Ma passion pour le cinéma de science-fiction n'est plus un mystère, comme vous avez pu le constater à travers mon
dossier sur le corps et la machine dans Star Wars et mes articles tirés de
mon mémoire sur les adaptations des oeuvres de Philip K.
Dick. Il s'agissait d'études écrites durant mes deux années de Master d'Etudes Cinématographiques à l'Université Lumière Lyon 2, mais ce n'était que l'aboutissement d'un travail de
reflexion qui a commencé dès le lycée et dont j'ai écrit une première synthèse en première année de licence d'Arts du Spectacle/Lettres Modernes dans cette même université, en 2005. Ce long
dossier se nommait
Le cinéma de science-fiction américain de 1968 à nos jours : Les Nouveaux mythes, le voici. Je n'ai pas modifié son contenu car il n'y a rien que je pourrais rejeter,
mais seulement développer. Je ne l'ai pas fait car ce dossier est suffisamment copieux pour constituer, je pense, une synthèse intéressante du cinéma de science-fiction américain de 1968 à 2005.
Je me retire et laisse écrire celui que j'étais il y a plus de quatre ans...
« Vous
allez faire un film de space-opera ? »
En 1957, le critique de cinéma anglais Alexander Walker demanda à Stanley Kubrick, qui venait de recevoir un paquet de films de science-fiction japonais à visionner :
« Vous allez faire
un film de space-opera ? » Le cinéaste lui lança un regard noir et soupçonneux et lui répondit : « Je vous en prie ! Faites très attention à ce que vous écrivez ! » (Piers Bizony,
2001, le futur selon Kubrick, édition Cahiers du Cinéma, 2000, p.68). Onze ans plus tard, public et critiques déroutés et/ou émerveillés découvrirent
2001 : l’odyssée de
l’espace, chef-œuvre de Kubrick, de la science-fiction et du cinéma. Cette anecdote résume bien les nombreuses difficultés rencontrées par le cinéma de science-fiction afin d’être reconnu
par les critiques, grâce au film de Kubrick, comme un genre majeur et, chose extraordinaire, adulte. Car entre le
Metropolis de Fritz Lang (1928) et le film de Kubrick, la
science-fiction fut le plus souvent condamnée aux séries B et Z, tandis que le genre livrait en littérature ses plus grands chef-d’œuvres (la série
Fondation d’Asimov, les nouvelles de
Philip K. Dick, les romans d’Arthur C. Clarke, etc.). Mais aujourd’hui même, de nombreuses personnes considèrent d’un air condescendant les films de science-fiction : pour eux
2001 est
l’exception qui confirme la règle. Le renouveau et la fin de la science-fiction sérieuse. Il n’en n’est rien.
Nous montrerons dans ce dossier que le film de Kubrick fut loin d’être sans descendance. Les œuvres qui ont suivi, loin d’être de simples produits engrangeant des milliards de dollars,
construisent une véritable mythologie des temps modernes, ancrée à la fois dans le passé, le présent et le futur. Stanley Kubrick déclarait en 1968 :
« Si 2001
provoque en vous des
émotions, s’il stimule votre inconscient, vos penchants pour la mythologie, il aura atteint son but. » (ibid, p. 22)
Dans notre première partie tout d’abord, nous tenterons de prouver que ces films de science-fiction sont des nouveaux mythes. Pour cela nous montrerons que ceux-ci font partie d’une vaste culture
populaire de masse, qu’ils réactualisent les mythes anciens et conservent la valeur universelle de ces derniers à travers leur recherche de l’Origine. Dans une seconde partie nous reviendrons aux
sources de ces nouveaux mythes, au contexte social, politique et artistique qui les a vu naître aux États-Unis à la fin des années 60 ainsi que leurs conséquences esthétiques. Enfin nous
évoquerons ce que nous avons nommé la Chimère, mythologie issue de la perte des repères qui caractérise notre siècle, fondation de la métaphysique et de la modernité de ces nouveaux mythes.
Sommaire de ce dossier :
N.B. : il y a parfois deux sous parties dans un seul article
Introduction (article 1)
I. Pourquoi peut-on parler de « nouveaux mythes » ?
1) Une culture orale et
visuelle de masse (article 2)
2) Appropriation et détournement des figures et thèmes mythiques (article 2)
3) Vision du futur :
vision universelle ? (article 3)
4) L’Origine du monde (article
3)
II. Aux sources de ces nouveaux mythes.
1) « La mythologie créative » et le temps
présent (article 4)
2) La Guerre Froide et « le règne de la
quantité » (article 4)
3) La recherche d’une nouvelle frontière et le
retour à l’Âge d’Or (article 5)
4) Mort de l’innocence : le réveil
(article 6)
III. Mythologie de la Chimère.
1) Réalité et dokos (article 7)
2) Le Jugement Premier et l’Élu (article
8)
3) L’Autre et le Moi : la quête d’humanité
(article 9)
4) Dieu : la Chimère ? (article 10)
Conclusion et bibliographie
(article 11)