Les adaptations officielles de Philip K. Dick au cinéma

Les adaptations officielles de Philip K. Dick au cinéma
La première adaptation portée à l’écran fut celle du roman Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?  (1968) par Ridley Scott sous le titre de Blade Runner (1982).  Philip K. Dick mourut avant que le film ne soit achevé. Si l’échec public du film fut retentissant, le culte dont fut l’objet le film par la suite permis à l’aura de Philip K. Dick de grandir, et le succès au box-office de Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) le rendit vraiment bankable. La quasi-totalité des adaptations officielles prennent pour base des nouvelles de l’écrivain qui, écrites pour la plupart dans les années cinquante, à ses débuts, portent en germe ce qui sera pleinement développé dans ses romans, ces derniers rompant avec les schémas de l’enquête policière ou de la poursuite futuriste afin de développer les visions du monde entrecroisées de multiples personnages.

La plupart des adaptations sont des films hollywoodiens que nous pouvons majoritairement classer parmis les films d’action, empruntant largement au genre policier. Le critique Olivier Père, explique la préférence des studios pour les nouvelles de Philip K. Dick (sept des onze adaptations cinématographiques à ce jour) par le fait que, pour Steven Spielberg ou John Woo « une histoire de K. Dick est l’occasion rêvée de réactiver le modèle hitchcockien, et de s'inscrire dans la filiation du film matriciel absolu, La Mort aux trousses. » Or, il faut pour cela un concept qui déterminera tout le scénario, rendant les multiples rebondissements imprévisibles : les nouvelles semblent permettre aux producteurs de réaliser cette promesse. Développant une idée unique, leur longueur participent de leur efficacité, comme l’a montré Edgar Allan Poe puisque, à la différence du roman qui s’étend sur la durée, « l’absence d’interruption permet à l’auteur de mettre intégralement son dessein à exécution. Pendant l’heure que dure la lecture, l’âme du lecteur demeure sous la coupe de l’écrivain. »

Seulement trois films à ce jours sont adaptés de romans de Philip K. Dick : Blade Runner, Confessions d’un barjo (Jérôme Boivin, 1993) et A Scanner Darkly (Richard Linklater, 2006). Olivier Père explique cela par le fait que « les ramifications schizophréniques, les glissements du récit, les fictions parallèles pullulent dans les romans de K. Dick, tandis que ses nouvelles se résument souvent à une idée originale développée sur quelques pages. » Jean-Pierre Gorin, ancien assistant de Jean-Luc Godard, proposa à Philip K. Dick d’écrire lui-même un scénario à partir d’Ubik (1969), mais le film ne vit jamais le jour, intéressant toutefois Francis Ford Coppola et – paraît-il – Stanley Kubrick. Depuis, Michel Gondry a annoncé son intention d’en réaliser l’adaptation. De quoi s’enchanter !

Il est rassurant de constater que malgré une tendance à prendre les nouvelles de Philip K. Dick comme base à des films d’action parfois médiocres (Paycheck et Next), des créateurs continuent à tenter d’autres approches, sans toutefois égaler en puissance la vision magnifique de Blade Runner. Le prochain Radio Free Albemuth de John Allen Simon devrait confirmer cette tendance en adaptant un roman qui, de plus, a pour cœur de son intrigue la réflexion théologique absente jusque-là des adaptations. En effet, la majorité des adaptations officielles d’œuvres de Philip K. Dick se rejoignent toutes par trois thèmes, qui sont ceux principalement traités par les romans et nouvelles de l’écrivain : la mémoire et ses manipulations ; le temps et ses modifications ; la définition de l’humain, en opposition avec l’être artificiel. Ce sont les thèmes principaux de l’œuvre de Philip K. Dick, mais il y a de nombreuses autres pistes à explorer.

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