Science-fiction: littérature, cinéma...

Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 07:30

Festival Mondes Parallèles à la ferme du Buisson

Le lendemain de la nuit Dans l'ombre de Philip K. Dick de Caen à laquelle je participe en tant qu'invité, La Ferme du Buisson vous propose du samedi 10 décembre au lundi 12 décembre un voyage dans les mondes parallèles, en particulier ceux de George Orwell et Philip K. Dick. Au programme, une nuit de la SF (samedi 10 de 20h à l'aube) où vous pourrez découvrir le ciné-concert de NeirdA et Z3ro sur l'épisode pilote de la série culte Le Prisonnier, l'originale bien sûr, série que je n'ai pas encore vue, j'attends le bon moment pour la découvrir car je sais qu'à ce moment, je passerai du temps dans ses méandres, d'autant plus si elle est aussi dickienne que ce qu'on en dit, et qu'un des thèmes principaux de ma réflexion sur l'oeuvre de Philip K. Dick est le labyrinthe...

 

4 films au programme pour le reste de la nuit A Scanner Darkly (d'après le roman de Philip K. Dick) , Super 8, Soleil Vert (un de mes films cultes) et Cloverfield avec un petit-déjeuner offert au matin. Voici la suite du programme :

 

Spectacles

 

// Sous Contrôle, de Frédéric Sonntag et la Cie AsaNIsiMAsa :
Au sein d’un état de surveillance généralisée, sympathisants et opposants au régime s’espionnent dans une atmosphère de paranoïa permanente qui n’est pas sans créer de graves troubles des identités et des comportements. Mais ne sont-ils pas, en réalité, que les acteurs d’une série télé ?

Représentations samedi 10 dans le cadre de la nuit de la SF et dimanche 11 à 17h.


 

// Urbik / Orbik, de Joris Mathieu / Compagnie Haut et Court / Lorris Murail/ Philip K. Dick :
Vivons-nous dans un monde d’illusion totale ? Telle était la conviction de K.Dick, sa folie aussi. L’auteur de science-fiction devient ici le héros d’une fiction à la réalité confondante. Plongée au cœur d’un univers sensoriel et fantastique….

Représentation dimanche 11à 19h et lundi 12 à 20h45

Urbick/Orbick écrit par Lorris Murail, mise en scène de Joris Mathieu

 

Tarifs

 

Nuit de la SF: plein 21 euros, réduit 14 euros, étud. 11 euros, Buissonniers 9 euros

Sous Contrôle: plein 21 euros, réduit 14 euros, étud. 11 euros, Buissonniers 9 euros

Urbik / Orbik: plein 21 euros, réduit 14 euros, étud. 11 euros, Buissonniers 9 euros

 

Site officiel: http://www.lafermedubuisson.com/MONDES-PARALLELES.html 

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Science-fiction: littérature, cinéma... - Communauté : Temps X
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 20:07

Il y a peu de temps, j’ai été contacté par un élève, passionné de science-fiction, d’un lycée belge. Cet élève visiblement brillant se nomme Simon Renard, et il est un grand fan de Philip K. Dick, écrivain de science-fiction sur lequel, comme vous le savez peut-être, je suis en train d'écrire un essai. À l’occasion d’un travail scolaire, cet élève a voulu me poser quelques questions sur mon rapport à la science-fiction et au cinéma, auxquelles j’ai répondu avec plaisir. Des questions dont les réponses mériteraient de plus amples développements, mais je crois que c’est déjà un bon début ! Mais chut, je dois vous laisser, je suis en interview [sourire du gars qui se la pète].

Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction

Simon Renard : Est-ce que la Science-Fiction a déterminé votre parcours professionnel actuel ? 

Jérémy Zucchi : Non, c’est le cinéma qui a déterminé mon parcours. Je voulais faire des études de cinéma donc, après un Bac de spécialité arts plastiques, je suis rentré à l’université Lyon-2 où j’ai pu étudier le cinéma et réaliser des court-métrages. Mais dès la première année de Licence, en 2005, j’avais écrit un dossier, Les Nouveaux mythes du cinéma de science-fiction américain , qu’on trouve sur mon blog. Je commençais à collectionner des citations, des articles concernant la science-fiction, et surtout je lisais Philip K. Dick. En Master, je voulais réaliser un court-métrage inspiré de cet écrivain, et là j’ai appris que je devais écrire un mémoire d’accompagnement de cinquante pages ! Finalement, c’est devenu un mémoire de cent pages sur l’adaptation des œuvres de Philip K. Dick au cinéma, puis de deux-cent quarante pages en Master 2, puis ce livre que suis en train d’écrire ! Résultat : je n’ai toujours pas réalisé ce court-métrage ! Mais j’ai continué à faire des films.

Pensez-vous que les nouvelles évolutions technologiques influencent les œuvres plus récentes de Science-Fiction ?

Je ne suis pas un spécialiste de la littérature de science-fiction. Excepté Philip K. Dick (mais il me reste encore à lire), j’avoue que je n’ai presque pas lu de science-fiction. Je le regrette, j’ai beaucoup à lire pour compenser. Comme je l’ai dit, c’est le rapport entre Philip K. Dick et le cinéma qui m’a intéressé en premier, et qui continue à le faire. En ce qui concerne le cinéma de science-fiction, tout ce que je peux dire c’est que, même si les films ancrent leurs histoires dans des évolutions technologiques nouvelles, il y a peu de nouveaux concepts qui en émergent. Le cinéma a beaucoup de retard sur la littérature (Philip K. Dick en est la preuve) car il attend souvent que le grand public ait montré de l’intérêt pour un sujet. Et souvent, il reprend des récits anciens, des réflexions anciennes (Matrix est révolutionnaire seulement sur la forme, fruit de pompages divers), et a tellement besoin d’action, de schémas reconnaissables, qu’avec tout cela l’étrangeté de la science-fiction disparaît trop souvent. Inception est avant tout un film sur le cinéma, très habile et puissant, qui joue avec les codes, non un film sur l’évolution récente de la technologie, par exemple. Ce qui ne signifie pas qu’il n’est pas porteur de réflexion.

Inception, film de Christopher Nolan avec Leonardo Dicaprio

Pensez-vous que la révolution de l’informatique a eu un grand impact sur la Science-Fiction ?

La révolution de l’informatique a eu un double impact, en deux temps : sur les écrivains et sur le public. Elle a eu un impact important sur les écrivains de science-fiction, dotant souvent l’ordinateur de capacités surhumaine (Hal 9000 de 2001, l’odyssée de l’espace) voire d’un pouvoir quasi divin (chez Philip K. Dick notamment), ce qui permet à l’homme d’accomplir des choses impossibles mais aussi de se sentir menacés par lui. Norman Mailer disait dès 1970 que l’ordinateur était la « nouvelle frontière » et il avait raison, c’est cette frontière que les écrivains cyberpunks ont exploré, imaginant l’homme vivant dans un réseau d’information parallèle à la réalité, si dense qu’il concurrence cette dernière. Ils ont donné un cadre technologique plus actuel, plus contemporain à la réflexion de Philip K. Dick sur le réel, dont les inventions sont très datées années cinquante. Il faut dire qu’il se moquait pas mal de la vraisemblance « scientifique » de ses inventions. Lorsque les jeux vidéos se sont perfectionnés et répandus, puis Internet, on a vu fleurir sur les écrans des histoires d’univers virtuels très inspirées de Philip K. Dick et du cyberpunk (Ghost in the Shell, Matrix), à cet époque, le public a trouvé dans la science-fiction des récits, écrits des décennies auparavant, qui imaginaient les développements parfois effrayants de l’informatique. C’est à ce moment que Philip K. Dick en particulier, s’est imposé, mais sa réflexion sur le virtuel ne se limite pas à l’informatique, elle concerne le cinéma, la télé-réalité (The Truman Show est un parfait film dickien), Disneyland ou encore les mondes fictifs des mouvements totalitaires. C’est ce que je veux montrer dans le livre que je suis en train d’écrire. Sa réflexion dépasse le cadre de telle ou telle technologie puisque c’est une réflexion sur l’image, et donc sur le réel, elle existait déjà à l’époque de Platon lorsqu’il écrivait son mythe de la caverne. Cette réflexion dépasse la technologie mais a besoin d’elle pour s’incarner, s’actualiser.

Pensez-vous que l’on peut toujours maintenant réaliser des métrages amateurs de Science-Fiction avec peu de moyens, ou est-ce désormais un genre cloîtré aux grandes productions dû aux effets spéciaux devenus presque indispensables ?

Comme tout ce qui concerne le cinéma, il s’agit d’un compromis à trouver entre le choix de l’histoire, le budget, la technologie disponible et l’ambition du cinéaste. Blade Runner  devait être un petit film en huis-clos, mais son réalisateur Ridley Scott a voulu sortir de ces pièces fermées pour montrer la ville, que les répliquants s’incarnent dans un monde plus large, pour qu’ils semblent réels. Mais il faut, comme le dit le réalisateur « que la ville tienne à l’idée qu’il s’agit d’un répliquant », il faut qu’elle soit crédible.

Blade Runner de Ridley Scott, 1982

La science-fiction est un genre où l’espace est prédominant, c’est le cadre qui détermine les personnages, et cela est difficile à créer et très coûteux au cinéma. Même un film amateur doit le prendre en compte, si son réalisateur veut que son histoire soit crédible. La technologie permet beaucoup plus de choses aujourd’hui, en étant créatif, en maîtrisant la technologie et en connaissant ses limites, on peut faire des choses intéressantes, c’est certain. Mais le choix d’histoires peut vite être limité.

D’où vient votre intérêt pour Philip K.Dick ?

Cela vient du film Blade Runner, et c’est donc lié au cinéma de science-fiction. J’avais lu un résumé dans un magazine télé quand je devais avoir dix ans. Quatre ans plus tard, en 2000, L’Express magazine avait fait un hors-série consacré à la rétrospective sur le cinéma de science-fiction organisée par le festival de Cannes cette année-là. Je l’ai lu et relu un nombre incalculable de fois. Il parlait de films que je ne connaissais pas pour la plupart, ou dont j’avais entendu parler. Il y avait des images de Blade Runner qui me faisaient rêver, et ce nom, Philip K. Dick. Jean-Pierre Dufreigne y écrivait que « tout dickien même intégriste avouera que le film dépasse la nouvelle qui l’a inspiré ». J’ai voulu savoir si c’était vrai en voyant le film, et en lisant le livre. Les images du film et les mots du critique m’ont fait rêver jusqu’à ce que je voie le film à la télé : même la réception pourrie ne pouvait gâcher la beauté de Blade Runner. Un choc. 

Blade Runner de Ridley Scott, 1982

Et quand j’ai lu le roman vers 2002, je me suis rendu compte du génie de Philip K. Dick, c’était quelque chose de tellement différent de tout ce que j’avais lu jusque-là ! Le roman et le film étaient parfaitement complémentaires. Puis Minority Report est sorti et j’ai lu des nouvelles, et j’ai même tenté, pour un cours, de réaliser avec des camarades de lycée un petit film inspiré de la nouvelle « L’imposteur ». Dès le début, donc, il y avait cette question de l’adaptation des œuvres de Dick  

Que pensez-vous du fait que le cinéma Holywoodien se soit attitré les réalisations de certains chefs-d’œuvre de la science-fiction ?  Est-ce que cela apporte un plus grâce à l’apport de moyens conséquents ou est-ce que l’esprit original n’est pas conservé ?

Les moyens conséquents permettent de créer des mondes crédibles, chose primordiale dans la science-fiction comme je l’ai dit auparavant. Mais un film tel que La Jetée de Chris Marker a montré que la science-fiction peut se débarrasser de son « décorum », être à l’écran dans le présent et bouleverser les spectateurs. Son remake L’Armée des douze singes (Terry Gilliam, 1995) est un film qui a des moyens bien plus importants, où « l’habillage » technologique et les effets spéciaux sont plus présents. Mais est-ce que l’esprit se perd ? Sa simplicité, oui, mais la manière de penser par la science-fiction, pas du tout. Car son réalisateur Terry Gilliam a parfaitement compris que c’est une histoire où le passé doit posséder la présence du réel, attirer le héros, devenir son présent jusqu’à ce qu’il veuille y rester et croire que tout cela n’était qu’un rêve, qu’une folie.

L'Armée des 12 singes de Terry Gilliam (1995) avec Bruce Willis et Brad Pitt

Comme le héros de La Jetée, il est attiré par une image du passé si réelle, photographique, qu’il ne peut pas croire que ce monde n’existe plus. Malheureusement, trop de cinéastes n’ont pas ce talent, et trop de studios hollywoodiens veulent niveler le niveau des films vers le bas pour ratisser le plus large public possible (c’est une idée idiote mais tenace). Le cinéma ne s’adresse pas au même public que la littérature de science-fiction. Je n’ai rien contre Hollywood ni contre son appropriation de chef-d’œuvres, je constate seulement que quand cette logique cynique est appliquée, partout et y compris en France où elle fait rage aussi, il ne peut pas y avoir de science-fiction.

Est-ce que les œuvres de Science-Fiction peuvent être comparées à des sortes de « contes philosophiques modernes» ?

Oui, et c’est pour cela qu’ils nécessitent une certaine liberté de l’esprit. Sans possibilité de remettre en cause ce qui est convenu, il n’y a pas de philosophie et, pour moi, il n’y a plus de science-fiction comme mode de pensée, seulement un « habillage », une histoire codifiée. Mais même ces conventions de la science-fiction sont issues des contes philosophiques qui se sont développé du XVI au XVIIIe siècle, dans la mesure où ces derniers se situent toujours dans un autre lieu (l’Utopia, non-lieu imaginé par Thomas More, 1516), un autre temps (L’an 2240, rêve s’il en fut jamais de Jean-Sébastien Mercier, 1770) ou une autre planète (Les Etats et empires de la Lune de Cyrano de Bergerac, 1657). On retrouve tout autant Voltaire que Swift et même Rabelais. Il s’agit de se déplacer pour éviter la censure, et surtout créer de l’imaginaire, créer une cité idéale (Utopia ou La Cité du Soleil de Tommaso Campanella, 1623), imaginer L’Histoire du siècle futur (Jacques Guttin Epigone, 1659), confronter l’homme à l’illusion du géocentrisme comme l’a fait l’astronome Kepler en montrant un homme qui sur la Lune a l’impression que le Soleil tourne autour du satellite (Le Songe ou l'Astronomie lunaire, 1634), parler avec humour de la pluralité des mondes (Les Etats et empires de la Lune).

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Utopia, gravure d'Ambrosius Holbein dans la 1ère édition du livre de Sir Thomas More, 1516. 

 

La science, la politique et l’imaginaire sont liés très étroitement, pour apprendre à penser autrement. La base de la philosophie, depuis Socrate, c’est  que nous ne savons rien, et qu’il nous faut comme un enfant retrouver notre étonnement devant le monde et élaborer des hypothèses pour le comprendre, donc créer des fictions. Le mythe de la caverne de Platon, à ce titre, est vraiment la matrice du récit de science-fiction. Et si tout n’était qu’une illusion ?...  

Est-ce que la Science-Fiction a toujours eu de liens étroits avec le courant « Futuriste » ou est-ce que les deux genres ne sont pas obligatoirement liés ?

C’est une question en apparence hors-sujet, puisque le Futurisme est un mouvement artistique des années vingt recherchant principalement la représentation de la vitesse et l’exaltation de l’homme comme rouage d’une société de plus en plus mécanique. Mais à ce titre, cette exaltation de la vitesse et de la machine est contemporaine du développement de la science-fiction, aux Etats-Unis en particulier. Je ne connais pas en revanche de rapport direct, d’influence revendiquée. De plus, le Futurisme a exalté la guerre et pour un nombre important de ses artistes, le fascisme, loin des cauchemars que ces derniers inspirent à la plupart des écrivains de science-fiction. Mais la force poétique des images des Futuriste, même déshumanisée, a sûrement contribué à rêver du futur, même si celui-ci est un cauchemar.

Les œuvres de Science-Fiction font généralement une critique peu dithyrambique de la société de laquelle elles s’inspirent, constatez-vous des cas contraires ?

Pas vraiment. Comme le rappelait Philip K. Dick à ceux qui critiquaient le pessimisme de la science-fiction, s’il ne se passe rien de mal, il n’y a plus d’histoire ! C’est le cas même pour l’optimiste Arthur C. Clarke. En fait, c’est souvent en négatif que la science-fiction montre le bon côté de la société du présent, en décrivant des mondes où, sans les valeurs de cette société, tout est cauchemardesque. C’est en ce cas une science-fiction parfois très conservatrice. Mais par le simple fait de vouloir remettre en ordre le cours du temps pour rétablir le monde que nous connaissons, la science-fiction nous dit que ce dernier est le seul où nous pouvons vivre, ce qui est une manière pour nous de l’accepter, bon gré mal gré.

Est-ce que la Science-Fiction a son penchant similaire en musique ?

C’est une question intéressante car, à ma connaissance, peu de personnes ont réfléchit à l’impact de la science-fiction hors du cinéma, de la littérature ou de la BD. En musique, il y a eu des chansons et des albums concept inspiré de la science-fiction, c’est certain. Mais je voudrais parler de deux groupes que j’adore, Pink Floyd et Radiohead. Les Pink Floyd ont souvent été associés à la science-fiction car ils proposaient de fabuleux voyages sonores dans des espaces inconnus (les morceaux A Saucerful of Secrets et Echoes en particulier), à l’image de ce que montra à la même époque Stanley Kubrick à la fin de 2001, l’odyssée de l’espace. Cela s’inscrit dans le contexte de la contre-culture des années soixante, où la science-fiction avait une place importante aux côtés du rock et de la BD. Pink Floyd a créé des sons qui évoquent la science-fiction, mais leur musique s’inscrit toujours dans la réalité contemporaine. Le futur cauchemardesque est déjà là, dans le présent. Les albums Dark Side of the Moon, Welcome to the Machine et Animals (inspiré de George Orwell) évoquent en musique ce monde devenu inhumain.

Animals, album des Pink Floyd (1977)

Radiohead a prolongé leur travail, dans un style différent, en affirmant le côté science-fiction, qui peut évoquer Philip K. Dick (la chanson Paranoïd Androïd en particulier). Leur chanson Videotape est une superbe métaphore, glaçante et belle, de l’homme qui se réduit à son image créée par la technologie, déjà datée, obsolète, la cassette vidéo. L’homme peut s’y effacer très facilement.

 

Merci à Simon Renard pour ces questions. Comme il a eu la bonne idée de soulever des points généraux sur lesquels j'avais jusqu'à présent fait l'impasse sur ce blog (je me focalise souvent sur des points très précis), je me permettrai d'inclure certaines de mes réponses à cette interview dans de prochains articles ou dans certaines pages existantes. Telles celles introduisant mes articles consacrés à Philip K. Dick et à la science-fiction, qui manquent d'informations. Merci, à nouveau, Simon, qui a eu la très bonne idée de me faire écrire sur ces sujets.

Cinéma, littérature et séries de science-fiction

 

 

 

 

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Science-fiction: littérature, cinéma... - Communauté : Temps X
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Dimanche 2 janvier 2011 7 02 /01 /Jan /2011 17:00

Rappelez-vous, il y a si peu de temps, imaginer le monde en 2011 relevait de la science-fiction alors, pour évoquer avec vous ces représentations du futur, voici un petit classement des films de science-fiction que je préfère, à la demande de la blogueuse Cachou qui a déjà dévoilé son petit palmarès. Comme vous le savez sans doute, j’écris beaucoup sur le cinéma de science-fiction, ce fut d’autant plus difficile pour moi de me livrer à cet exercice intéressant mais un peu arbitraire (pourquoi tel film 5ème et pas 4ème ? et inversement), mais je vais faire le plus d’effort possible. Ce classement est évidemment subjectif, l’ordre est lié à l’importance de ces films pour le cinéma de science-fiction et pour moi, par rapport à mon attachement affectif à eux.Plus qu'un classement (assez proche de celui de Cachou), c'est un hommage au cinéma de science-fiction.

Mon top 10 des meilleurs films de SF

Roy Batty (Rutger Hauer) raconte les beautés de l'univers dans Blade Runner 1.     Blade Runner de Ridley Scott (1982) version director’s cut et final cut. Comment dire ?… J’ai tant écrit sur ce film que je ne peux le décrire en quelques mots. Je me souviens l’avoir longtemps imaginé, lisant des résumés, de brefs articles, fantasmant devant ses époustouflantes sombres images dont j’avais des reproductions ici ou là. Puis un jour, enfin, il passe à la télé, et là, angoissé, le ventre noué, j’ai pris la plus belle claque visuelle de toute ma vie. La retransmission hertzienne était pourrie, mon enregistrement VHS raté, mais la magie a opéré, j’étais plongé dans cette ville à la nuit éternelle, aux lumières artificielles, seuls fragments de soleil (voir mon article sur leur rôle chez Philip K. Dick dont fut tiré le film). Comment oublier la belle Rachel, qui détache ses cheveux et joue du piano, se souvenant de leçons de musique vécues par celle dont elle possède la mémoire ? Et la licorne, galopante ou en papier aluminium, image de nous-mêmes, qui ne sommes que des créations chimériques ? 

2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968)

2.     2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968). J'avais tant attendu ce film également ! Et quel choc !... Une expérience unique, un film qui condense l’histoire de l’humanité en peu de mots, mais des silences, des images, un montage, des sons et des musiques qui m’ont immédiatement transportées et ne cessent de stimuler mon imagination et ma réflexion. A noter que j’avais lu le roman d’Arthur C. Clarke auparavant, ce qui a sans doute facilité ma compréhension du film. Je n'en dis pas plus, je vous renvoie à mon dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction, ainsi qu'à un article où j'établie un parallèle entre le film de Kubrick et Blade Runner...

Brazil de Terry Gilliam, 1984

3.     Brazil de Terry Gilliam (1984). Un 1984 façon Monty Pythons, sombre, drôle, désespéré, où la machine omniprésente est constamment déréglée, où l’homme doit lui-même devenir fou pour s’y intégrer. A la première vision, ce film monstrueux est une énorme claque, à chaque vision suivante, une multitude de petites claques tant il regorge de détails. « Du sel ? »

Bruce Willis et Brad Pitt dans L'Armée des 12 singes4.     L’Armée des douze singes de Terry Gilliam (1995). Le voyage dans le temps devient une plongée dans un cerveau malade, et quand on découvre le film pour la première fois à 11 ans, on en ressort pas indemne, et tant mieux ! Une scène me fait toujours frissonner : Bruce Willis qui écoute Louis Armstrong dans la voiture, ses yeux remplis de larmes. Evidemment, il faut citer la source d’inspiration de ce film, La Jetée de Chris Marker (1963), film très court mais très grand.

Soleil Vert de Richard Fleischer (1973)5.     Soleil Vert de Richard Fleischer (1973). La description austère et brutale d’un monde surpeuplé, mourant, où les pauvres s’entassent dans les rues et les couloirs, piétinés ; où les manifestants sont collectés comme des ordures ; où les vieux vont au « foyer » pour une dernière vision de la nature disparue, avant de mourir. L'ouverture avec un montage de photographies est extraordinaire, ultra-glaçante...

Sigourney Weaver dans Alien de Ridley Scott (1979)

6.     Alien de Ridley Scott (1979). Un grand frisson, comme si le vide glacial de l’espace pouvait s’infiltrer partout, nous transpercer le ventre à coup de mâchoires… J’aurais pu citer aussi sa première suite, Aliens de James Cameron (1986) qui en est le parfait contrepoint. Les Alien sont des drogues pour moi : l’un me donne envie immédiatement de revoir un autre. J’apprécie aussi beaucoup Alien 3 de David Fincher (1992) et Alien, résurrection de Jean-Pierre Jeunet (1997). Ah ! Sigourney Weaver, toute en féminité et vulnérabilité voilée derrière un regard d'acier...

Terminator 2, le Jugement Dernier de James Cameron (1991)

7.     Terminator 2, le Jugement Dernier de James Cameron (1991). Autant j’adore le premier Terminator de James Cameron (1984) que j’ai vu bien plus tard, autant celui-ci m’obsède depuis mon enfance lorsque j’ai entr’aperçu ses premières images, avec les squelettes des enfants pulvérisés par l’apocalypse nucléaire. Un choc inoubliable, une vision terrifiante, la première fois que j’ai ressenti la possibilité d’une fin du monde.

Orange mecanique de Stanley Kubrick, 1971

8.     Orange mécanique de Stanley Kubrick (1971). Une satire violente jusque dans ses parties les plus lentes, les plus feutrées (et les moins connues), lorsque l’attaque se déplace du danger pour la société (l’inoubliable Alex), à la société elle-même. Un film d’une intelligence redoutable, contrepoint ironique à 2001, l’odyssée de l’espace comme je l’ai montré dans un article.

Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004)

9.     Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry (2004), car c'est un grand film d'amour où la science-fiction permet de sonder la mémoire d'un couple, de remonter jusqu'à cet instant magique où les sentiments s'éveillent et se déploient. C'est un film sur l'origine, sur la limite, ce point où on ne peut aller plus loin, ici une plage enneigée de Montauk où le temps se répète à l'infini, jusqu'à la dissolution dans l'oubli éternel.

Sunshine de Danny Boyle (2007)

10.  Sunshine de Danny Boyle (2007). Je regrette profondément de ne pas l’avoir vu au cinéma. L’espace infini et glacial est représenté magnifiquement, j’ai pu enfin à nouveau, depuis 2001, l’odyssée de l’espace, ressentir l’espace, son immensité insondable, sa puissance magnifique et terrifiante. Qu’importent les légers défauts du film, je ne pourrai pas oublier cette confrontation de quelques hommes avec le soleil. Ce film nous rappelle l’échelle infime de l’homme, mais aussi sa grandeur, son importance incommensurable.

 

J'ai parlé de la plupart de ces films dans mon dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction.

Mais aussi...

J’aurai pu inclure dans ce classement un certain nombre d’autres films de science-fiction, dont Inception de Christopher Nolan (2010) évidemment ; ou encore le puissant Abyss de James Cameron (1989) version longue, sans oublier son Avatar (2009), Ghost in the Shell de Mamoru Oshii (1995), Vidéodrome de David Cronenberg (1983), The Truman Show de Peter Weir (1997), Donnie Darko de Richard Kelly (2000), Bienvenue à Gattaca d'Andrew Nicoll (1997), Dark City d’Alex Proyas (1997) version director’s cut, ou encore Phase IV de Saul Bass (1974) et le magnifique Les Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón (2006).

J’aurai dû citer plusieurs films de Steven Spielberg : Rencontre du Troisième Type (1977), A.I. (2001) qui m’émeut toujours énormément (eh oui, je suis aussi un sentimental) et Minority Report (2002) que je connais presque par cœur pour l’avoir disséqué pour mon mémoire puis mon livre en cours d’écriture sur les adaptations des œuvres de l’écrivain Philip K. Dick. Et comment pourrai-je oublier la saga Star Wars qui, même si elle emprunte énormément de thèmes, de structures et de figures à la fantasy, a donné avec Episode V, L’Empire contre-attaque d’Irvin Kershner (1980) l’un des plus beaux (et des plus divertissant) films sur le danger de la mécanisation de l’homme ? Si ce n’est pas de la science-fiction, ça !… Voir cette partie de mon dossier sur Star Wars.

Je voulais aussi inclure Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis (1989) car plus loin encore que le premier, Robert Zemeckis et le scénariste Bob Gale explorent la thématique du voyage dans le temps avec une virtuosité et un humour irrésistibles. Trois moments vertigineux, magiques : Marty et Doc arrivant dans un 1985 inconnu ; les moments du premier et génial film vus depuis un autre angle par Marty qui s’observe et tente de ne pas interférer avec ce qu’il fait en 1955 pour ne pas disparaître (vous voyez ce que je veux dire ?) ; et Marty voyant Doc disparaître en un éclair et, sous la pluie, recevant une lettre de ce dernier, datée de 1885…

Bon, ce n'est pas grave si ce classement n'est pas parfait, car après tout, ce n'est qu'un jeu avec toutes ses contraites et sa part d'arbitraire ! Mais bon, j'ajoute tout de même une pensée à tous les autres films que j’ai oubliés, ou qui m’ont par brefs instants procuré un sentiment de vertige unique, propre à la SF.

 

Cinéma, littérature et séries de science-fiction

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Science-fiction: littérature, cinéma... - Communauté : Cinéma et culture alternative
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Samedi 8 mai 2010 6 08 /05 /Mai /2010 12:57

Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction Voici la conclusion de mon long dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction, que j'ai écrit en 2005. A noter qu'il est préférable de lire dans l'ordre et depuis le début les articles de ce dossier. Allez pour cela sur la page qui est consacrée au dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction.

 

Terre 2005, terminus. Nous avons terminé notre exploration du cinéma de science-fiction, bien que de nombreux aspects n’aient pas été abordés... J’espère qu’aucun doute ne subsiste désormais quand à l’appellation « nouveaux mythes » appliquée à ces superproductions américaines, qui, nous l’avons vu, ne se résument pas à un simple déluge d’effets spéciaux bêtifiant... Ces films constituent un fond culturel mondial dont on ne peut renier l’importance dans l’imaginaire collectif. Ils sont parvenus à retranscrire les peurs et les espoirs de leur époque, tout en réactualisant des figures et thèmes mythiques traditionnels, créant ainsi une véritable « mythologie créative », dont la dimension intemporelle et universelle est évidente, malgré la contingence qui présida à leur création. Mais n’est-ce pas le cas de toute œuvre, et de tout mythe ?

La mythologie de la Chimère qui, si elle n’est qu’une interprétation de ma part n’en n’est pas moins une constante de l’univers de la science-fiction, est l’expression la plus originale, déroutante et vivace de la portée philosophique, métaphysique, universelle de ces nouveaux mythes. J’espère que la suite de la production cinématographique confirmera et renforcera cette mythologie, qui me semble être le fondement de la science-fiction et de ses multiples réflexions. Mais le genre est suffisamment vaste pour contenir de nombreuses autres conceptions. On ne peut en effet rejeter Star Wars au nom de Blade Runner, ou d’une quelconque autre idée de ce que doit être la science-fiction. C’est pourquoi mon travail n’est que ma vision personnelle, subjective du genre, loin de toute exhaustivité ou théorisation.

La licorne du film Blade Runner de Ridley Scott
Mais la science-fiction possède sa tonalité propre, qui fait son caractère unique. Il serait intéressant de comparer ce genre avec la fantasy, qui est très souvent confondue avec celui-ci. Les développements philosophiques et métaphysiques des nouveaux mythes issus de la fantasy, genre qui a lui aussi une vocation universelle et une dimension mythique, témoigneront sans doute d’une autre vision du monde, leurs postulats de base étant différents, le passé mythique pour la fantasy, l’autre le futur inconnu pour la science-fiction. Mais ces deux genres ont pour  point commun de rendre visible l’imaginaire afin d’en explorer les perspectives inconnues. Ce sont deux chimères, pures créations de l’esprit. Ce sont deux gouffres sans fond où l’on se laisse tomber avec plaisir et effroi...

Bibliographie (sources citées dans le dossier)

Ouvrages divers :

Peter Biskind, Le Nouvel Hollywood, collection « Documents », le cherche midi, Paris, 2002.
Piers Bizony, 2001, le futur selon Kubrick, édition Cahiers du Cinéma, Paris, 2000.

Philip K. Dick, “Hommes, androïdes et machines” (1976), publié dans le recueil Si ce monde vous déplaît... et autres écrits (Anthologie établie et préfacée par Michel Valensi), édition de l’Éclat, 1998. Disponible sur www.chronicart.com

Mircéa Eliade, Aspects du mythe, Paris, NRF/Gallimard,  Coll. « Idées », 1963.
Mary Henderson, Star Wars, la magie du mythe, Presse de la Cité, Paris, 1998.
Jürgen Müller (sous la direction de), Films des années 70, Taschen, 2003.
Jürgen Müller (sous la direction de), Films des années 80, Taschen, 2003.

Romans :

Philip K. Dick, Ubik, collection 10/18, 1999.
Philip K. Dick, Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, réédité sous le titre Blade Runner, J’ai lu SF, 2000.
       

Revues :

L’Express, le magazine, spécial festival de Cannes, n°2549, du 11 au 17 mai 2000.

Interview de Stanley Kubrick parue dans le magazine Playboy en 1968, disponible sur http://sfstory.free.fr

Article de Joseph Gelmis sur 2001, l'odyssée de l'espace, paru dans le magazine Newsday du 4 Juin 1968, disponible sur http://sfstory.free.fr

DVD :

Commentaire audio de L’Empire contre-attaque (DVD Twentieth Century Fox/Lucas Film).
Commentaire audio du Retour du Jedi (DVD Twentieth Century Fox/Lucas Film).

Sommaire de ce dossier :

N.B. : il y a parfois deux sous parties dans un seul article

Introduction (article 1)

 

I. Pourquoi peut-on parler de « nouveaux mythes » ?


1)    Une culture orale et visuelle de masse (article 2)

2)    Appropriation et détournement des figures et thèmes mythiques (article 2)

3)    Vision du futur : vision universelle ? (article 3)

4)    L’Origine du monde (article 3)


II. Aux sources de ces nouveaux mythes.


1)    « La mythologie créative » et le temps présent
(article 4)

2)    La Guerre Froide et « le règne de la quantité » (article 4)

3)    La recherche d’une nouvelle frontière et le retour à l’Âge d’Or (article 5)

4)    Mort de l’innocence : le réveil (article 6)


III. Mythologie de la Chimère.


1)    Réalité et dokos
(article 7)

2)    Le Jugement Premier et l’Élu (article 8)

3)    L’Autre et le Moi : la quête d’humanité (article 9)

4)    Dieu : la Chimère ? (article 10)


Conclusion et bibliographie (article 11)

 

 

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Cinéma, littérature et séries de science-fiction

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Science-fiction: littérature, cinéma... - Communauté : Temps X
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Samedi 8 mai 2010 6 08 /05 /Mai /2010 12:40

Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction Cet article fait partie du dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction, que j'ai écrit en 2005. Vous pouvez lire cet article séparément, mais il est préférable de lire dans l'ordre et depuis le début les articles de ce dossier. Allez pour cela sur la page qui est consacrée au dossier Les nouveaux mythes du cinéma de science-fiction. A noter que lorsque j'ai écrit ces pages, Star Wars, Episode III, La Revanche des Siths (George Lucas, 2005) n'était pas encore sorti, ce qui explique son absence. Mais j'étudie Star Wars, Episode III dans mon dossier Star Wars, le corps et la machine.

Dieu : la Chimère ?

Nous allons dans cette dernière sous-partie nous attaquer à ce qui peut être la Chimère ultime : Dieu. En effet, quelle est la place de celui-ci au sein de la mythologie que nous développons, dans la mesure où nous avons vu précédemment que le sacré avait cédé place au matérialisme scientifique, le « croire » remplaçant le « savoir » ? Comment la science-fiction peut-elle à la fois être fidèle à la science et acquérir la dimension de mythe par l’irruption du sacré qui le caractérise, comme l’a montré Mircéa Éliade ? Celui-ci écrit en effet : « Les mythes révèlent donc leur activité créatrice et dévoilent la sacralité (ou simplement la "sur-naturalité") de leurs œuvres. En somme, les mythes décrivent les diverses, et parfois dramatiques, irruptions du sacré (ou du "sur-naturel") dans le Monde. C'est cette irruption du sacré qui fonde réellement le Monde et qui le fait tel qu'il est aujourd'hui. » (Mircéa Eliade, Aspects du mythe, Paris, NRF/Gallimard, 1963, Coll. « Idées », p. 15.) Rechercher l’Origine, c’est rechercher Dieu.

Prendre conscience de l'univers

« Par "monde" nous n'entendons rien de moins ni rien de plus que l'Esprit - l'Esprit immanent - qui pense - ou plutôt rêve - le monde.  » déclare Philip K. Dick (Philip K. Dick “Hommes, androïdes et machines”, in Si ce monde vous déplaît... et autres écrits, Edition de l’Éclat, 1998). Cet Esprit immanent peut ainsi être nommé Dieu. Edward Hussey écrit dans son ouvrage Les Présocratiques : « Si Dieu est toute chose, alors il est sûr que les apparences sont trompeuses ; et bien que l'observation du cosmos puisse révéler certaines généralisations et spéculations quant aux projets de Dieu, on ne peut en prendre pleinement connaissance qu'à travers un contact direct avec l'Esprit de Dieu. » (Cité par Philip K. Dick, ibid). Le dernier voyage de Dave Bowman à la fin 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968) est la plus fascinante illustration de cet accès à la Connaissance par la vision de l’univers et le « contact direct avec l’Esprit de Dieu ». La porte des étoiles mène à « au-delà de l’infini », c’est-à-dire ce qu’il y a derrière les limites de l’univers, par-delà le dokos, c'est-à-dire le monde comme illusion, de l’autre côté du miroir... Comme nous l’avons évoqué précédemment, voir c’est prendre conscience. Ceci est explicité par les sonorités identiques des mots anglais eye (l’œil) et I (je). Le voir conduit au savoir, et donc au Moi. Ci-dessous, l'être artificiel Roy Batty (Rutger Hauer) raconte les beautés (divines?) de l'univers à la fin de Blade Runner de Ridley Scott (1982).

Roy Batty (Rutger Hauer) raconte les beautés de l'univers dans Blade Runner

Le monologue de Roy Batty, à la fin de Blade Runner, exprime cette conception d’une prise de conscience par la vision comme fondement de notre humanité.  Cet androïde surhomme évoque la grandeur et la beauté de l’univers infini. « J’ai vu tant de choses que vous humains ne pouvez pas voir, dit-il à Deckard. J’ai vu des vaisseaux en feu au-dessus de l’épaule d’Orion... J’ai vu des rayons fabuleux au-delà de la porte de Tannhäuser... Tous ces instants se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie... » (EDIT : Je précise que j'ai analysé plus tard ce passage fameux dans l'article De 2001, l'odyssée de l'espace à Blade Runner : des étoiles au cinéma ).

Sa capacité à percevoir la Beauté témoigne de sa volonté d’être humain d’accéder à l’Idéal, c’est-à-dire à Dieu. La recherche de ce dernier est le produit de cette chimère appelée humanité, qui dépasse les classifications ontologiques. Toute créature veut rencontrer son Créateur, comme Batty veut avoir un entretien avec Tyrell, le généticien qui l’a conçu, afin de percer les mystères de la création, vie et mort.

Dieu est-il mort ?

Batty veut connaître sa « date de mise en service » car il a conscience de sa mort prochaine... C’est là l’unique savoir absolu de l’humanité... « Non ! Pas maintenant... » répète-t-il tout au long du film, avant de se planter un clou dans la main qui se ferme, afin de raviver ses sensations. Pourquoi  mourir ?... Telle est la question éternelle de tout être qui se sait mortel. Il veut percer les secrets de sa création afin de comprendre ce qui fait de lui un être fini, en opposition à Dieu. « Je veux plus de vie. » déclare Batty à Tyrell. Autrement dit il demande à être l’égal de son Créateur... Celui-ci refuse, car s’il est la perfection alors ses créations ne peuvent l’être. Or l’imperfection est synonyme de finitude, de matière et donc de mort. Face à ce refus, Batty tue Tyrell. Ce meurtre parricide et déicide de Blade Runner est comparable à celui opéré par le matérialisme scientifique avec le rejet de tout ce qui n’est pas de l’ordre du savoir. Ce fut la revanche de la Matière sur l’Esprit, de la finitude sur l’infinitude. Dès lors, Dieu est mort.

Roy Batty va tuer son créateur Tyrell dans Blade RunnerPourtant l’ombre divine plane toujours, chimère insaisissable, inconnue de l’équation qui permit la création de cet univers scientifiquement et mathématiquement rationnel. Comment peut-on en effet se satisfaire des réponses données par la science ? C’est 2001, l’odyssée de l’espace qui exprima le mieux le sentiment d’absence de son époque, qui ne nous a pas quitté, et le désir de renouer avec le divin et le sacré. Le monolithe noir est la représentation visible de cette inconnue mathématique, la pièce manquante dans la compréhension de l’univers, et la preuve de l’existence de Dieu. Kubrick déclare en effet : « Il y a une tonalité religieuse dans le film qui se retrouve dans la quête par l'humanité d'une rencontre avec un être supérieur. » (Newsday du 4 Juin 1968). Les irruptions du monolithe, sublimées par les chœurs atonaux de György Ligeti, renvoient à la définition du mythe par Mircéa Éliade comme œuvre qui dévoile la sacralité qui fonde notre monde. George Lucas, avec sa « Force » dans sa saga Star Wars, exprime également cette conception, qui se heurte au matérialisme scientifique propre à la science-fiction. Mais Kubrick, à la différence de Lucas, tente à travers 2001, l’odyssée de l’espace une approche rationnelle du divin, ce qui semble paradoxal. Mais nous avons vu précédemment, à travers la figure de l’Élu, que cette transformation du sacré en savoir caractérise cette mythologie de la Chimère.

« Une définition de Dieu parfaitement scientifique » (Stanley Kubrick)

Ainsi, de même que George Lucas a relativisé la vision que nous pouvons avoir du futur, en représentant un univers futuriste situé dans le passé, Stanley Kubrick avec 2001, l’odyssée de l’espace a poussé ce relativisme à l’extrême, ce qui nous apparaît être divin n’étant que les manifestations d’un savoir infiniment supérieur au nôtre. Il déclare : « Tout ce qui est au-delà de l'entendement humain semble magique. » (ibid). Je souligne le mot « semble » car il indique la relativité de notre connaissance. Ce qui nous apparaît être « magique », donc relevant du sacré, n’est pas pour autant irrationnel. Voici ce que dit Kubrick à propos de ces extraterrestres : « Ces êtres auraient probablement des pouvoirs incompréhensibles. Ils pourraient être en communication télépathique à travers l'univers entier. Ils pourraient avoir la capacité de façonner les événements d'une façon qui nous semble divine. Ils pourraient même représenter une sorte de conscience immortelle qui fasse partie de l'univers. » (ibid). Ainsi il s’agit uniquement de science et de technologie. Nous croyons à l’existence du sacré car sommes ignorants : « Quand vous commencez à vous intéresser à ce genre de sujet, les implications religieuses sont inévitables, parce que tous ces caractères sont ceux que l'on attribue à Dieu. » (ibid). Kubrick insiste ici sur l’obligation de ne pas considérer l’univers de manière anthropocentrique, et de ne pas considérer l’homme comme le sommet de l’évolution. Il conclue avec cette déclaration qui résume à elle seule la métaphysique matérialiste et positiviste de cette mythologie de la Chimère : « Ainsi voilà donc, si vous le voulez, une définition de Dieu parfaitement scientifique. »

Le monolithe noir mystérieux de 2001, l'odyssée de l'espaceLa science-fiction a affirmé l’existence de Dieu par sa matérialisation, ce qui, nous l’avons vu, signifie sa mort. Il est devenu matière, et surtout produit du savoir. Robert Pirsig écrit en évoquant la fin du « règne de la quantité » : « L’homme a recouvré ses pouvoirs et peut contrôler la technologie. La technologie prend alors une signification d’évolution spirituelle. Elle abandonne son rôle de dieu cruel de la destruction pour se métamorphoser en véhicule de spiritualisation. » (Cité par Mary Henderson in Star Wars, la magie du mythe, Presse de la Cité, Paris, 1998, p. 152). Cette conception est la réactualisation du positivisme de la fin du XIXème siècle qui voyant dans le progrès le moteur de l’élévation de l’homme. Ce dernier aspire ainsi, par le développement de sa technologie, à égaler ces êtres supérieurs qui composent « l’Esprit Immanent ». La capacité de ces êtres à modeler l’espace-temps en fait les créateurs du dokos. Dans 2001, l’odyssée de l’espace, ces êtres supérieurs qui conduisent l’homme vers son accomplissement, par l’irruption des monolithes noirs. Le premier est apparu aux homme-singes afin de leur inspirer la découverte de la technologie (des armes surtout...). Le deuxième a été découvert enterré sur la lune, c’est la sentinelle qui signale que les hommes sont capable d’aller sur la lune, et au-delà, dans la direction des ondes radio que le monolithe émet, afin de montrer le chemin aux hommes. Le troisième, en orbite autour de Jupiter est la porte de la connaissance, qui conduit à l’univers mental hors du temps (la chambre d’hôtel) où mourra l’homme Dave Bowman, face au quatrième monolithe, avant de renaître sous la forme d’ « Enfant des Étoiles ». Il devient lui aussi un être supérieur, capable de composer l’Esprit Immanent. Philip K. Dick écrit à propos de la conception de cet Esprit : « L'univers spatio-temporel abrite Dieu, mais ne fait pas partie de son corps: Dieu est seulement un vaste champ de coordonnées ou d'énergie. » (Philip K. Dick, "Hommes, machines et androïdes", op. cit.). Ainsi Dave Bowman, en devenant surhomme, parvient à intégrer son esprit à ce champ d’énergie afin de faire partie de ce grand Tout que nous nommons Dieu (ci-dessous, il revient vers la Terre sous forme d'enfant des étoiles à la fin de 2001, l’odyssée de l’espace). Ce serait là le but ultime de l’évolution de l’humanité.

Dave Bowman, enfant des étoiles, revient vers la Terre dans 2001, l'odyssée de l'espace

Dieu, la totalité de nos esprits?

Ainsi Dieu est la somme de nos esprits devenus supérieurs grâce au progrès, et non une entité inaccessible. Il appartient aux hommes (au sens large) de participer à cette conscience collective, que Philip K. Dick nomme « noösphère » et qui, selon lui, est composée de nos esprits entrant en interaction par télépathie, à l’image de la Force de Star Wars : « Supposons (et nous n'aurions pas tort) que nos esprits soient des champs d'énergie d'une certaine sorte, et que nous soyons fondamentalement des champs interactifs plutôt que des particules discrètes : alors aucun problème théorique n'empêcherait de saisir une telle interaction entre les milliards de circuits cérébraux qui émanent de la noösphère et se réorganisent encore et toujours. » (ibid). Dick considère ainsi Dieu comme une création de notre esprit collectif, fruit de notre inconscient, que Dick situe dans l’hémisphère gauche de notre cerveau  : « Chacun de nous participe donc du cosmos - à condition d'écouter nos rêves. » (ibid). L’homme doit ainsi considérer son inconscient comme une porte vers l’élévation de l’esprit hors du monde illusoire du dokos, et non comme un simple espace mental dénué de réalité puisque, comme nous l’avons vu, la réalité est l’espace de l’Esprit Immanent qui « rêve » le monde. On comprend ainsi pourquoi le passeur vers la réalité se nomme Morpheus dans Matrix de Andy et Larry Wachowski (1999), c’est-à-dire le sommeil. L’inconscient est ainsi, selon cette conception, une source de savoir menant à la spiritualité.

Morpheus (Lawrence Fishburne) dans Matrix des frères WachowskiPhilip K. Dick poursuit : « Ce sont nos rêves qui nous transforment de machine en être humain à part entière. » (ibid). Ainsi l’inconscient est le fondement de l’humanité, comme dans A.I. de Steven Spielberg (2001), par la possibilité offerte d’être un esprit libre, capable de s’élever au-delà de la contingence de la matière afin d’accéder à l’universalité, à l’infini de l’Esprit Immanent. Pour cela, comme nous l’avons vu, l’homme doit mourir, se réveiller, pour renaître. La fin du 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick est la parfaite représentation de la mort de l’homme dans le monde du dokos, la chambre d’hôtel illusoire, avant qu’il deviennent Esprit et plonge dans l’infini du cosmos, comme Dick l’écrit ici : « Nous nous déploierons vers l'extérieur, prenant notre envol comme un champ d'ions négatifs (telle l'entité Ubik de mon roman éponyme): étant la vie et donnant la vie, mais sans jamais nous définir, car aucun nom, désormais, ne peut nous être donné. » (ibid). Dieu n’a pas de nom car il est Tout, création des Esprits, donc Chimère. Mais paradoxalement, l’homme, en faisant partie de cet Esprit Immanent, participe à la conservation du dokos puisque celui-ci est le produit de cet Esprit. Il s’agit donc d’un cercle sans fin, à l’image de la réalité « poupée russe » que nous avons évoquée précédemment. Ainsi le libérateur devient maître, en attendant que quelqu’un vienne le tuer. Cette conception de Dieu témoigne ainsi de l’héritage profond de la pensée scientifique positiviste et évolutionniste du XIXème siècle, et permet de réactualiser la figure de Dieu dans le cadre du matérialisme scientifique.

Dave Bowman est revenu sur Terre, à la fin de 2001, l’odyssée de l’espace, sous la forme d'un enfant des étoiles, mais est-il pour autant devenu Dieu? La Chimère est l'objet de toutes les quêtes, inconnue du mystère de la "Création". Tout insaisissable, Origine et Fin, création de l’esprit humain en quête d’un idéal qui n’existe que dans ses rêves... Je conclurai cette exploration de la mythologie de la Chimère sur cet extrait du roman Ubik de Philip K. Dick :

Je suis Ubik.
Avant que l'univers soit, je suis.
J'ai fait les soleils.
J'ai fait les mondes.
J'ai créé les êtres vivants et les lieux qu'ils habitent;
Je les y ai transportés, je les y ai placés.
Ils vont où je veux, ils font ce que je dis.
Je suis le mot et mon nom n'est jamais prononcé,
Le nom qui n'est connu de personne.
Je suis appelé Ubik, mais ce n'est pas mon nom.
Je suis.
Je serai toujours.

 

 

 

Sommaire de ce dossier :

N.B. : il y a parfois deux sous parties dans un seul article

Introduction (article 1)

 

I. Pourquoi peut-on parler de « nouveaux mythes » ?


1)    Une culture orale et visuelle de masse (article 2)

2)    Appropriation et détournement des figures et thèmes mythiques (article 2)

3)    Vision du futur : vision universelle ? (article 3)

4)    L’Origine du monde (article 3)


II. Aux sources de ces nouveaux mythes.


1)    « La mythologie créative » et le temps présent
(article 4)

2)    La Guerre Froide et « le règne de la quantité » (article 4)

3)    La recherche d’une nouvelle frontière et le retour à l’Âge d’Or (article 5)

4)    Mort de l’innocence : le réveil (article 6)


III. Mythologie de la Chimère.


1)    Réalité et dokos
(article 7)

2)    Le Jugement Premier et l’Élu (article 8)

3)    L’Autre et le Moi : la quête d’humanité (article 9)

4)    Dieu : la Chimère ? (article 10)


Conclusion et bibliographie (article 11)

 

 

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Cinéma, littérature et séries de science-fiction

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Science-fiction: littérature, cinéma... - Communauté : Temps X
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L'auteur du blog

Je suis Jérémy Zucchi, né en 1986. Diplômé de Master d'études cinématographiques et audiovisuelles à l'Université Lumière Lyon-2 en 2009. Je prépare un essai sur l'esthétique des oeuvres de l'écrivain de science-fiction Philip K. Dick et de leurs adaptations. Je suis graphiste et réalisateur/monteur de films. Je réalise des films de fiction et documentaire, mais aussi des captations et autres films de commande. Je collabore avec les artistes Patricia & Marie-France Martin comme monteur et graphiste. En 2004, j'ai obtenu le Premier Prix au Concours Général des Lycées en Arts Plastiques. Pour plus d'info, voir mon CV

 

 

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