La pensée réduite à 140 caractères
Nous avons tous été fiers d’assister au formidable pouvoir de rassemblement et de diffusion de l’information par Internet lors du Printemps Arabe (qui n’est pas achevé, les morts dus à la
répression s’accumulent en Syrie et ailleurs), mais la polémique récente concernant les propos de Lars von Trier à Cannes nous montre aussi le revers de la médaille du Web :
si les internautes sont les champions de la dénonciation de faits scandaleux, ils sont aussi les premiers à sacrifier la vérification des sources et l’analyse au profit du commentaire instantané.
Nous sommes tous concernés : journalistes professionnels, blogueurs, internautes diffusant les informations sur Facebook ou Twitter. Mais parce que Twitter
limite la longueur des messages à 140 caractères, il ne faut pas que ce soit une excuse pour limiter de même la pensée.
A propos : en politique, on doit utiliser un nombre réduit de mots, marteler, marteler, marteler. Bientôt, un tweet remplacera peut-être un discours, non?
Lorsqu’on rencontre quelqu’un pour la première fois, on s’en fait une image, on imagine son comportement, sa vie, ses pensées, et ainsi on lui colle une étiquette : « Elle a l’air
sympa », « Il a une tête de con » ou autres. Avons-nous le droit de les penser, et de les dire ? Oui, mais ils n’engagent que nous, ce ne sont que des affirmations sans
fondement. Sans fondement ? Si, il y a des stéréotypes à leur base. Lorsque Georges Frêche a dit de Laurent Fabius qu’il avait une « tronche pas
catholique », il a avec beaucoup de cynisme utilisé cette tendance à mettre des étiquettes, aidés par des stéréotypes (antisémites ici), afin de rendre son ennemi déplaisant au yeux de
ses électeurs. Dans l’esprit de ces derniers, c’est tout un florilège de stéréotypes antisémites et racistes qui sont convoqués par cette phrase, qui leur souffle perfidement à l’oreille. De
l’étiquette à la discrimination, il n’y a qu’un pas que trop de personnes encore font. Je rappelle qu’à l’heure actuelle, des associations tentent de lutter contre le
« délit de faciès » (lire l'interview de la représentante d'Open Society) qui mène à des milliers de contrôles de police arbitraires. Le gouvernement fait la sourde
oreille. Je rappelle qu’Eric Zemmour (récemment condamné) continue à affirmer l’inutilité des lois anti-discrimination, puisque selon lui la discrimination fait partie de notre
manière de pensée… À moins d’un an des présidentielles en France, à l’heure de la montée en puissance d’un Front National banalisé mais plus dangereux que jamais, à un moment
l’extrême droite a pris le pouvoir dans différents pays d’Europe, il est temps de nous remettre à analyser en plus de 140 caractères.
Car en sacrifiant l’analyse au profit du commentaire à chaud superficiel, en niant la rigueur sous prétexte d’une course à l’information constante (bien réelle), on ne fait que placer des
étiquettes sur le front des gens qu’il sera sans doute difficile à décoller après. J’espère que ce ne sera pas le cas de Lars von Trier, cinéaste brillant (dont je ne suis pas
fan) qui, à la lecture des documents réunis par Cécile Desbrun dans quatre articles très fouillés, n’est
absolument pas nazi, ni antisémite. Derrière son humour de très mauvais goût, très douteux, se cache une vrai réflexion du cinéaste, tout au long de son œuvre, sur le processus qui conduit un
individu à devenir un rouage d’une machine à broyer fasciste. Qu’un tel cinéaste soit assimilé à un nazi, à cause de propos repris hors contexte, sans analyse, sans regard sur son œuvre, est
vraiment aberrant. C’est un contre-sens total. Je vous invite donc à lire sur le blog de Cécile Desbrun Polémique à Cannes : Lars von Trier, antisémite ou mauvais
plaisantin ?
Pervertir les images pour détruire la vision du monde
Le fait que le film de Lars von Trier
Melancholia utilise la musique de Wagner et le romantisme allemand, associés au thème de la fin du monde, a immédiatement conduit la journaliste de
l’édition anglaise du Times à évoquer le nazisme. Et tout le monde ou presque sur Internet a pris pour acquis que des images, une culture antérieure au nazisme mais
utilisé par ce dernier étaient forcément signes du nazisme. Je n’ai pas vu Melancholia, je ne peux en parler. Mais il est toutefois certain que nulle personne n’a taxé
le film de discours antisémite ou nazi, sinon il ne serait pas par ailleurs resté en compétition. Faute d’avoir une opinion sur ce film, je vais à différents moments de cet article évoquer un
autre film, dont le réalisateur fut accusé de fascisme à la sortie. Un film dont personne aujourd’hui ne peut réellement penser qu’il témoigne réellement d’opinions fascistes. Il s’agit
d’Orange mécanique de Stanley Kubrick (1971) qui force le spectateur à épouser le regard d’Alex, jeune homme qui adore Ludwig van
Beethoven, le sexe et l’ultra-violence, un regard qui magnifie les gestes les plus horribles, comme le montrent la beauté des plans, les ralentis nombreux et l’emphase de la musique
classique. "Mirisse bien" nous dit-il, regardez bien, soyez fascinés jusqu'à ne plus posséder de conscience morale...
Le sujet qui m’intéresse ici est la manière dont les images sont perverties par le nazisme et les mouvements totalitaires (dont Alex est un représentant), et comment ces images peuvent rester en
nous, le nazisme les ayant contaminé. Elles ont un goût amer en bouche. Mais sont-elles coupables ?
Une image et un visage unique
Réduire un individu à une image, c’était le but du nazisme. Transformer le nazi en Aryen, image idéalisée ; et pour cela réduire les ennemis du mouvement totalitaire à des caricatures
racistes, puis à des numéros, et enfin à des corps entassés près des chambre à gaz, attendant d’être brûlés par un membre de Sonderkommando d’Auschwitz. Une image n’a
pas d’âme, surtout lorsqu’elle prétend regrouper de manière unique « Un peuple, Un empire, Un guide [führer] », comme le dit le devise du nazisme. Pour cela, en
parallèle de la diffusion par la propagande des stéréotypes racistes et antisémites érigés aux rang de « faits scientifiques », le nazisme s’est approprié une partie de la culture
germanique qui lui semblait exalter la grande Allemagne mythique nazie, d’autant plus que c’est l’ancrage nationaliste qui a permis à Hitler d’emporter l’adhésion d’une trop
grande partie du peuple Allemand, qui s’est crû ainsi bel et bien supérieur aux autres. S’ils avaient su qu’Hitler prévoyait d’exterminer après-guerre tous les Allemands atteints
de maladies cardio-vasculaires, ils auraient compris, comme l’a très bien montré Hannah Arendt, que le mouvement totalitaire n’a pas de frontières ni de fin, c’est un mouvement
constant qui implique une ablation permanente de ses « membres ».
Parce que Kubrick force le spectateur à être le complice fasciné et horrifié des actes d’Alex et de sa bande, et parce que son anti-héros se voit comme une perversion du surhomme
nietzschéen, il fut accusé de fascisme. Le lien avec le nazisme est évident dans le film Orange mécanique qui montre en vérité le processus de perversion des images, et
ainsi regard porté sur le monde, par un pouvoir totalitaire représenté par Alex. Tout est perverti, même la Bible devient un florilège d’horreurs car après tout, n’y a-t-il pas
du sang dans ses récits ? Alex ne comprend que ce qui s’insère dans pensée qui exclut toute opposition. Les formes tardives du romantisme allemand, la musique grandiose de
Wagner et la volonté de puissance de Nietzsche (entre autres) furent convoqués pour appuyer la folie la plus destructrice de toute l’histoire de l’humanité,
parce qu’ils ont semblé, pour des raisons que je n’évoquerai pas ici, s’intégrer dans la vision du monde nazie. Cela signifie-t-il que Wagner, Nietzsche ou le
romantisme allemand sont nazis ? Est-ce parce qu’Alex pervertit les récits et images de la Bible, du cinéma et que Beethoven lui inspire des visions de
meurtres et de viols que cette culture pervertie doit être condamnée ?
Beethoven et Wagner ont-ils commis la Shoah?
Pourtant, depuis la polémique suite aux propos de Lars von Trier, on voit fleurir de tels raccourcis dangereux un peu partout. Que nous exprimions notre difficulté à relire
Nietzsche ou écouter Wagner sans être toujours contaminé par l’utilisation qui en a été faite par le nazisme, certes, c’est légitime. Moi-même, j’ai éprouvé des
difficultés à apprécier la fin de Crime et châtiment de Dostoïevski, le camp où est enfermé l’assassin à la fin du roman, là où il accomplit enfin sa
pénitence et trouve le repos de son âme, me faisant bien trop penser aux atroces goulags staliniens où des millions d’individus sont morts. Faut-il condamner ce roman pour un crime contre
l’humanité commis bien plus tard ? Bien sûr que non, c’est absurde. Nous pouvons seulement avouer notre difficulté à nous replacer dans le contexte, et critiquer la position adoptée par
l’artiste à ce moment-là de notre Histoire.
Si le romantisme allemand est nazi, le peintre Caspar David Friedrich aussi, non ?
Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages, Musée de Hambourg, 1818
Et puisque le romantisme allemand est proche du romantisme français et anglais, mettons dans un même sac Keats, Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo et tous les
romantiques ! Tous des nazis, vous dis-je ! Est-ce vraiment sérieux ? Est-ce une analyse rigoureuse, voire une analyse tout court ? Non, juste une étiquette. En refusant de
l’enlever, on perpétue le mensonge, on prolonge sans le savoir le processus de destruction de la culture et de l’Histoire voulu par le nazisme. Car le nazisme en tant que mouvement totalitaire
est une contamination de la pensée par la perversion des images de l’homme et du monde. Dans Orange mécaniquen Alex lui-même s’en rend compte lorsqu’il est soumis au
traitement Ludovico qui le fait souffrir à la vue d’images de sexe et de violence, lorsqu’il entend la Neuvième Symphonie de Beethoven superposée à un
montage d’images de la montée du nazisme et des horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Beethoven semble par son rythme exalter le processus d’extermination. Alex se rend compte
de cette perversion et crie : « C’est un crime [a sin] ! Vous n’avez pas le droit de faire ça ! Il n’a rien fait ! »
"Un monde Unique et Heureux"
Je vais prendre un exemple qui montre bien ce que j’appelle la perversion des images par le système totalitaire. Dans la Grèce antique, l’idée que la Terre, ronde, soit le centre du monde est
représentative de l’idée grecque de « foyer », comme l’explique Jean-Pierre Vernant :
Le nom que donnent les philosophes à la Terre, immobile et fixe au centre du cosmos, c’est précisément celui d’Hestia. Quand les astronomes et les auteurs de cosmologie ont voulu marquer
la situation centrale de la Terre dans la sphère céleste, ils ont dit que la Terre constituait le Foyer de l’univers. Ils ont donc projeté sur le monde de la nature l’image même de la société
humaine dans la forme que la polis lui avait conférée.[1]
Puisque la Terre est une boule dans un espace sphérique, elle est à égale distance de toute chose, centre parfait du monde, son foyer. Sur une sphère, il n’y a pas à sa surface de hiérarchie, pas
de lieu privilégié, à la différence d’un cercle. La Terre est le foyer d’un monde conçu comme polis, cité faite d’égaux, les citoyens (excluant toutefois femmes, étrangers, esclaves…).
Cette idée d’une planète constituant un monde unique, pensé comme centre, est représentée dans Le Temps désarticulé, roman de science-fiction de Philip K. Dick (1959) où, en réaction à l’envol de Terriens
vers d’autres planètes, un mouvement politique se crée pour interdire la conquête de l’espace, promouvant au contraire la Terre comme seul lieu d’habitat possible. Ce mouvement est un parti qui
mène une guerre sans merci contre ses opposants, envoyant ces derniers dans des camps de concentration. Un parti unique et un territoire, la planète entière, qui se nomme « Un Monde
Unique Et Heureux ». Pour légitimer leur action, les créateurs de « Un Monde Unique Et Heureux » pourraient très bien invoquer la Terre « hestia »,
foyer unique de l’univers, planète devenu une seule cité sur le modèle de la démocratie athénienne. Ils pourraient très bien faire revenir les fantômes muets d’Alexandre le Grand
et des empereurs romains, qui ont sans doute eu cette idée de foyer unique en tête lorsqu’ils sont partis à la conquête du monde connu. Mais ce serait alors une perversion de cette image de la
Terre-hestia. Ce n’est pas pour rien que je prend cette exemple, car le mouvement totalitaire a pour objectif l’extermination totale de toute opposition, jusqu’à créer
« Un peuple, Un empire, Un guide», un monde à la pensée unique, jusqu’à ce que tout territoire soit conquit. Nul besoin de s’opposer expressément pour être considéré comme ennemi :
le monde extérieur au mouvement totalitaire se réduit à cette phrase de Georg Simmel, « quiconque n’est pas expressément inclus, est exclu.[2] »
Détruire l'homme, détruire les images de l'homme
« Un Monde Unique Et Heureux » mais n’oublions pas, comme l’écrivain Bruno Bettelheim, que « La paix dans une société totalitaire s’achète au prix de
la mort de l’âme ». Le mouvement totalitaire, comme l’ont très bien montré Bettelheim et Hannah Arendt, est un processus de destruction de l’individualité, du moi.
Chacun est concerné par ce processus, chacun est broyé par cette machine à déshumaniser : les membres du parti qui abandonnent leur conscience pour rejoindre le grand corps nazi ; le
peuple entre terreur et mensonges de la propagande ; les soldats qui font avancer le mouvement totalitaire en semant la destruction ; et enfin, les innombrables déportés dont corps et
esprits sont démolis dans des camps qui chacun constituaient « le laboratoire où la Gestapo apprenait à désintégrer la structure autonome des individus [et à] briser la
résistance civile[3] » comme l’écrit Bettelheim. Cette désintégration passe par la disparition de l’image individuelle des êtres, et de leur
culture. L’historien Georges Didi-Huberman écrit à ce titre :
Il y a une parfaite cohérence entre le discours de Goebbels analysé en 1942 par Hannah Arendt selon son motif central « On ne prononcera pas le kaddish » ― c’est-à-dire : on vous
assassinera sans reste et sans mémoire ― et la destruction systématique des archives de la destruction par les SS eux-mêmes à la fin de la guerre. « L’oubli de l’extermination fait partie de
l’extermination[4] », en effet. Les nazis ont sans doute cru rendre les juifs invisibles, et rendre invisible leur destruction même.[5]
Par pitié, ne poursuivons par négligence ou ignorance ce processus d’extermination des images ! Préservons les images des peuples disparus, et conservons les traces de leur disparition, pour
que le nazisme n’ait pas, en fin de compte, gagné. Cela signifie aussi de prendre en compte le fait que les images ont été perverties par le nazisme, et étudier ce processus qui a conduit à
associer en notre esprit Wagner et Hitler, et à maintenir vivaces les insupportables stéréotypes racistes et antisémites. Il faut comprendre le processus pour
lutter contre lui. « Supprimons les images de la violence, il nous restera la violence, mais nous n’aurons plus la réflexion sur la violence » disait Stanley
Kubrick a ceux qui dénonçaient la violence d’Orange mécanique. C’est la même constat que nous pouvons faire ici : supprimons les images perverties
par le nazisme, le nazisme sera toujours là, mais nous ne pourrons plus le penser. Georges Didi-Huberman écrit avec justesse :
On a dit Auschwitz impensable. Mais Hannah Arendt a bien montré que, là où achoppe la pensée, là précisément nous devons persister dans la pensée, ou plutôt lui donner un tour nouveau.
Auschwitz dépasse toute pensée juridique existante, toute notion de faute et de justice ? Il faut donc repenser la science politique et le droit tout entier. Auschwitz dépasse toute pensée
politique existante, voire toute anthropologie? Il faut donc repenser jusqu’au fondement des sciences humaines en tant que telles.
Dans cette tâche, le rôle de l’historien est, bien sûr, capital. Il ne peut pas, il ne doit pas « admettre qu’on se débarrasse du problème posé par le génocide des juifs en le reléguant dans
l’impensable. [Le génocide] a été pensé, c’est donc qu’il était pensable[6]. »[7]
Il nous faut persister dans la pensée car le nazisme est toujours là comme un spectre effrayant que Lars von Trier fait resurgir dans ses films pour nous faire prendre conscience
que, comme l'écrivait Georges Bataille, Auschwitz fait désormais partie du visage de l'homme, et qu'il nous faut comprendre pourquoi et comment un crime contre l'humanité
autrefois impensable comme la Shoah a pu se réaliser. La "catastrophe" (signification hébraïque de "Shoah") aurait pu ne pas s'arrêter là, aller plus loin que ce point déjà trop horrible
pour l'imaginer.
Le nazisme est toujours là comme une menace, prenant au cinéma la forme de l’Empire de Star Wars (lire cet article concernant la
déshumanisation dans l’Empire) qui est la représentation en science-fiction, à l’échelle galactique, de la devise « Un peuple, Un pays, Un führer ». Un monde avec un unique
visage dont les uniformes ont été dessinés par Andrew Mollo, collectionneur d’uniformes et spécialiste de l’Allemagne nazie qui avait déjà mis son savoir au service du film
co-réalisé par Kevin Brownlow En Angleterre occupée (photo ci-dessus, 1965) qui imagine les nazis ayant occupé l’Angleterre. Un film méconnu glaçant. C’est une même
réflexion sur le processus de contamination par le mouvement totalitaire. Peut-on y échapper ? À la fin d’Orange mécanique, Alex est-il vraiment guéri
lorsqu’il peut à nouveau écouter Ludwig van Beethoven ?
[1] Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, cité par Jean-Pierre Maury in Comment la Terre devint ronde, Paris, Éditions Gallimard,
Collection « Découvertes, Sciences et techniques », 1989, p. 151.
[2] Cité par Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme, Le système totalitaire (nouvelle édition), Paris, Éditions du Seuil, collection « Points
Essais », traduction de Jean-Loup Bourget, Robert Davreu et Patrick Lévy, révisé par Hélène Frappat, 2005, p. 147.
[3] Bruno Bettelheim, « Comportement individuel et comportement de masse dans les situations extrêmes » (1943), cité par Georges Didi-Huberman in Images
malgré tout, Paris, Éditions de Minuit, Collection « Paradoxe », 2003, p. 31.
[4] Jean-Luc Godard, Histoire(s) du cinéma, tome I, cité par Georges Didi-Huberman in op. cit, p. 34.
[5] Georges Didi-Huberman, op. cit, p. 34.
[6] P. Vidal-Naquet, préface de Des camps au génocide : la politique de l’impensable de G. Decrop. Cité par Georges Didi-Huberman, in op. cit, p. 38.
[7] Georges Didi-Huberman, op. cit, p. 38.
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