneau où
Emprise se trouve. On est loin des schémas habituels et de ses stéréotypes, et Bill Paxton ose suggérer l'horreur vue par les yeux de deux enfants et
commise par leur père qu'ils aiment pourtant, et qui semble si bon.
Même si je ne suis pas fan du tout du gore (et encore moins de la tendance Saw actuelle), je regrette que Bill Paxton n'ait pas plus mis d'hémoglobine
dans le film. On attend sans cesse de voir une horreur qui ne vient pas, ce qui est assez efficace, mais aseptise cette plongée dans la folie. De même, Fenton séquestré dans la cave joue de
manière trop évidente la faim et la soif, comme si le film ne pouvait que représenter superficiellement l'horreur qu'il veut évoquer.
Malgré tout, la grande qualité d'Emprise est la simplicité de sa mise en scène, qui permet au film de ne pas sombrer dans le racolage tapageur. Avec des cadres et un
découpage simples mais bien pensés, Bill Paxton laisse place à la suggestion mais, malgré tout, sombre à de trop nombreuses reprises dans l'explication de texte un peu balourde :
on ne compte plus les dialogues entre son fils Fenton et lui de type : "Papa, tu ne peux pas faire ça, tu tue des gens ! - Non, je ne les tue pas, car ce sont des démons !" De même, la
construction en flash-back, plutôt habile, est à la longue répétitive et nuit au rythme du film. Il manque surtout à Emprise du temps pour laisser vivre ses
personnages avant de les faire sombrer dans l'horreur, et pour compenser l'artificialité de sa narration.
Malgré ses maladresses et ses quelques facilités, Emprise aurait pu être la chronique dérangeante et émouvante de serial-killers "angéliques", entre enfance et horreur,
réalité et folie transmise par les mots du père. Quel dommage dès lors que le film cède à la mode du twist over, retournement final dont le modèle (surestimé à mon goût) est
Usual Suspects (Bryan Singer, 1994)... Alors pour ceux qui n'ont pas vu Emprise, je me permets de préciser que la suite de
cette critique va spoiler de fond en comble... Donc, ne lisez pas la suite...
Du thriller au film fantastique
Vous lisez toujours? Vous avez donc vu le film, ou alors... et bien tant pis pour vous ! Vous saurez donc que le personnage incarné par Matthew McConaughey, qui prétend être
Fenton, le fils rationnel qui raconte en flash-back l'histoire, et bien ce Fenton n'est pas Fenton, mais Adam, son jeune frère qui lui croyait les paroles de leur père !
La mèche est vendue dès le début du film qui, comme l'a très bien fait remarquer Cécile
Desbrun, décalque celui de Usual Suspects. Quelqu'un qui vient au siège du FBI (de Dallas ici) tout raconter, la vérité rien que la vérité,
on n'y croit plus trop... Le problème, c'est que ce rebondissement survient aussi brutalement qu'on retourne un objet, et pour quoi? Pour nous révéler que le père disait vrai, que ceux qu'ils
tuaient étaient des démons dont ils pouvaient percevoir les crimes en les touchant. Lorsqu'il touche le bras de l'enquêteur du FBI chargé de l'enquête, Adam voit ce dernier tuer sa mère.
Ce ne sont pas simplement des prémonitions, ou une intuition immense. Non, c'est la main de Dieu qui protège Adam comme elle protègeait son père, c'est Elle qui brouille les souvenirs d'un
policier qui avait vu Adam, ainsi que l'image des caméras de surveillance. Au retournement de situation succède un retournement total de point de vue sur les événements. C'est un changement de
réalité, mais aussi un changement de genre, puisque nous basculons du thriller au film fantastique. Mais c'est surtout un retournement moral et idéologique puisque ceux qui incarnaient
la folie religieuse et le meurtre se révèlent être les seuls à connaître la vérité, héros luttant contre le mal. Fenton, le fils rationnel, est relégué au statut de démon contre lequel son frère
Adam est amené à lutter depuis que Fenton a tué leur père.
D'une manière qui aurait pu être intéressante si elle avait été vraiment assumée, Adam comme son père sont des héros luttant contre le mal sous leur apparence de psychopathes. La séquence finale
d'Emprise est, à ce titre, très ambigue, puisque nous découvrons qu'Adam est shérif, symbolisant son déplacement du mal au bien. Lorsqu'il serre la main d'un policier,
il lui dit : "Vous êtes un homme bien". Et, avec à ses côtés celle qu'il aime, il regarde vers le ciel tandis que la caméra sur une grue s'élève et s'éloigne jusqu'à montrer le bâtiment
en son entier, et ces deux individus qui semblent le garder. Le shérif a reçu la mission divine d'exterminer le mal, et il le fera.
Basculement de réalité, basculement idéologique?
Le malaise envahissant du film Emprise devient déplaisant lorsque nous savons que le père avait raison. On a dès lors le sentiment d'avoir regardé un thriller
chrétien ultra-conservateur, dans la mesure où tout ce qui nous était intolérable (folie religieuse, meurtres, séquestration de Fenton...) s'est révélé être au service du Bien, ou plutôt, de
Dieu. Eloge du serial-killer ? Non, car le film conserve malgré tout un peu de son inquiétante tension. Le jeu glacial de Matthew McConaughey nous laisse suggérer qu'une folie
réelle est présente en lui, mais le film se conclue aussi brutalement que le retournement de situation a été amené, Emprise s'achève sur ce trou noir très frustrant d'un
point de vue scénaristique, et idéologiquement douteux. Originaire du Texas et ayant reçu une éducation religieuse, Bill Paxton n'est sans doute pas le fanatique chrétien que la
fin du film peut malheureusement donner à imaginer.
Je veux croire que Bill Paxton a voulu réaliser un thriller authentique et efficace, et évoquer son Etat natal où la religion et la pensée conservatrice, voire
réactionnaire, ont une si grande place. Pour toutes ses facettes, son film ne manque pas d'ambition, et témoigne de vraies qualités. Avec audace, Bill Paxton réalisateur a tenté
de faire basculer le point de vue du spectateur sur des actes horribles en postulant que tout ce qui est considéré comme impossible, fou, est réel, en nous faisant ainsi pénétrer dans la tête du
fou, qui croit en la réalité de ses imaginations. Et quand on a vu le regard effrayant de Bill Paxton qui tue des hommes qu'il croit être des démons, on ne peut rejeter le fait
qu'il est bel et bien fanatique, tout comme Adam !
Mais Emprise manque d'espace laissé au doute pour que son retournement de situation soit intéressant : le basculement de la réalité au fantastique est ici arbitraire, et
ses conséquences idéologiques douteuses nuisent fortement au film car, comme j'ai tenté de l'expliquer, il ne s'agit pas seulement d'un changement de genre. Bill Paxton semble ne
pas avoir pris en compte les implications de ce retournement de situation, implications cinématographiques (manipulation des sentiments du spectateur) et éthique. C'est bien dommage, car un film
sur des serial-killers angéliques, père et fils, il fallait oser !
Merci pour cette très belle initiative de Bruce! Lisez aussi les avis de Wade Wilson, La Pellicule Brûle, Critique-film.fr, Phil Siné, 2MuchPoney, Davidéociné, My Screens et Cécile Desbrun (CulturELLEment Vôtre).
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