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Philip K. Dick et le cinéma

Mercredi 27 février 2013 3 27 /02 /Fév /2013 11:10

Philip K. Dick et son chatAvis aux dickiens de Bretagne et d'ailleurs ! Le 16 mars à 17h aura lieu une table-ronde sur Philip K. Dick dans le cadre de la 6ème édition du festival Rue des Livres de Rennes. Voici la présentation de cette table-ronde :


Cette table ronde se propose d’aborder l’œuvre et la personnalité de Philip K. Dick en suivant deux pistes distinctes. D’une part, nous tenterons de mettre en rapport certains thèmes récurrents de l’œuvre du romancier (le simulacre, la question de l’humanité, le rapport à la technologie) avec quelques uns des grands enjeux de ce début de siècle : le pouvoir de l’image, la communication, l’information, etc. D’autre part, nous aborderons la question de la mise en images des œuvres de Dick, notamment à travers les diverses adaptations de ses nouvelles ou romans au cinéma.

 

Elle sera animée par Erwan Cadoret (par ailleurs spécialiste de l'oeuvre de Terry Gilliam) avec le spécialiste dickien Etienne Barillier, auteur notamment du Petit Guide à trimbaler de Philip K. Dick, et l'enseignant chercheur en littérature américaine Florian Treguer. J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai été invité par l'Institut Franco-Américain et Clair Obscur à participer à cette table-ronde, en particulier pour parler des adaptations des oeuvres de Philip K. Dick au cinéma, et de son influence sur des films tels que   Inception, The Truman Show, Pleasantville, Southland Tales, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, voire Matrix.

Cycle de projections de films adaptés de Philip K. Dick

Cette table-ronde s'inscrit justement dans le cadre d'une série de projections de films adaptés de nouvelles de Philip K. Dick (le très beau  Minority Report, le toujours fascinant  Total Recall, le très mauvais et cynique Paychek , ainsi que L'Agence plutôt sympathique), mais aussi l'une des rares adaptations d'un de ses romans, et quel film puisqu'il s'agit du superbe et cauchemardesque Blade Runner. Je vous invite aussi à voir le très intéressant documentaire deThomas Cazals, Adickted, dans lequel de nombreux artistes évoquent leur rapport à l'oeuvre de Philip K. Dick, en particulier le designer Philippe Starck.


Lundi 11 mars : 18h30, Minority Report, projection-débat au Cinéville, avec Clair Obscur.

 Mardi 12 mars : 20h30, Blade Runner, projection-débat au Cinéville, avec Clair-Obscur.

 

Jeudi 14 mars : 20h, Total Recall, puis débat à l’Institut franco-américain, avec Clair Obscur.

Samedi 16 mars :

  • 17h, table ronde autour de Philip K. Dick, à la salle Guy Ropartz sur le festival.
  • 20h15, projection du documentaire Adickted de Thomas Cazals, au Dahlia Noir.
  • 21h15, rencontre et dédicace avec Etienne Barillier, au Dahlia Noir.

Lundi 18 mars : 18h30, Paycheck, projection-débat au Cinéville, avec Clair-Obscur.

Mardi 19 mars : 20h30, L’Agence, projection-débat au Cinéville, avec Clair-Obscur.

 

En partenariat avec Clair Obscur et l’institut Franco-Américain.

Retrouvez tout le programme sur le site du festival Rue des Livres

Renseignements sur les projections sur le site de l'Institut Franco américain de Rennes

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

 

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Vendredi 15 juin 2012 5 15 /06 /Juin /2012 19:00

2012 est vraiment l’année de Philip K. Dick, car voici un autre petit livre consacré à l’écrivain, très différent de l’essai d’Aurélien Lemant Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique que j’ai chroniqué précédemment. Si ce dernier est une réflexion qui affirme sa subjectivité, Le Petit guide à trimbaler de Philip K. Dick est en revanche purement factuel, ce qui ne le rend pas inintéressant, au contraire, mais complémentaire. Chroniqueur de l’actualité dickienne sur son blog dickien.fr, Etienne Barillier fait partager sa passion de l’écrivain et sa connaissance parfaite de l’œuvre à tous ceux qui veulent avoir en main une encyclopédie condensée de l’œuvre de Philip K. Dick. Ce n’est pas rien étant donnée la richesse de cette œuvre, qui a de quoi déranger plus d’un essayiste, moi y compris qui me démène pour structurer les centaines de pages que j’y ai consacré, pour un essai sur l’esthétique dickienne à venir. En connaissance de cause, je ne peux que saluer le travail d’Etienne Barillier, qui a su condenser clairement le parcours de l’écrivain et les enjeux de ses œuvres, ce qui est indispensable pour que de nouveaux lecteurs ne se perdent pas trop dans l’œuvre vertigineuse qu’ils découvrent. Car il faut défricher le terrain pour que d’autres l’explorent et aillent encore plus loin.

Etienne Barillier, Le Petit guide à trimbaler de Philip K. Dick

Une encyclopédie de poche sur Philip K. Dick

Bien sûr, on peut regretter à juste titre le manque d’analyse, ou préférer la lectures des biographies de Laurence Sutin, Emmanuel Carrère ou Anne R. Dick, mais aucun livre jusqu’alors n’avait en français proposé de rassembler les informations essentielles sur la vie et l’œuvre de Philip K. Dick : les résumés de ses œuvres et de leur genèse ; les principaux événements de sa vie, les principales questions que l’on se pose sur l’écrivain (était-il fou ?) auxquelles l’auteur répond de manière concise mais très juste ; ou encore son héritage musical, théâtral et bien sûr cinématographique de son œuvre. Sur ce dernier point, si chaque adaptation officielle est assez bien développée, les films dickiens (inspirés de Dick) sont trop brièvement adaptés, mais ces limites sont celles de toutes les tentatives de condensation d’une trop grande quantité d’information. Je crois qu’il ne faut pas voir en ce livre autre chose que ce que son titre annonce, un petit guide à trimbaler dans la rue et dans les récits dickiens, à consulter  en librairie pour savoir à quel sauce le livre de Dick que vous allez acheter va vous manger, ou lorsqu’on a un doute sur une date de publication, et surtout pour le plaisir, pour piocher des anecdotes et ouvrir la porte à de nombreuses réflexions. C’est un livre à trimbaler et à picorer.

Il y a quelques semaines j’étais à la conférence donnée à Lyon par Etienne Barillier, venu présenté aux côtés de Laurent Queyssi son livre. En plus de rencontrer ces deux dickiens émérites, j’ai eu le plaisir de rencontrer Gilles Goullet, créateur du  ParaDick, véritable encyclopédie en ligne depuis 1996. Ce n’est pas seulement la passion ou l’amitié qui semble le lier à Etienne Barillier, mais une même volonté de rendre compte exhaustivement des faits qui font la vie et l’œuvre d’un écrivain essentiel du XXe siècle. Aux lecteurs de Philip K. Dick qui ne peuvent pas consulter le ParaDick sur leur smartphone ou leur iPad, Etienne Barillier vous propose son équivalent de poche, sur du bon vieux papier dans un petit format carré surprenant, mais assez élégant, avec en plus une très belle couverture d’Alexandre Bourgeois.  Le ParaDick n’est malheureusement plus mise à jour depuis 2006, comme nos vieux livres de papier, comme ce Petit guide à trimbaler de Philip K. Dick qui est promis à devenir un objet daté, mais bon, quoi de plus satisfaisant pour un fan d’Ubik ? Et puis la plupart des faits qu’il contient lui feront échapper à la désuétude, comme ce vieux site Internet dont la richesse impressionnante rend son exploration indispensable.

 

Etienne Barillier, Le Petit guide à trimbaler de Philip K. Dick, Éditions Actu SF, Collection « Les Trois Souhaits », Chambéry, 2012, 181 pages, 6 Euros, à commander sur le site d'Actu SF.

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Jeudi 14 juin 2012 4 14 /06 /Juin /2012 22:08

« Toute prise de parole devrait être l’expression artistique d’une vérité, et toute œuvre d’art le compte-rendu d’un rêve, écrit Aurélien Lemant. Dick n’écrivait pas de romans, il rédigeait des rapports. » (p. 36) Qui lira les mémoires de celui est considéré comme fou, sinon celles du professeur Schreber ? Qui prendra le temps de l’écouter, sinon un psychiatre ? À moins peut-être que ces mémoires ne prennent la forme de récits de science-fiction… L’écrivain de science-fiction a la liberté de développer un élément contemporain jusqu’à des dimensions parfois à peine effleurées jusque-là, mettant à jour dans le présent les projections cauchemardesques que l’ont pensait réservées au futur. C’est la frontière entre la subjectivité et les faits dits réels qui est brisée dans les œuvres de Philip K. Dick (auteur d’Ubik, Blade Runner, Substance Mort ou Le Maître du haut-château), mais aussi dans ce court essai sur son œuvre, très stimulant, où l’auteur n’hésites pas à explorer publiquement des recoins étrangement sombres de son inconscient, d’en écrire les rapports. C’est avec raison qu’Aurélien Lemant a décidé d’aborder l’œuvre de Philip K. Dick par le biais du rêve, ce qui lui permet d’aborder les thématiques de l’écrivain, en particulier le rapport au réel, d’une manière assez intime, en laissant un peu pénétrer dans les recoins de son esprit. Mais avant tout, je vous invite à regarder la bande-annonce de l'essai Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique d'Aurélien Lemant, pour vous mettre un peu dans l'ambiance :

 

 

 L’auteur, qui est comédien, a écrit ce livre en très peu de temps, en de longues séances nocturnes, peut-être pour être plus près de cet état où le manque de sommeil et l’adrénaline se rejoignent pour donner naissance à des œuvres foisonnantes comme des rêves, telles celles de Philip K. Dick. Comme il l’a dit avec humour lors de notre table-ronde à Lyon, le 2 avril 2012 en compagnie de Pacôme Thiellement, il commençait à ressembler à son sujet d’étude après tant de nuits d’écriture et à cause de sa barbe grandissante !  Ce qui m’a beaucoup touché dans Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique, c’est cette mise en danger de celui qui décide d’écrire sur Philip K. Dick, et c’est ce qui m’a incité à affirmer ma propre présence dans le livre que je suis en train d’écrire sur l’esthétique dickienne. La grande qualité de ce livre est d’aborder de manière incomplète mais passionnante l’œuvre de l’écrivain de science-fiction de manière condensée, comme une plongée en apnée qui peut se lire d’une traite, le lecteur devant accepter de s’ouvrir à une certaine incertitude tout comme l’auteur a tenté de retranscrire les associations d’idées nées de cette œuvre foisonnante.

Aurelien Lemant, auteur de Traum : Philip K. Dick, le martyr oniriqueQuelle direction artistique pour les rêves dickiens?

Pour écrire moi-même sur Philip K. Dick, je ne peux que saluer cette volonté d’aborder cette œuvre foisonnante d’une manière si condensée, avec en lui-même la certitude de ne pouvoir révéler le secret qui serait au cœur des œuvres de l’écrivain ou de sa pensée. Car le livre commence en effet par ces mots : « On ne peut communiquer une idée, mais on peut produire un effet » écrit avec justesse Aurélien Lemant (p. 7). Les récits de Dick nous laissent penser que l’écrivain avec renoncé à la tentative de communication ses idées pour mettre en jeu tous les procédés en sa possession afin de produire un effet sur le lecteur. Mais attention, il ne faut pas croire qu’il s’agit pour Aurélien Lemant de fuir tout raisonnement rigoureux, loin de là, car si son essai passe des romans et nouvelles de l’écrivain à Strawberry Fieldsdes Beatles en passant par Inception (Christopher Nolan, 2010) et l’omniprésence de Marion Cotillard et de Mélanie Laurent, les fils qui relient chacun de ces îlots sont bel et bien présents et reliés à Philip K. Dick. L’essai d’Aurélien Lemant nous rappelle que, comme toute pensée, l’œuvre dickienne est un archipel, non un continent bien qu’elle semble s’imposer tout d’abord comme un immense bloc étanche.

Selon Aurélien Lemant, le grand rêveur est « celui qui prend sa destinée onirique en main, celui qui décide non pas de l’aboutissement de son rêve, mais de la direction que celui-ci prendra. La direction artistique. » (p. 15) Pour moi, c’est ce que je montrerai dans l’essai que je suis en train d’écrire, cette direction artistique est clairement baroque, qui s’oppose à l’art classique qui produit un « effet intellectuel qui est lié à l’ordre, à la simplicité », comme l’écrit Édouard Pommier (Les soleils du baroque, Rencontre de Porto, 1993, Paris, Éditeurs Les Éditions de Paris et L’Union Latine, Collection « Essais et documents », 2002, p. 19). Si tous les styles artistiques ne peuvent que « produire un effet », ils peuvent en revanche se distinguer, entre autres critères, par leur aspiration à la communication de l’idée ou par leur tendance à la production de l’effet. Les styles pourraient se situer entre ces deux pôles. La « géométrie » du classicisme doit ainsi être comprise comme la figure se distinguant parfaitement du fond, les formes ne débordant pas les unes sur les autres de crainte que le nécessaire soit noyé par le superflu. Au grand dam des tenants du classicisme, les formes tumultueuses et superposées du baroque nuisent en revanche à l’effet intellectuel pour privilégier l’effet sensitif. Or, il nous semble que les œuvres de Philip K. Dick, malgré la richesse de leurs réflexions, ne sont guère éloignées de cette tendance baroque à tout mêler : un roman tel que Simulacres, par exemple, s’imprime en notre esprit pour une certaine durée sans que nous puissions en dégager avec certitude un sens. Le récit ne se synthétise pas en un message, une idée, mais fait jaillir en nous la réflexion.

Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique (Aurélien Lemant, 2012)Quand les portes se révèlent être des trous noirs...

On peut bien sûr reprocher à Aurélien Lemant d’enfoncer des portes ouvertes, comme lorsqu’il écrit ceci :

Dick avait découvert que nous étions les manipulateurs de nos propres illusions, que les responsables en charge de la vie sur Terre avaient fini par croire en leur propre spectacle, tels des dieux fatigués. Fils de cette découverte et de sa publication fragmentée, un doute exponentiel devait venir retourner chaque galet, chaque grain de riz dans le cœur des habitants de cette petite planète paranoïaque, afin non seulement de voir ce qui gisait en dessous, mais encore de vérifier la face cachée de l’objet ainsi remué, éprouver la tridimensionnalité de la représentation, se pincer la chair non pour sortir du rêve, mais pour participer à celui-ci. (p. 9)

Mais Aurélien Lemant ne fait pas seulement que décrire ce que chaque lecteur des œuvres de Philip K. Dick peut se dire lui-même, il permet de prendre conscience que c’est l’évidence même qui est au cœur de ses œuvres, cette évidence qui nous fait oublier à quelle point l’existence est précieuse et que la différence entre ce que nous savons et ce que nous croyons savoir est extrêmement poreuse, que cette frontière peut être retournée comme un gant. « Quand il profère que « la réalité est ce qui, quand vous cessez d’y croire, refuse de s’en aller », Philip K. Dick ne fait que décrire la sensation ahurie de l’homme au réveil : celui-ci ne croit pas à ce qu’il voit, et ne saisit pas pourquoi, une miliseconde plus tôt, il chutait dans le ciel, pilotait un hovercraft ou éjaculait dans sa bonne amie. Je doute, donc je rêve est le credo (le dubito, devrais-je dire) dickien. Mais sait-on jamais quand on rêve ? » (pp. 9-10) Aurélien Lemant enfonce les mêmes portes ouvertes que celles qu’ouvrait si bien Philip K. Dick dans ses œuvres qu’elles devenaient des trous noirs aspirant toute certitude.

L’auteur de Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique écrit que « le doute dickien fonctionne à l’inverse de son prédécesseur cartésien : en lieu et place d’une authentification de l’existence, il génère de l’incertitude qui produit et reproduit de l’étrangeté, laquelle augmente le doute et ainsi de suite. » (p. 9) Les effets de réel permettent aux rêves de l’écrivain de s’ancrer dans notre imagination, comme une réalité sensible qui se crée en nous et se superpose à notre réalité quotidienne. Comme l’écrit si justement Aurélien Lemant, le livre est un « parasite », il se nourrit de ses lecteurs et les habite, et se transmet comme un virus à leurs proches comme le roman uchronique La Sauterelle pèse lourd passe de personnage en personnage dans Le Maître du haut-château, répandant l’incertitude, qui n’est autre que l’atroce mais salutaire certitude que leur monde est fictif. Philip K. Dick m’a moi-même poussé à dévoiler des aspects de moi-mêmes, de mes incertitudes, comme Aurélien Lemant à écrire sur ses rêves dans son essai ― quoi de plus normal puisque les personnages dickiens ne cessent d’analyser la fiction qu’ils vivent ? « Soyons-en sûrs, le livre n’est pas un interface, ni support de télécommunication ni cordon ombilical, écrit avec justesse Aurélien Lemant. Il est un hôte. Un hôte ubiquitaire, métempsychotique, un hôte présent dans plusieurs organismes à la fois : un parasite. Et c’est ce que ce parasite pond en nous, ce qui advient de sa ponte, qui m’intéresse ici. » (p. 8) Ce petit livre est foisonnant, sans doute imparfait, monstrueux. En un mot : dickien.

Aurélien Lemant, Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique, Éditions Le Feu Sacré, Lyon, 2012, 112 pages, 10 Euros. A commander sur le site du Feu Sacré (avec 1 Euro de frais de port seulement) ou sur Amazon.

Vous pouvez lire aussi la critique par Cachou de Traum : Philip K. Dick, le martyr onirique

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Jeudi 15 mars 2012 4 15 /03 /Mars /2012 11:16

Hallucinations Collectives 2012

En tant qu'auteur d'un futur essai sur l'esthétique des oeuvres de Philip K. Dick, c'est avec plaisir que j'animerai la table-ronde consacrée à l'écrivain dans le cadre du festival  Hallucinations Collectives 2012 à Lyon.

L'association Zone Bis a eu l'excellente idée de vous concocter une petite rétrospective dickienne, pour le moins originale, L'Ombre de Philip K. Dick. Après un "concerto ubikien" par Richard Pinhas & Noël Akchote + 2080 le 1er avril, Pacôme Thiellement (essayiste, vidéaste, chroniqueur à France Culture) et Aurélien Lemant (essayiste, dramaturge et comédien) seront invités le 2 avril à débattre sur le thème de "Philip K. Dick : la carte est le territoire".

Nous aborderons tous les trois le rapport de l'écrivain à l'écriture, qui l'a directement mené à ses récits d'univers virtuels, comme je vais l'expliquer brièvement dans le texte de présentation de la table-ronde ci-dessous.

Les mots et les choses, confondus

Les récits d’univers virtuels existent depuis que l’homme s’est interrogé sur la différence entre le rêve et l’éveil, le paysage peint et son modèle, la carte et le territoire. Bien sûr, les innovations technologiques propres à la science-fiction ont métamorphosé ces récits et impliqués de multiples réflexions, parfois inédites, mais il nous semble que l’interrogation qui travaille ces histoires est fondamentalement primitive. Si Philip K. Dick a longuement abordé le pouvoir de l’image, c’est son propre pouvoir de créer des univers par les mots qui ne cessait de le fasciner : le créateur que recherchent ses personnages est lui-même, tel l’auteur que recherche Juliana dans son roman Le Maître du haut-château. Il s’agit ici aussi, bien sûr, d’aborder l’œuvre de Philip K. Dick sous l'angle du pouvoir quasi démiurgique de l'écrivain, qui en piégeant ses lecteurs (les habitants des mondes virtuels) en vient à être fasciné par sa propre création et à se penser comme personnage de sa propre fiction. Nous aborderons la dimension autobiographique de l’œuvre de Dick, qui s’est sans cesse accrue jusqu’à ce que sa vie et ses fictions se rejoignent dans les expériences et recherches mystiques des dix dernières années de sa vie (ci-dessous, la représentation de cette quête par Robert Crumb après son décès). Il se pensait alors comme un gnostique dont l’œuvre détenait quelques clés masquées de la connaissance, comme si la carte qu’il avait dessinée devenait un territoire à celui capable de vraiment la lire.

Philip K. Dick par le dessinateur Robert Crumb

Philip K. Dick ne nous parle pas de l’avenir, mais de ce qui fonde notre manière de nous représenter l’homme dans le monde, hier comme aujourd’hui. Ses récits sont de nouveaux démentis à « l’égoïsme naïf de l’homme » défini par Freud : ses récits sont toujours les histoires de la découverte que la Terre n’est qu’un planisphère, et que l’univers n’est pas infini, mais au contraire égocentrique. Ses œuvres ne cessent de contredire la célèbre phrase d’Alfred Korzybski, fondateur de la sémantique générale, « The map is not the territory». Avec Philip K. Dick, la carte est le territoire. « On cherche un démenti à ses perceptions – pourquoi ?[1] » se demande Mr. Tagomi dans Le Maître du Haut-château tandis que tout se dissout autour de lui. Pourquoi avons-nous besoin de nous perdre dans la fiction ? Les personnages des œuvres de Dick sont toujours enfermés dans leur propre visage en une prison sans fin. Où qu’ils aillent, ils sont prisonniers de leur propre manière de se représenter le monde, par les images et les mots. Si les mots démolissent l’homme par leur mensonge, il faudrait pouvoir se protéger de leur pouvoir manipulateur, ce qui rejoint les recherches d’Alfred Korzybski qui a inspiré à l'écrivain Alfred E. van Vogt son roman Le Monde des non-A qui a été la grande révélation SF de Philip K. Dick. Mélange de logique et de psychiatrie, le but de la sémantique générale est de « guérir » l’homme des tendances irrationnelles qui l’ont maintes fois mené à la catastrophe. Dans l’œuvre de van Vogt, l’homme devient un surhomme par la maîtrise de son langage, donc de sa pensée. Mais, à cette influence majeure s’ajoute dans l’œuvre de Dick celle du roman 1984 de George Orwell dans lequel le pouvoir totalitaire veut contrôler la représentation du monde, et ainsi la pensée, par le contrôle des mots. Dans les deux cas, utopie et anti-utopie, l’enjeu est la création d’un homme nouveau, « guéri » par les mots. 

Ecrire, malgré tout

Les œuvres de Philip K. Dick ne cessent d’osciller de l’un à l’autre, et si la croyance en un surhomme bénéfique a été définitivement rongée par le nazisme, il y a en elles l’expression du besoin irrépressible de renommer les choses, de réécrire le monde comme si, après le traumatisme de la Shoah, il n’était plus possible de se contenter des mots jusqu’à présent disponibles. Comment nommer une horreur jusqu’alors impensable ? Leur moi atomisé, le visage de l’horreur collé au leur, les personnages dickiens sont les détenus d’un camps devenu le monde entier, à jamais, puisque Auschwitz est désormais « le signe de l’homme » (Georges Bataille). Comment peut-on écrire le livre de ce monde où les mots ne font plus sens ? Où ils nous invitent à croire que les « douches » sont là pour l’hygiène corporelle des déportés et l’atroce « sport » pour leur bien-être. En effet, le nazisme fut le triomphe tragique de la perversion de la fiction. Comment croire encore en la science, la technologie, l’utopie, la guérison de l’homme, le surhomme ? Fou ou non, Philip K. Dick était aussi d’une lucidité désarmante, le produit de ses désillusions le conduisant à mettre dans la bouche d’un personnage de son dernier roman, La Transmigration de Timothy Archer, ces mots terribles : « Prenez le sandwich et mangez ; oubliez les mots ». Quelques mois plus tard, il était mort. Ce serait si bon en effet de ne plus se poser de question, de ne plus ressentir ce besoin d’écrire, de lire, de se raconter des histoires ! Mais l’homme semble ne pas pouvoir étancher sa soif, il a besoin de se représenter le monde, il lui faut penser qu’il n’est qu’un roseau pensant.

Pourquoi croire encore aux fictions que nous continuons à nous raconter et à croire, malgré tout ? Les grandes valeurs de la science-fiction sont devenues des déchets avec lesquels l’écrivain doit composer. Philip K. Dick revendiquait l’incohérence de ses œuvres comme une composante majeure de son esthétique, comme une métaphore cosmogonique même puisque le livre est la représentation d’un monde qui comme son genre littéraire a perdu sa cohérence, un monde qui est, selon sa propre expression, « bordélique ». Les personnages de Philip K. Dick recherchent un récit leur permettant de lier les faits les plus hétérogènes au sein dune structure claire qui possède un sens. L’écrivain tente d’écrire le roman de ce monde où humanité et inhumanité se côtoient, voire se superposent. La science-fiction permet à l’écrivain de séparer l’inhumanité du visage de l’homme, le nazi devenant un androïde que l’écrivain tentera de définir récit après récit, pour mieux comprendre l’humain. La fiction permet de mettre les choses à distance, les rendre autres pour mieux les reconnaître comme faisant partie de nous-mêmes. Il s’agit ainsi de réinvestir la fiction de son pouvoir de révélation du réel, miroir réfléchissant l’obscurité de notre monde.

 

Ces dimensions de l'oeuvre de Philip K. Dick seront centrales dans l'ouvrage que je suis en train d'écrire, que vous découvrirez d'ici quelques temps (pas trop longtemps non plus, je l'espère). En attendant, rendez-vous à la table-ronde pour une exploration, à coup sûr passionnante, de ces problématiques avec mes invités, qui apporteront à la fois leur très riche culture et leur sensibilité d'écrivains.

Table-ronde proposée par les éditions Le Feu Sacré, animée par Jérémy Zucchi. Invités : Pacôme Thiellement (essayiste, vidéaste, chroniqueur à France Culture) et Aurélien Lemant (essayiste, dramaturge et comédien). Dans le cadre du festival Hallucinations Collectives 2012.

Lundi 02 avril à 18h | Entrée libre
Le Tasse Livre, 38 Rue Sergent Blandan, 69001 Lyon
http://www.tasselivre.fr/


La suite de la rétrospective L'ombre de Philip K. Dick

  • Lecture de l'ouvrage à paraître Traum : le Martyr Onirique par son auteur Aurélien Lemant le 3 avril à 19h.

  • Retrospective de l'illustrateurMexicain Flushdelay le 4 avril à 18h.

  • Projection du film Total Recall de Paul Verhoeven (1990) d'après la nouvelle "Souvenirs à vendre" de Philip K. Dick le 9 avril à 11h.

Plus d'informations sur la rétrospective L'ombre de Philip K. Dick sur le site Internet du festival Hallucinations Collectives 2012.

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)



[1] Philip K. Dick, Le Maître du haut-château, in Substance Rêve, Paris, Éditions Presses de la Cité, collection « Omnibus », traduction de Jacques Parsons, 1993, p. 212.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 15:44

Demain à 19h je serai au théâtre de Vénissieux pour une petite conférence sur l'oeuvre de l'écrivain de science-fiction sur lequel je suis en train d'écrire un essai, Philip K. Dick (Ubik, Blade Runner, Le Maître du haut-château...). J'interviens à l'occasion de la représentation de la pièce Urbik/Orbik du metteur en scène Joris Mathieu avec la compagnie Haut et Court, écrite par le romancier Lorris Murail. Le petit teaser ci-dessous vous donnera une idée, je pense, de l'histoire et surtout de l'atmosphère onirique et dérangeante de cette pièce qui tente, avec de multiples techniques illusionnistes, de donner corps aux effondrements de réalité des oeuvres de Philip K. Dick. Voir un être disparaître au théâtre, littéralement, c'est assez étonnant et perturbant, comme j'ai pu le constater lorsque j'ai vu le premier essai de Joris Mathieu, qui n'était qu'un brouillon de cette pièce-ci, Au revoir monsieur Sarapis (2010).

Je vous avais déjà évoqué cette petite pièce, et je vous en reparlerai lorsque j'aurai vu et pris le temps de décortiquer cet Urbik/Orbik qui me semble encore plus fascinant. Je vous laisse donc là en vous invitant à venir demain à 19h au théâtre de Vénissieux si vous êtes en région lyonnaise, et s'il n'y a plus de place pour la pièce, sachez qu'elle sera de retour à Lyon, aux Subsistances, du 24 au 28 avril. Et même s'il n'y a plus de place, venez à cette conférence ! Je ne sais pas si elle sera enregistrée, en tout cas, je vous en reparlerai. Vous pouvez voir celle que j'ai donné à l'occasion d'Au revoir monsieur Sarapis ci-dessous, avec Joris Mathieu :

Philip K. Dick, réalités et fictions (conférence) from Jérémy Zucchi on Vimeo.

Le programme :

  • Rencontre autour de l'oeuvre de K. Dick : « Comment construire un univers qui ne s'effondre pas deux jours plus tard? » En compagnie de la compagnie Haut et Court et de Jérémy Zucchi (réalisateur, graphiste et chercheur spécialiste de K. Dick).
  • Pièce Urbik/Orbik, mise en scène de Joris Mathieu (1h10), Cie Haut et Court.

VENDREDI 13 JANVIER à 19H au Théâtre de Vénissieux

Je vous invite à vous rendre sur le site du théâtre de Vénissieux.

Dossier sur Philip K. Dick et ses adaptations au cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report...)

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Philip K. Dick et le cinéma - Communauté : Simulacres de Philip K. Dick
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L'auteur du blog

Jérémy Zucchi, réalisateur et monteur de films documentaires, mais aussi de fictions, captations, vidéos d'artistes, démos ou clips.

Je suis né en 1986. Diplômé de Master d'études cinématographiques et audiovisuelles à l'Université Lumière Lyon-2 en 2009.

Tout a commencé par le dessin, mais j'ai entrevu très tôt que les ressources du cinéma me permettaient bien mieux de raconter les histoires que j'avais en tête. C'est grâce à mes études de cinéma à l'Université Lumière Lyon 2 que j'ai pu co-réaliser deux court-métrages de fiction, Une Meilleure Jeunesse (19 min, 2006) et Les Absents (30 min, 2008). Puis j'ai découvert la création documentaire en 2008, par l'écriture et le montage du film Haïti - Champs de béton pour AVSF, lors d'un stage au sein de la société de production de films d'entreprise Each Other Productions.

Depuis, je ne cesse de développer des projets de films documentaires. J'ai réalisé le film Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée (52 min, 2012) sur la création d'un spectacle mêlant danse hip-hop et champ classique, et prépare actuellement deux autres documentaires, dont un en cours de production.

 

http://ddata.over-blog.com/2/64/01/55/fond-droit-haut.jpg

Index des articles sur le cinéma (critiques de films, dossiers, analyses filmiques...)

Les adaptations cinématographiques des Philip K. Dick (Blade Runner, Total Recall...)

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