Partager l'article ! Minority Report (Steven Spielberg, 2002): ...
Washington 2054. Les visions du futur de trois individus précognitifs permettent aux agents de Précrime d’arrêter les criminels juste avant qu’ils n'aient commis leurs crimes. Tandis que Witwer (Colin Farell), un enquêteur du ministère de la justice, guette les failles de ce système supposé parfait, l’agent de Précrime John Anderton (Tom Cruise très à l’aise) apprend ainsi que dans moins de 36 heures, il aura assassiné un homme nommé Léo Crow qu’il ne connaît pas encore, pour une raison qu’il ignore. Il prend la fuite et doit prouver qu’il ne commettra pas ce crime prévu par une vision probablement trafiquée (par qui ?)...
Comme Total Recall, Minority Report trahi Philip K. Dick en métamorphosant son personnage principal John Anderton en héros de film d’action hollywoodien. Le personnage original était vieux, chauve et gros, et directeur de Précrime, il correspondait plus à Burguess (impressionnant Max von Sydow), comme la comparaison des fins de la nouvelle et du film le prouvent… Nous verrons cela dans un article prochain.
En attendant cet article, vous pouvez lire celui que j’ai consacré sur l'influence du cinéma dans "Rapport minoritaire" de Philip K. Dick, où je montre que la nouvelle, déjà, témoignant de l’empreinte de l’écriture cinématographique sur celle de l’écrivain, reprenant entre autres certains procédés des films noirs, leur esthétique sombre, pluvieuse, floue que le film Minority Report retranscrit à merveille. Le film contient par ailleurs de nombreuses références à ce genre, que je ne peux détailler ici.
Malgré la perte de l’ambiguïté de la nouvelle et un certain déséquilibre dans ce film qui tente de mêler film néo-noir et scènes d’action impressionnantes, on ne peut qu’être impressionné par sa mise en scène virtuose de Steven Spielberg et la représentation très crédible du futur. Il faut aussi saluer l’idée très dickienne de la drogue nommée « la Clarté » qui permet à Anderton de se plonger dans un état mélancolique tandis qu’il regarde des vidéos holographiques de son épouse qui l’a quitté et de son fils disparu. Car ce héros se révèle être un vrai personnage, avec une âme et des émotions, des failles qui sèment le doute dans l’esprit des spectateurs.
On peut regretter la très politiquement correct exaltation du libre-arbitre, qui ignore les ambiguîtés de la nouvelle, on peut pointer du doigt quelques invraisemblances du scénario et critiquer la suppression de la théorie des futurs multiples qui est pourtant le postulat sur laquelle se fonde Précrime dans la nouvelle, le film malgré tout emporte très largement l’adhésion, malgré son retour à l’ordre naturel final.
Franck Priot, « Minority Report, les scénarios », Synopsis, n°22, décembre 2002.