Total Recall (Paul Verhoeven, 1990)

Total Recall, film de Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger
Total Recall est adapté de la nouvelle « Souvenirs à vendre » connue aussi en français sous les titres « De mémoire d'homme » et « Souvenirs garantis, prix raisonnables » (« We can Remember it for You Wholesale », 1966). Les droits de cette nouvelle ont été acquis par les scénaristes d’Alien Ronald Shussett et Dan O’Bannon (ce dernier ayant aussi acquis ceux de « Second Variety » qui deviendra le film Planète hurlante) du vivant de Philip K. Dick.

L’histoire de cette adaptation est complexe puisque Dino de Laurentiis engagea David Cronenberg en 1986 pour écrire et réaliser le film, puis après avoir jeté l’éponge, le duo formé par Bruce Beresford et l’acteur Patrick Swayze s’y intéressa. Finalement, les producteurs Mario Kassar et Andrew G. Vajna récupérèrent les droits en vue d’un nouveau succès de leur « poule aux œufs d’or » Arnold Schwarzenegger, qui s’intéressa à Paul Verhoeven.

Résumé

Douglas Quaid (Arnold Schwarzenegger, au jeu limité mais juste) est un ouvrier de chantier qui rêve d’aller sur Mars. Le film commence par un rêve où il est avec une femme, Melina (Rachel Ticotin) face au canyon martien, ce qui n’est pas pour déplaire à son épouse réelle, Lori (Sharon Stone belle et glacée). Ne pouvant partir, il décide de se faire implanter de faux souvenirs de voyage par la société Rekall. Il est censé être un agent secret partant en mission sur Mars et délivrant la planète de l’oppression. Sauf que lors de leur opération, les employés de Rekall réveillent une personnalité enfouie dans la mémoire de Quaid : il aurait réellement été sur Mars comme agent secret du dictateur Cohaagen. Il se nommait Hauser… Qu’a-t-il fait ? qui est-il ?

Critique et pistes à explorer

A partir d’une courte nouvelle fascinante, remplie d’humour et de paranoïa, Paul Verhoeven a réalisé sur mesure pour sa star (et patron) Arnold Schwarzenegger, modifiant de manière conséquente le personnage de la nouvelle, médiocre et faiblard employé embarqué dans une intrigue qui le dépasse. On est passé de Douglas Quail (« quaille », donc poule mouillée) au très viril Quaid (pensez à Dennis Quaid !)… Paul Verhoeven n’avait pas le choix, il accepta de réaliser un gros film d’action tout en tentant d’y insérer les doutes qui brisent les œuvres de Philip K. Dick.

Rien n’est plus étranger à l’univers de Philip K. Dick que les surhommes bodybuildés hollywoodiens. David Cronenberg lutta en vain pour préserver la nature de ce personnage et ne pas transformer la nouvelle en « Les Aventuriers de l’Arche perdue vont sur Mars ». Dans un article à venir, nous verrons que ce film schizophrène reproduit les grandes lignes du film d’aventure de Steven Spielberg, correspondant à l’idée de blockbuster fun voulu par Dino de Laurentiis puis Arnold Schwarzenegger et ses producteurs, tout en y intégrant une mise en abyme très pertinente qui critique le film d’action qui est donné à voir aux spectateurs.

Ce film d’action ultra-violent aux effets spéciaux aujourd’hui souvent datés est donc à la fois une énorme trahison, au implications idéologiques parfois douteuses (nous le verrons), et une adaptation intéressante qui jusqu’au bout instille le doute dans l’esprit des spectateurs.

Projet de suite, série télé et remake

L’adaptation de la nouvelle « Minority Report » a été conçue par Ronald Shussett, Gary Goldman et Robert Goethals comme une suite à Total Recall, avant de devenir un projet complètement distinct entre d’autres mains. Une série télévisée a prolongé l’univers du film, Total Recall 2070 (créée par Art Monterastelli, 1 saison, 1999), y mêlant des éléments du roman Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1968) qui devint au cinéma Blade Runner. Un remake de Total Recall par Len Wiseman est en cours de réalisation, qui reprendra des éléments de la nouvelle « We can Remember it for You Wholesale ».

Petite bibliographie

  • Cathy Karani, « Entretien avec Paul Verhoeven », Écran Fantastique, n°117, novembre 1990, en ligne sur : http://membres.lycos.fr/marsetsf/tr117_1.html
  • Charles-Antoine Courcoux, « Totalitarisme, aliénation médiatisée et ambiguïté dans Total Recall », in Gianni Haver et Patrick J. Gyger (dir.), De beaux lendemains ? Histoire, société et politique dans la science-fiction, Lausanne, Éditions Antipodes, 2002. Très intéressante analyse idéologique.
  • Serge Grünberg (entretiens), David Cronenberg, Paris, Éditions Cahiers du Cinéma, 2000. Le cinéaste y évoque sa difficile collaboration avec le producteur  Dino de Laurentiis et le co-scénariste et co-producteur Ronald Shussett.
  • Douglas Keesey, Paul Duncan (éditeur), Paul Verhoeven, Köln, Éditions Taschen, 2005.
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