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Bande-dessinée

Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 23:28

Le Temple du Soleil, d'Hergé (1948)Hergé est le créateur qui a le plus façonné mon imaginaire d’enfance. Je me souviens encore de mon excitation à chaque fois que retentissait la musique du générique de la série animée Tintin, dont j’enregistrais tous les épisodes en VHS. En prime-time, Vincent Perrot les présentait. J’ai lu aussi beaucoup d’albums dans mon enfance, le premier fut Tintin et les Picaros qui appartenait à mes parents. J’étais trop petit pour comprendre cet épisode. Un ou deux ans plus tard, vers sept ans, ma grande tante m’a offert Le Temple du Soleil, ce fut le début de ma passion pour non seulement la série télévisée, mais les albums qu’elle ne pouvait égaler, malgré ses qualités.

Lire Les Aventures de Tintin dans l'ordre chonologique

Dernièrement j’ai relu tous les albums de Tintin dans l’ordre chronologique (Tintin au Congo et Tintin en Amérique en versions originales) en commençant même par Totor CP des Hannetons, le boy scout créé quelques années avant Tintin. C’est génial de constater à quel point mon plaisir reste intact malgré tant de lectures et relectures. J’ai ri aux éclats comme rarement, je ne me souvenais plus de certains gags. Cela m’a donné envie de vous faire partager mes impressions pour chacun de ces albums. J’inaugure donc une longue rétrospective sur mon blog, passant en revue chaque album dans l’ordre chronologique, m’étendant ou non selon mes envies. Ce sera subjectif mais contiendra en même temps des faits qui me semblent importants. Avant de commencer, pour le lecteur qui s’interroge : est-ce que ça apporte quelque chose de lire les albums de Tintin dans l’ordre? La réponse est mitigée.

Les albums ou doubles-albums sont indépendants et les références aux autres albums ne nuisent pas à la compréhension, fort heureusement. Je les ai tous découvert dans le désordre, comme la plupart des lecteurs, et ça n’a pas gâché mon plaisir, d’autant plus que les personnages évoluent guère, mis à part le capitaine Haddock qui semble un peu moins ivrogne, ou encore les Dupondt qui à leur apparition dans Les Cigares du Pharaon sont des adversaires maladroits de Tintin. Le faits que des méchants apparaissent ou disparaissent rend préférable la lecture dans l’ordre de parution, mais quel plaisir de se poser des questions lorsqu’on est encore ignorant, de deviner ce qui a pu se passer dans les albums auxquels Hergé renvoie ! Ces allers et retours dans le plus grand désordre participent de la jubilation enfantine que beaucoup ont pu ressentir.

Malgré tout, l’intérêt de la lecture des albums de Tintin dans l’ordre chronologique est réel puisque l’évolution en terme de scénario est très sensible. En connaissant le rythme de publication on se rend compte que le rythme des albums dépend du mode de publication : double page avant la guerre, strips pendant la guerre puis une page par semaine (en théorie) dans le Journal de Tintin. On est d’autant plus admiratif du talent d’Hergé qui a su s’adapter à ces contraintes, utilisant au maximum le rythme de publication pour régler son horlogerie comique et dramatique. Le mieux est de connaître la manière dont ces albums étaient publiés pour imaginer leur rythme de publication : des années se sont écoulées entre le début et la fin de deux doubles-albums tels que Les 7 boules de cristal/Le Temple du Soleil (pour cause de fin de la guerre) et Objectif Lune/On a marché sur la lune (pour cause de dépression). Or, toutes ces contraintes du rythme de publication disparaissent complètement dans l’album final, c’est d’une cohérence parfaite. Quel boulot et, il faut le dire, quel génie!

Une vie, une oeuvre, trois époques

Lisant dans l’ordre chronologique les albums, on se rend parfaitement compte de la complexification des histoires imaginées par Hergé, de leur plus grand réalisme, et surtout de l’apport des différents personnages, qui apparaissent au fur et à mesure de la série. Les différentes périodes de l’œuvre d’Hergé sont très visibles :

La fougue de la jeunesse (1929-1942) : de Tintin au pays des Soviets à L’Etoile mystérieuse, c’est l’époque de la construction de son univers et de son style graphique, tandis que le scénario se construit de plus en plus autour d’un axe clair, loin des suites de péripéties sans queue ni tête de ses débuts.

Tintin au pays des soviets, d'Hergé (1929) L'étoile mystérieuse, d'Hergé (1942)

Le classicisme Tintin (1943-1956) : du Secret de la Licorne à L’Affaire Tournesol, c’est l’époque de la stabilisation de l’univers grâce à l’apport de deux nouveaux personnages et d’un lieu de départ et d’arrivée des aventuriers (Moulinsart).

Le secret de la Licorne, d'Hergé (1943) L'Affaire Tournesol, d'Hergé (1956)

L’heure du bilan (1958-1983) : de Coke en Stock à l’inachevé Tintin et l’Alph-Art, l’heure est de moins en moins à l’aventure, mais plus à retour sur soi et sur une œuvre devenue un monde.

Coke en Stock, d'Hergé (1958) Tintin et l'Alph-Art, d'Hergé (1983)

Quel regard porter sur l'homme Hergé?

Pour mieux comprendre les conditions de création des œuvres durant ces trois périodes, le mieux est de lire une biographie d’Hergé : celle de Benoît Peeters, qui porte un regard très juste sur son œuvre, non dénué d’esprit critique, ou celle de Philippe Goddin qui a le grand mérite de l’exhaustivité et prend le parti de laisser le lecteur faire son propre avis sur les choix d’Hergé. Car entre accusations de misogynie, racisme, pro-colonialisme, anticommunisme et sympathies fascistes, il convient d’essayer de faire le tri et de porter un regard juste, sans préjugés ni occultation. Au fur et à mesure de ce dossier, je donnerai mon point de vue sur ces accusations qui, quelles qu’elles soient, comme l’écrit très justement Benoît Peeters, ne peuvent me faire oublier le fait que l’œuvre d’Hergé m’accompagnera toute ma vie.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Bande-dessinée - Communauté : Dessin, peinture, pastel...
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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 15:17

Il y a des moments douloureux mais nécessaire dans chaque vie. Des moments où il faut reconnaître qu'un rêve restera à jamais un rêve.

C'est peut-être mieux ainsi, il faut savoir faire la part des choses entre ce que l'on aime, et ce que l'on veut (et peut) faire. J'ai toujours adoré la bande-dessinée, et fort naturellement, j'ai très tôt voulu devenir dessinateur de BD. Je voulais être Hergé, puis Enki Bilal ou François Schuiten... Je voulais m'attacher à une table à dessin pour tracer fébrilement des cases, des bulles, des visages, des êtres et des espaces-temps de papier.

De laborieuses tentatives de création de bande-dessinées

J'ai essayé à de nombreuses reprises : je vous montrerais plus tard ces nombreux essais laborieux, toujours inachevés. Puis, récemment, je me suis dit que je devais réaliser ce rêve, sérieusement. J'ai lu les excellents L'Art invisible et Faire de la bande-dessinée de Scott McCloud, j'ai emprunté des ouvrages sur la création de Blake et Mortimer, Sambre... J'ai relu dans sa totalité les Tintin (dans l'ordre chronologique), et surtout j'ai pensé mes histoires en bande-dessinées.

J'ai essayé, j'ai réalisé deux planches de mon histoire nommée Alternative S.A., à l'encre de Chine. Les voici :

Alternative S.A., essai de BD, première planche

Alternative S.A., essai de BD, seconde planche

Mais je n'étais pas dans de bonnes conditions pour travailler, je ne pouvais pas me doter de toute la rigueur nécessaire pour la création de la bande-dessinée que j'avais en tête. Alors j'ai repris une autre histoire, qui se prêtait plus à une création au jour le jour, en désordre. Mais voilà, rien n'y faisait. J'avais l'impression de me voiler la face, de m'acharner sans plaisir pour qu'un rêve d'enfant se réalise.

Un jour, il faut faire confiance aux autres

Vous allez peut-être me dire que ces deux planches sont pas mal : mais ce ne sont que des écrans de fumée, elles peuvent me faire croire que je suis capable de dessiner une BD alors qu'en réalité je n'étais guère satisfait de mon dessin. Je manque d'expérience, il me faudrait croquer sur le vif, saisir des gestes... Mais voilà : cela ne m'intéresse pas. Comment en ce cas faire de la bande-dessinée? Je n'étais pas convaincu. Au fond de moi, je le savais depuis le début.

Je me suis rendu compte que ce que j'aime dans le fait de raconter en images, ce n'est pas tant de dessiner ces dernières, mais de raconter. J'aime raconter des histoires, mettre en scène. Je suis quelqu'un qui voit la structure des choses, l'ensemble, bref, je suis un monteur. J'aime manipuler des images, créer du sens avec elles.

Je ne peux pas raconter autrement qu'avec des images, mais cela ne signifie pas que je doive forcément les créer. Je serais incapable de redessiner sans cesse le même personnage, de le mettre en situation dans des décors crédibles... C'est pourquoi j'éprouve une admiration infinie pour ceux qui y parviennent, tel Hergé dont les oeuvres donnaient la sensation de se raconter elles-mêmes, avec une vitalité et une simplicité qui cachaient le laborieux travail du dessinateur. Moi, je ne pourrais pas être seul à ma table à dessin. J'aime les rencontres, les échanges. C'est pourquoi j'ai décidé de persister dans la voie de la bande-dessinée, mais en tant que scénariste, car je préfère confier mes histoires à ceux qui sont vraiment des dessinateurs-nés. C'était impensable pour moi il y a peu, car quelle pensée frustrante lorsqu'on dessine soi-même! Mais je sais que mon exigence dépasse de loin mes capacités, et je sais que d'autres seraient capable de les réaliser. J'ai hâte de voir mes histoires dessinées par d'autres, de voir les personnages vivre, de voir cette magie surgir comme lorsqu'un acteur vous surprend en vous faisant vous-mêmes pleurer, alors que vous êtes le metteur en scène.

Par Jérémy Zucchi - Publié dans : Bande-dessinée - Communauté : Dessin, peinture, pastel...
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L'auteur du blog

Jérémy Zucchi, réalisateur et monteur de films documentaires, mais aussi de fictions, captations, vidéos d'artistes, démos ou clips.

Je suis né en 1986. Diplômé de Master d'études cinématographiques et audiovisuelles à l'Université Lumière Lyon-2 en 2009.

Tout a commencé par le dessin, mais j'ai entrevu très tôt que les ressources du cinéma me permettaient bien mieux de raconter les histoires que j'avais en tête. C'est grâce à mes études de cinéma à l'Université Lumière Lyon 2 que j'ai pu co-réaliser deux court-métrages de fiction, Une Meilleure Jeunesse (19 min, 2006) et Les Absents (30 min, 2008). Puis j'ai découvert la création documentaire en 2008, par l'écriture et le montage du film Haïti - Champs de béton pour AVSF, lors d'un stage au sein de la société de production de films d'entreprise Each Other Productions.

Depuis, je ne cesse de développer des projets de films documentaires. J'ai réalisé le film Une Rencontre, Pockemon Crew + Emelthée (52 min, 2012) sur la création d'un spectacle mêlant danse hip-hop et champ classique, et prépare actuellement deux autres documentaires, dont un en cours de production.

 

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