Victor Hugo et la sorcière Ardéchoise
Voilà les premières images de mon prochain film, un court-métrage documentaire d'environ 26 minutes qui évoquera une femme considérée comme sorcière nommée Catherine Peyretone,
brûlée en 1519 dans la prairie du village de Montpezat-sous-Bauzon, en Ardèche. Je reviendrais plus loin sur ces faits et sur la genèse un peu tourmentée de ce
film, dont l'idée remonte à l'an 2000 et revient à M. Dumas, mon professeur de français au collège de Montpezat où j'étais, qui animait un atelier vidéo (une heure par semaine).
Je suis en train de réaliser le montage de ce film, dont quelques séquences restent encore à tourner. Je réalise ce film seul, par mes propres moyens, avec un caméscope Sony HDV, avec l'aide
précieuse de Cécile Desbrun qui interprète
la narratrice, et d'Emilie Souillot qui est en train de composer la musique du film. J'avais aidé l'an dernier Emilie Souillot pour le montage, étalonnage et
mixage de son documentaire Histoire(s) de Jazz : le Hot club de Lyon que vous invite à découvrir, ce qui avait confirmé mon envie de me tourner vers la réalisation
de films documentaires, après le documentaire
Haïti - Champs de béton en 2008. A chaque film son mode d'écriture, son genre, le documentaire est parfaitement adapté pour des sujets intimistes comme celui de
Sorcière d'encre, évocation personnelle et romantique (au sens hugolien du terme) du tragique destin de Catherine Peyretone, veuve devenue folle jugée
par l'Inquisition.
Vous pouvez voir ci-dessus un essai de titre (les lettres seront dessinées, uniques). Non, ce n'est pas de la fumée, mais les effets spéciaux les moins chers du monde, inspirés des nuages de
Rencontres du troisième type de Steven Spielberg (1977) : de l'encre de Chine dans de l'eau, dont les couleurs ont été inversées ensuite. Je vais
beaucoup utiliser ce type d'effets, car l'encre et la fumée sont deux motifs omniprésents dans le film. La fumée du bûcher de Catherine Peyretone, et l'encre des écrits et dessins de
Victor Hugo, principale inspiration de ce film. En effet, il y aura en voix off des extraits de ses oeuvres, notamment le magnifique poème "Les Djinns" (1829) et
son roman Le Dernier jour d'un condamné (1829) que j'ai toujours rêvé d'adapter. Mais je n'en dis pas plus...
Une sorcière, une vision aujourd'hui
Voici ci-dessous quelques images du film avec un premier étalonnage. Vous pouvez voir tout d'abord un panorama du très beau village de Montpezat-sous-Bauzon, avec au loin les montagnes du
Tanargue, où Catherine Peyretone allait au Sabbat diabolique si on n'en croit les témoins mystérieux de son procès...
Le village de Montpezat, au pied des montagnes, est parcouru par une large prairie verdoyante, née de la lave d'un volcan en amont qui s'est déversée dans la plaine et l'a comblé lorsqu'elle a
été arrêtée par un barrage provoqué en aval par la coulée de lave d'un autre volcan. C'est ici où rougeoyait la lave que pousse herbe et arbres, et où brûla Catherine Peyretone
sur son bûcher en 1519. Dans un prochain article, je détaillerais les circonstances qui ont conduit Catherine Peyretone à être considérée comme sorcière, torturée, jugée puis
condamnée à mort. Car le compte-rendu du procès existe toujours, et sa lecture est particulièrement effrayante...
Dire que c'est là dans cette prairie qu'elle a été brûlée, il n'y a si longtemps que cela, à l'échelle de l'Histoire... J'ai été troublé lorsque j'ai appris cela. C'était en 2000, en classe de
troisième au collège Joseph Durand de Montpezat où je passais des années un peu difficiles (pas facile quand on est un intello "étranger" dans un collège de 180 élèves)...
Heureusement, il y avait des camarades très gentils, qui se reconnaîtront, et des professeurs qui ont compté dans ma vie et que je souhaite saluer ici : Catherine Challaye,
professeur d'Histoire/géographie ; M. Dumas, professeur de français qui m'a initié à la vidéo ; et enfin Jean-Marie Simon, professeur d'italien, poète et conteur
inoubliable. Ces années de collèges sont noyées dans un clair-obscur, et ce sera le ton du film.
Tandis que nous cherchions un sujet de court-métrage pour notre trop court atelier de réalisation vidéo, M. Dumas nous proposa de faire un documentaire sur cette femme
Catherine Peyretone, considérée comme sorcière. Nous avons alors filmé la plupart des lieux où s'étaient tenus les événements, avec notre grosse caméra S-VHS (c'était encore la
transition vers le numérique). Neuf ans plus tard, j'ai filmé à nouveau certains de ces lieux, dont le pilier du Molus que vous pouvez voir ci-dessous, où elle fut attachée et exposée à la foule
haineuse durant trois jours...
Comme vous pouvez le constater avec ces quelques captures à l'étalonnage provisoire, l'esthétique du film sera éloignée du réalisme qu'on attend ou qu'on assimile au documentaire. Bien que tous
les faits soient véridiques et que les lieux soient ceux des événements, mon film Sorcière d'encre sera une vision subjective et personnelle de cette histoire. Une
vision romantique. Je veux créer un espace mental par les couleurs, les images, les sons et la musique. Car c'est un film sur mon expérience de cette histoire : le film se demande comment on peut
s'identifier à quelqu'un du passé, qui plus est quequ'un banni de la société des hommes, puisque sorcière.
La représentation de Catherine Peyretone est problématique. En 2000-2001, j'avais dessiné la sorcière en suivant l'iconographie traditionnelle : vieille femme horrible aux doigts
crochus. J'avais proposé à mes camarades de filmer de faux manuscrits d'époque racontant l'histoire. Ci-dessous, vous pouvez voir l'un des dessins de ce faux manuscrit enluminé :
Si je vais montrer ces dessins dans Sorcière d'encre, c'est simplement pour mettre en abyme l'histoire de la conception de ce film que je vous raconte brièvement ici, et
pour pointer du doigt ces représentations stéréotypées des sorcières. J'ai décidé pour mon film de faire du visage de la sorcière l'enjeu majeur du film. Or ce visage, c'est le nôtre, puisque
nous pouvons nous aussi un jour sombrer dans la démence ou être injustement accusés, nous pouvons aussi rejeter et être rejetés de la société des hommes. Cela ne fait pas pour autant de nous des
monstres, des suppôts du Diable. Catherine Peyretone, comme toutes les autres "sorcières" était comme vous et moi.
Pour que ma pensée se traduise en images, j'ai décidé de demander à Cécile Desbrun, qui partage ma vie, d'incarner cette femme qui se découvre proche de cette "sorcière"
Catherine Peyretone. C'est un parti-pris qui, de ce point de vue, rapproche ce film de la fiction. Mais les émotions, l'expérience, sont réels.
Je n'ai pas encore achevé ce film, loin de là, je le réalise lorsque j'ai un peu de temps, filmant et montant par petits bouts. Malgré tout, je pense que le film sera achevé d'ici début 2011, je
me suis fixé comme but, pour l'instant, de l'envoyer au Etats Généraux du Film Documentaire de Lussas, en Ardèche toujours. C'est un haut lieu du cinéma où je me suis rendu en
août dernier, avec enthousiasme tant la vision de certains films, en particulier des films documentaires Polonais, avait stimulé mon désir de faire ce film, Sorcière
d'encre.
J'espère que tout se passera bien car le film réalisé au collège, terminé en 2001, avait été victime d'un gros bug de l'ordinateur sur lequel on avait passé trois jours intenses à le monter (eh
oui, pour ça c'était en numérique)... Après les grandes vacances scolaires, le départ pour le lycée m'a fait oublier ce film, jusqu'à ce qu'il resurgisse dans ma mémoire et qu'il s'impose comme
une évidence, un film à faire, aujourd'hui. Alors en 2008 j'ai commencé à filmer, lorsque je me rendais en Ardèche... Ce film a-t-il été oublié? Existe-t-il une copie? Quelqu'un peut-il me le
procurer? Je lance un appel à ceux qui pourraient m'aider, à bon entendeur, salut!...
Edit du 8 décembre 2011 : je n'ai pas laissé tombé ce film, il a juste été mis de côté le temps de travailler sur d'autres projets, dont mon long-métrage
documentaire Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée dont je vous reparlerai bientôt. Le temps m'a permis de prendre du recul. En particulier, j'ai dernèrement pris la décision de faire
de Sorcière d'encre un web-documentaire avec une place laissée au dessin et à l'interactivité... Mais je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant. Par ailleurs, j'ai repris
contact à l'été 2010 avec mon ancien professeur de français M. Dumas qui m'a procuré la VHS (de mauvaise qualité, malheureusement) du film réalisé en 2000-2001.
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